L’Europe dépense toujours plus de 100 milliards par an dans les énergies fossiles

La Commission européenne devrait présenter une nouvelle stratégie sur les transports en novembre, incluant notamment un plafond d'émissions pour les camions, une grande première. [jonbgem / Flickr]

Les pays européens dépensent plus de 112 milliards d’euros par an pour subventionner la production et la consommation de pétrole, du gaz ou du charbon, notamment via des avantages fiscaux pour le diesel. Et ce, malgré la promesse de supprimer ces subventions d’ici 2020.

Le secteur des transports est le premier bénéficiaire des quelque 112 milliards d’euros annuels de subvention des énergies fossiles dans l’UE. Un rapport de l’Institut de développement d’outre-mer et le Réseau action climat Europe souligne que plus de 49 milliards d’euros sont ainsi affectés à la subvention des modes de transports non durables.

Le rapport se penche sur les aides allouées à des énergies fossiles, comme le pétrole, le gaz et le charbon, entre 2014 et 2016, au niveau de l’UE et de 11 États membres : la République tchèque, la France, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, l’Espagne, la Suède et le Royaume-Uni.

Dans l’ensemble, le secteur des transports a canalisé 44 % des aides gouvernementales identifiées comme telles, notamment les avantages fiscaux liés au diesel, malgré les avertissements des scientifiques sur le caractère très polluant et dangereux de ces fumées.

Une étude rappelle l’urgence de l’élimination des combustibles fossiles

L’élimination des combustibles fossiles et la transition vers les renouvelables au niveau international est indispensable pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, rappelle une étude. Un article d’EurActiv Allemagne.

« Cette étude montre comment les gouvernements européens et l’UE continuent à subventionner et à financer une dépendance au pétrole, au gaz et au charbon. Ce faisant, ils alimentent un changement climatique dangereux et parrainent la pollution de l’air, le tout avec l’argent public », dénonce Shelagh Whitley, qui dirige la section « climat et énergie à l’Institut de Développement d’Outremer.

La Commission européenne doit présenter une stratégie sur des transports propres en novembre. Cette stratégie inclura un renforcement du plafond existant pour les émissions de CO2 des voitures et de toutes nouvelles règles qui, pour la première fois, limitent les émissions des camions.

Contrairement au Canada, aux États-Unis, au Japon et à la Chine, l’UE ne réglemente actuellement pas les émissions et l’efficacité énergétique des camions. Un laxisme étonnant, puisque ceux-ci représentent 35 % des émissions de CO2 liées aux transports dans le monde, soit presque le même niveau que les voitures.

La Commission s’attèle à l’efficacité énergétique des camions

L’Europe est à la traine par rapport aux grandes économies mondiales en matière de normes d’efficacité énergétique pour le transport routier. La Commission veut changer la donne.

Le rapport souligne également l’écart entre les promesses européennes de suppression des subventions aux énergies fossiles pour 2020, conformément à l’accord de Paris, et le montant faramineux des subventions encore décernées à ce secteur.

L’UE elle-même fournit en moyenne 4 milliards d’euros d’aides à l’extraction et à la consommation de ces énergies tous les ans, via ses institutions budgétaires et financières, poursuivent les auteurs de l’étude, qui s’inquiètent particulièrement du soutien à l’électricité générée à partir de la combustion du gaz et du charbon.

Et l’exploration pétrolière continue à être financée, contre toute logique. Ainsi, entre 2014 et 2016, la France et le Royaume-Uni ont dépensé 253 millions d’euros par an pour trouver de nouveaux gisements.

« Les 4 milliards d’euros dépensés par l’UE pour les combustibles fossiles, dont la plus grande partie est dédiée aux infrastructures gazières, piège l’Europe dans la dépendance pour des décennies à venir », dénonce Wendel Trio, directeur du Réseau action climat Europe. « C’est contraire à l’accord de Paris, qui stipule que les finances doivent servir le climat. »

En juillet, un groupe d’experts de haut niveau sur la finance et le secteur bancaire avait déjà publié un avertissement du même ordre, signalant que les entreprises qui continuent à investir dans le pétrole, le gaz et le charbon finiront par se retrouver en possession d’actifs échoués, qui pèseront lourd sur leur bilan financier. Cette situation compromettra la stabilité du système financier mondial.

L’argent public devrait donc être « uniquement orienté vers les énergies renouvelables et l’efficacité des ressources », conclut le rapport, appelant l’UE à « exclure explicitement les combustibles fossiles et autres projets non durables » des subventions.

5 000 milliards de dollars désinvestis des énergies fossiles depuis la COP 21

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