Donald Trump mise sur les exportations de GNL vers l’Europe de l’Est – EURACTIV.fr

Donald Trump mise sur les exportations de GNL vers l’Europe de l’Est

[Kevin Dietsch/EPA]

Le président américain Donald Trump prévoit de promouvoir les exportations de gaz naturel liquéfié lors d’un sommet à Varsovie le 6 juillet prochain, aux côtés d’une douzaine de dirigeants d’Europe centrale et de l’Est, une région fortement dépendante du gaz russe.

Donald Trump a salué, dans un discours, le début d’un « âge d’or » durant laquelle les entreprises américaines d’énergie assoiront leur pouvoir à l’étranger grâce à des exportations de gaz naturel, de charbon et de pétrole.

Après avoir passé des années dans le rôle d’importateur majeur de gaz naturel, les États-Unis devraient devenir un exportateur net cette année ou en 2018, grâce au développement de la fracturation hydraulique dans des états comme le Texas ou la Pennsylvanie.

« Nous sommes ici aujourd’hui pour déployer une nouvelle politique énergétique américaine », a déclaré Donald Trump lors d’un événement au ministère de l’Énergie, auquel participaient des chefs d’entreprise de l’industrie du pétrole et du charbon et des membres de syndicats ayant construit des gazoducs. « Nous exporterons de l’énergie américaine partout dans le monde. »

Rebaptisée « prédominance énergétique », la politique de Donald Trump, déjà mise en route par l’administration précédente, vise à exporter du gaz naturel liquéfié (GNL) vers des marchés d’Europe de l’Est et d’Asie.

« Nous serons exportateurs. […] Nous serons dominants. Nous exporterons de l’énergie américaine partout dans le monde, tout autour de la planète. […] L’âge d’or de l’Amérique a démarré. Croyez-moi », a déclaré le président des États-Unis.

Le GNL américain pourrait déclencher une guerre des prix en Europe

Un méthanier rempli de gaz naturel américain est en route pour le Portugal. Si cette information ne parait pas d’une grande importance à première vue, elle pourrait chambouler le marché européen de l’énergie, dominé par le gaz russe.

L’administration Trump voit dans les exportations de GNL un moyen de réduire les déficits commerciaux par rapport à d’autres pays et de développer l’économie.

Au début du mois de juin, Cheniere Energy Inc a ainsi réalisé la première livraison de GNL américain à la Pologne et aux Pays-Bas.

Les États-Unis proposeront aussi d’exporter du charbon en Ukraine, dont l’approvisionnement énergétique est perturbé par le conflit dans le Donbass, une région connue historiquement pour ses mines de charbon.

« L’Ukraine nous a déjà dit qu’elle avait immédiatement besoin de millions et de millions de tonnes métriques. Beaucoup d’autres pays en ont besoin. Et nous voulons leur en vendre, et à tous ceux qui en ont besoin autour du monde », a martelé Donald Trump.

Initiative des trois mers

Donald Trump doit se rendre en Europe cette semaine pour le sommet du G20 à Hambourg. Mais juste avant de s’y rendre, il fera escale à Varsovie où il participera au sommet de « l’initiative des trois mers ».

Outre la Pologne, cette nouvelle initiative proatlantique comprend la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, l’Autriche, la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie et la Slovénie, pays natal de la Première dame, Mélanie.

L’Europe de l’Est est fortement dépendante du gaz russe transporté via gazoducs, alors que les États-Unis cherchent depuis des années à développer les exportations de GNL, puisque la progression des forages a fortement augmenté les réserves domestiques.

Le camp pro-climat américain se mobilise face à Trump

Après l’annonce du retrait des États-Unis de l’accord de Paris, les rangs des Américains décidés à redoubler d’efforts pour limiter le réchauffement ne cessent de grossir, et certains estiment que l’Amérique pourrait même dépasser ses objectifs en matière de clima

« Certaines personnes utilisent l’approvisionnement [en gaz] comme une arme politique en menaçant de couper les robinets lors des périodes les plus froides de l’année, quand les populations ont besoin de gaz pour se chauffer », a rappelé Gary Cohn, directeur du Conseil économique national de la Maison-Blanche, lors d’une interview avec Reuters. « Notre intention est d’être une force au service du bien et de rendre le gaz facilement disponible pour ceux qui en ont besoin. »

Moscou a bloqué les livraisons de gaz à la suite d’un litige en matière de prix avec l’Ukraine en 2006 et en 2009, provoquant des pénuries dans plusieurs pays européens. La nouvelle stratégie russe est de construire des gazoducs tels que Nord Stream 2 pour contourner l’Ukraine.

La Russie considère l’Europe comme son marché naturel et a construit des infrastructures de grande envergure au fil des années pour livrer du gaz et du pétrole à ses clients européens. À l’inverse, les États-Unis ne comptent qu’un seul terminal d’exportation de gaz naturel à Sabine Pass, en Louisiane. Quatre autres sont en construction et seront opérationnelles entre 2018 et 2020.

Les diplomates des États membres les plus anciens n’accordent pas tant d’importance à l’initiative trois mers, mais s’inquiètent de la tentative de Donald Trump de diviser l’Europe.

Des observateurs craignent que la Pologne devienne trop présomptueuse et hostile suite à la visite de Donald Trump, ce qui déboucherait sur l’isolement progressif du pays.

Le 1er juillet, le responsable du parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS), Jarosław Kaczyński, a affirmé que d’autres pays européens étaient jaloux du fait que Donald Trump se rende en Pologne avant le sommet du G20.

« Nous connaissons un nouveau succès : la visite de Trump », a-t-il commenté. « Certains nous l’envient, et les Britanniques nous attaquent là-dessus. »