Un avenir électrique sans nucléaire en 2060

Pour l'Ademe, le scénario basé sur 85% d'ENR dans la consommation électrique en 2050 est le plus compétitif. [Shutterstock]

En France, l’intérêt économique serait de développer massivement les énergies renouvelables, selon une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

«Ce n’est pas un scénario de politique publique mais une étude technico-économique», insiste David Marchal, directeur adjoint du service Réseaux et Energies renouvelables à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), pour écarter tout débat polémique sur l’avenir du nucléaire en France.

L’Agence s’est seulement intéressée à modéliser et optimiser le coût économique des différentes filières de production électrique, selon sept scénarios, pour apporter sa pierre au débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie et la Stratégie nationale bas carbone. Pour la première fois, ses travaux offrent une visibilité à l’horizon 2060, permettant d’imaginer un mix électrique dénucléarisé, puisque le parc historique de réacteurs aura dépassé une durée de vie moyenne de 60 ans.

Bien sûr, l’Agence a retenu plusieurs hypothèses de départ. Elle s’est ainsi basée sur la trajectoire ‘haute’ de consommation électrique proposée par le Réseau de transport d’électricité (RTE), sauf pour un seul scénario basé sur la demande basse de l’Ademe 2035-2050 – soit entre 430 et 600 TWh de consommation électrique – après avoir été critiquée son choix d’une consommation ‘basse’ dans son scénario électrique ‘tout renouvelable’ présenté en 2015. Elle a toutefois occulté toute analyse des conséquences sociales et du nombre d’emplois.

95% d’ENR en 2060

Première conclusion: une place majeure doit être accordée aux ENR pour optimiser le coût économique du mix électrique. Soit en moyenne 85% de la consommation d’électricité en 2050 et 95% en 2060. Pour tenir cette décision, il faudra déployer 2 gigawatts (GW) d’éolien terrestre par an (contre 1,7 GW actuellement) et 3 GW/an pour le solaire (photovoltaïque au sol et sur grande toiture). Deux caps tout à fait tenables selon l’Ademe.

L’Agence, qui a aussi planché sur le développement d’une filière nucléaire de nouvelle génération, estime qu’il ne serait pas compétitif. La seule construction d’un EPR en 2030 nécessiterait de 4 à 6 milliards d’euros de soutien public. Par ailleurs, le coût d’une filière industrielle complète représenterait un surcoût de 39 Md€ pour la collectivité (par rapport à un scénario misant 95% d’ENR en 2060) pour une production de 24 GW en 2060.

L’établissement public envisage plutôt une sortie progressive du nucléaire. L’atome ne représenterait plus que 50% du mix électrique entre 2030 et 2035 grâce à une fermeture de 30% des réacteurs de 40 ans, puis à nouveau de 30% des réacteurs de 50 ans, et un coût nul sur la période 2030-2044«En 2055, il ne reste plus que la centrale de Flamanville et en 2060, il n’y a plus de nucléaire car économiquement, cela ne se justifie plus», explique le président de l’Ademe, Arnaud Leroy.

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Un prix de l’électricité en baisse

Troisième conclusion: la hausse des ENR fait baisser la facture. Selon David Marchal, le coût complet de l’électricité hors taxes chuterait d’environ 10 euros par mégawattheure (il passerait de 100 euros/MWh aujourd’hui à 91 euros/MWh en 2060) malgré la hausse prévisible du prix des énergies fossiles et de la tonne de CO2. Cette progression serait aussi bonne pour les émissions de CO2, dont la baisse est évaluée à 22% en 2060.

Fin des soutiens en 2030 et 2035

Cette évolution permettrait aussi de rétablir des prix de marché de gros, déprimés depuis quelques années en raison des surcapacités européennes. Avec une conséquence importante: la production des ENR n’aurait plus besoin de soutien dès 2030 pour le photovoltaïque au sol et dès 2035 pour l’éolien terrestre.

Une hypothèse qui ne nécessite «pas de développement du stockage avant 2050, grâce à de bonnes capacités actuelles et l’ajout de stations de transfert d’énergie par pompage». Ce n’est qu’en 2050 que de nouvelles batteries devraient stocker 12 GW d’énergie renouvelable et 18 GW en 2060. Par ailleurs, ce scénario intègre le déploiement de 16 millions de véhicules électriques en 2035, selon l’hypothèse haute retenue par RTE.

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