Transition énergétique : la planète marque le pas

L’accès à l’énergie progresse dans le monde, mais devient moins abordable. Le mix mondial n’a pas enregistré de progrès en matière environnementale, comme le révèle l’édition 2019 de l’index de transition énergétique. Un article de notre partenaire, la Tribune.

Ce sont 115 pays qui ont été passés au crible, et évalués selon la performance de leur système énergétique et leur degré de préparation en matière de transition. Le premier critère repose sur la sécurité et l’accès à l’énergie, le respect de l’environnement et la contribution au développement économique, qui mesure l’impact économique sur les ménages, les entreprises et les exportations. Sécurité et accès sont les facteurs celui qui ont le plus progressé ces cinq dernières années, devant le développement économique.

Moins d’un milliard de personnes sur terre n’ont aujourd’hui pas encore accès à l’électricité. C’est sur le plan environnemental que les choses ont le moins progressé. Ces piètres performances, associées à des niveaux de prix de moins en moins abordables, nuisent à la note globale de performance du système énergétique qui, en progrès constant depuis 2014, a stagné l’année dernière, en dépit des progrès réalisés en matière d’accès à l’énergie.

Pour évaluer le degré de préparation à la transition, le forum économique mondial se base sur plusieurs critères : le capital et l’investissement consentis, la réglementation et la volonté politique, les institutions et la gouvernance, l’environnement en matière d’innovation, le capital humain et l’implication des consommateurs, ainsi que la structure du système énergétique.

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La France pointe au 8e rang

À l’exception du Royaume-Uni, seul pays du G7 à obtenir l’un des meilleurs scores en termes de préparation, ce sont les petits pays qui sont le mieux notés. Résultat : les 10 meilleures performances ne représentent que 2,6 % des émissions mondiales, ce qui constitue un défi de taille pour la communauté internationale et une preuve de la nécessité de changer de braquet. Singapour est le seul de ce groupe situé en dehors de l’Europe de l’Ouest.

Sur l’indice de transition énergétique global, la France se classe au 8e rang mondial sur l’indice de transition, affichant une 4e place en matière de « performance du système ». Grâce à son système énergétique décarboné (beaucoup de nucléaire, très peu de charbon et un peu de renouvelables), la France se situe bien au-dessus de la moyenne des économies avancées sur le plan de la « durabilité environnementale ». Elle offre aux industriels des prix compétitifs et dispose d’un cadre réglementaire et institutionnel solide.

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Les résultats contrastés affichés par certains grands pays peuvent aussi donner quelques raisons d’espérer. Ainsi, les deux pays les plus peuplés au monde, à savoir l’Inde et la Chine, affichent de piètres résultats pour ce qui concerne la performance de leur système actuel, mais bien meilleur en matière de préparation à la transition. Autrement dit, si leurs systèmes existants ne sont pas adaptés à la transition, l’environnement favorable dont ils bénéficient devrait leur permettre d’évoluer rapidement. Ainsi, la Chine (classée au 97e rang pour ce qui est de la performance de son système actuel) progresse au 45e rang, et même au 7e si l’on s’en tient à la réglementation et à la volonté politique.

La menace croissante de la précarité énergétique

Les économies développées figurent parmi les meilleurs élèves : la Suède conserve sa première place devant la Suisse et la Norvège. Seuls l’Australie, le Canada et la République de Corée affichent des scores médiocres en raison de la teneur en carbone élevée de leur mix énergétique, de la consommation par habitant et, en conséquence, du poids de leurs émissions de gaz à effet de serre. À mesure que l’écart se creuse entre le prix payé par les ménages et celui des marchés de gros, l’accessibilité économique devient un enjeu de plus en plus aigu.

L’étude montre que la transition énergétique dans les pays les plus gros émetteurs a marqué une pause l’année dernière. Ainsi les États-Unis, qui ont pourtant réduit leur recours au charbon, ont perdu quatre places en raison de risques de précarité énergétique, d’incertitude réglementaire et de mauvaises performances environnementales.

L’Asie au cœur de la transition mondiale

Les pays émergents ou en développement de la zone Asie, notamment l’Inde, l’Indonésie, le Bangladesh, ont enregistré des progrès importants en matière d’accès à l’énergie pour tous. La Malaisie, le Vietnam et la Thaïlande se distinguent tout particulièrement. Or cette région est appelée à jouer un rôle majeur dans la transition énergétique globale, car l’urbanisation, l’industrialisation et la progression du niveau de vie sont autant de facteurs d’accroissement de la demande en énergie.

Dans l’Afrique subsaharienne, le rapport souligne la nécessité d’un cadre réglementaire stable et d’un environnement institutionnel solide, permettant de tirer le meilleur profit de ressources naturelles abondantes. Les progrès réalisés en matière d’accès à l’énergie et de modes de cuisson propres sont mis à l’épreuve de la croissance démographique. La Namibie est le pays de la région le mieux classé, le Kenya et l’Éthiopie progressent, mais les deux plus gros consommateurs, le Nigéria et l’Afrique du Sud, continuent de souffrir d’une forte dépendance au charbon et d’un déficit d’infrastructures adaptées.

L’Amérique latine, région la plus responsable grâce à l’hydraulique

Ce sont Amérique Latine et les Caraïbes qui collectionnent les meilleures notes en matière d’environnement, grâce essentiellement à leur richesse en hydroélectricité. Mais, là encore, à l’inverse de la Colombie et de la République dominicaine qui ont progressé, les économies les plus importantes, à savoir le Brésil et le Mexique, ont fait du sur-place. Une intégration des marchés de l’électricité à l’échelle régionale, l’électrification de la mobilité ainsi qu’une meilleure efficacité opérationnelle des infrastructures pourraient autoriser de nouveaux progrès.

Globalement, le forum économique conclut que des actions urgentes s’imposent afin d’accélérer la transition énergétique mondiale, notamment découpler croissance économique et consommation énergétique dans les pays émergents et généraliser les innovations de rupture dans les domaines de l’efficacité et de l’environnement, le tout dans un contexte de justice sociale et d’équité.

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