En Lorraine, un projet d’exploitation du gaz de couche crée la controverse

Le siège Simon était l'un des principaux sites d'exploitation du charbon en Moselle, situé à proximité de Forbach. C'est dans ses environs que La Française de l'Energie a déposé une demande de concession. [MeloDPhoto_SHUTTERSTOCK]

Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron et Barbara Pompili, plusieurs organisations environnementales ont mis en garde le gouvernement face à un projet d’extraction du gaz de couche en Moselle, à la frontière franco-allemande. Son impact environnemental éveille des craintes au niveau local.

On y a fouillé les entrailles de la terre jusqu’au bout. En Moselle se trouvait le tout dernier gisement de charbon français encore en exploitation. En 2004, la mine de la Houve a fermé, mettant fin à près d’un siècle de culture minière. De cette période, il reste aux Mosellans avant tout des musées, de rares chevalements – ces structures qui servaient à descendre les ouvriers et remonter le minerai – et des centaines de milliers de kilomètres de galeries. Si ces dernières ont pour un temps été abandonnées, elles semblent à nouveau attiser les convoitises. La semaine dernière, l’association écologiste Apel57 a publié une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron et Barbara Pompili pour dénoncer le projet d’exploitation du gaz de couche en Moselle de La Française de l’Énergie.

L’entreprise, qui a lancé en 2006 des recherches pour extraire ces ressources piégées dans le bassin houiller mosellan, a déposé une demande de concession en novembre 2018, à laquelle le gouvernement doit répondre cette année. Face à cette échéance, les 36 organisations environnementales signataires de la lettre ouverte demandent « le rejet de ce permis par le gouvernement ».

Doutes sur les nappes phréatiques

Les associations s’inquiètent particulièrement de l’impact environnemental qu’aurait ce projet sur le territoire lorrain. « Le gaz de couche n’a jamais été exploité en France. Mais à l’étranger on est bien au fait de la pollution qu’engendre ce type d’extraction, sur l’air, l’eau, les sols, sans compter les émissions de gaz à effet de serre », martèle Anaëlle Lantonnois, membre de l’Apel57.

Principalement constitué de méthane, le gaz de couche était déjà bien connu des mineurs. Accumulé dans certaines galeries, il pouvait engendrer de terribles explosions, ces fameux « coup de grisou », responsables de nombreux décès dans les mines. Ce gaz de couche, aujourd’hui convoité par La Française de l’Energie, n’a rien à voir avec le gaz de mine, actuellement exploité dans le Nord de la France. Ce dernier se trouve tout proche de la surface du sol. S’il n’est pas récupéré, ce puissant gaz à effet de serre s’échappe dans l’atmosphère, contrairement au gaz de couche qui est  piégé dans les entrailles de la terre, parfois à plusieurs centaines de mètre du sol.

C’est là que réside le principal problème selon les ONG signataires, qui craignent via l’exploitation du gaz de couche la pollution des nappes phréatiques. Une étude menée en 2013 par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques  (Ineris) et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) pointait déjà la pollution des eaux comme « l’impact environnemental potentiellement le plus sensible lié à la mise en œuvre de [cette] filière ». « Aux Etats-Unis, la littérature recense d’assez nombreuses situations où, durant l’exploitation de gaz de houille, diverses migrations de fluides dans les sous-sols ont contribué à la contamination des ressources en eaux », peut-on lire dans le rapport.

Face à un risque de pollution des nappes phréatiques, le directeur général de La Française de l’Énergie Antoine Forcinal se veut rassurant : « Nos traversées de nappes phréatiques sont faites par des sociétés spécialisées dans la production et le forage de puits pour de l’eau potable », souligne le PDG qui rappelle que la qualité de l’eau est assurée par « un hydrogéologue agréé présent sur site au moment des traversées de nappes phréatiques ». « Cela fait quinze ans que nous forons dans cette région, où est la pollution ? » Actuellement La Française de l’Energie a fait des recherches de forages sur quatre sites. La demande de concession, si elle venait à voir le jour, porterait ce chiffre à quarante.

« Aucune garantie »

Ces craintes pour la ressource en eau transparaissent également dans l’enquête publique qui a été menée en octobre 2020. En effet, l’« impact sur l’eau » apparaît comme le  thème le plus fréquemment évoqué par les participants, soit par près de 26 % du public. Une inquiétude légitime selon Hélène Zannier, députée LREM de la 7e circonscription de Moselle : « On n’a aujourd’hui aucune garantie que les nappes phréatiques ne soient pas impactées un jour par ce projet. »

La demande de concession porte actuellement sur deux périmètres qui comprennent quarante communes. « Les élus locaux se sont d’abord montrés très enthousiasmés par ce projet », se rappelle la députée. « On nous avait présenté cela comme quelque chose de très simple à réaliser et pourvoyeur d’emploi. Que c’était comme planter une paille dans une orange, pour en aspirer le jus. Pourtant l’entreprise est bien plus périlleuse et aléatoire », affirme Hélène Zannier, qui rappelle qu’il faut « bien distinguer gaz de mine et gaz de couche ».

La députée mosellane a envoyé ces derniers mois plusieurs courriers où elle a émis ses réserves sur ce projet. Le dernier en date a été envoyé il y a quelques semaines à la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili. Ce sont elle et son homologue au ministère de l’Économie Bruno Le Maire qui seront chargés de trancher dans l’année sur ce dossier épineux. Affaire à suivre.

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