Un seul gagnant dans la course pour le corridor gazier sud-européen

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Les groupes qui détiennent Nabucco et le gazoduc transadriatique (TAP), en compétition pour acheminer du gaz de l’Azerbaïdjan, ont signé des accords avec les promoteurs du gazoduc transanatolien (TANAP) entre la Turquie et l’Azerbaïdjan.

Nabucco et TAP ont indiqué dans des communiqués qu'ils acceptaient de coopérer avec TANAP, un projet estimé à environ 5,6 milliards d'euros qui parcourra 2 000 kilomètres, principalement à travers la Turquie.

>> Lire : Conclusion d'un accord sur la construction du gazoduc transanatolien

Le 5 mars, Nabucco a annoncé la signature d'un accord avec TANAP dans lequel les deux parties acceptent officiellement de coopérer au développement du corridor gazier sud-européen.

TAP a annoncé jeudi (7 mars) la signature d'un accord avec TANAP. Ces deux entreprises ont créé un groupe de travail commun et ont organisé des réunions régulières à Ankara en vue d'évaluer plus en profondeur les domaines de coopération éventuelle entre les deux parties.

Le corridor gazier sud-européen désigne les différents projets qui visent à acheminer du gaz provenant du gisement en mer de l'Azerbaïdjan, Shah Deniz II, à des clients européens. Jusqu'à présent les deux concurrents principaux restent dans la course : Nabucco Ouest, une version réduite du gazoduc original Nabucco, et TAP (voir « Contexte »).

L'accord entre TANAP et Nabucco prévoit que les deux entreprises échangent des informations techniques et stratégiques et « coopèrent de manière à soutenir le développement de leurs projets respectifs ».

Les « informations stratégiques » se rapportent apparemment au fait que le gazoduc Nabucco initial devait traverser l'Azerbaïdjan et la Turquie avant d'arriver dans l'UE.

Les forces de Nabucco

Christian Dolezal, un porte-parole de Nabucco, a déclaré à EURACTIV que son entreprise connaissait bien l'itinéraire et avait « toujours des permis en place ».

« L’Azerbaïdjan et la Turquie sont des constructeurs de gazoducs très expérimentés. Nous dépendons tous les uns des autres et nous devons coopérer pour que cet investissement en vaille la peine », a-t-il déclaré.

M. Dolezal a également mis en évidence les avantages du projet Nabucco. Il a notamment souligné que l'itinéraire, qui traverse la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie avant de rejoindre la plateforme gazière de Baumgarten près de Vienne, offrait « le meilleur accès au marché », la « connectivité la plus élevée avec les pays des Balkans », et une capacité de stockage de 16 milliards de mètres cubes (mmc) tout au long du tracé.

Des liaisons directes existantes pourraient acheminer du gaz de la Bulgarie vers la Macédoine et de la Hongrie vers la Serbie et la Bosnie-Herzégovine. Depuis la plateforme de Baumgarten, du gaz peut-être acheminé grâce à des liaisons existantes vers la République tchèque, l'Allemagne, la Slovaquie et l'Italie. M. Dolezal a déclaré que la région pouvait absorber 10 milliards de mètres cubes par an (mmc/an) et que le gaz déclencherait le développement du marché.

Les arguments de TAP

Kjetil Tungland, le directeur général de TAP, a déclaré à EURACTIV que TAP pouvait acheminer du gaz de la Bulgarie en passant par l'interconnecteur prévu entre la Grèce et la Bulgarie (IGB) ou par des flux inversés au point d'interconnexion entre Kula et Sidirokastro. Il a indiqué que la dernière option avait déjà été utilisée en 2009 pour injecter du gaz naturel dans le gazoduc entre la Bulgarie et la Grèce depuis le terminal grec de GNL à Revythoussa.

M. Tungland a souligné que TAP était « en tête de la course et travaillait étroitement avec le consortium qui gère le gisement Shah Deniz ».

Il a ajouté qu'en février 2012, TAP était le premier à entamer des négociations exclusives avec l'Azerbaïdjan et le premier gazoduc présélectionné par Shah Deniz, car le consortium azéri préférait que le gazoduc passe par l'Italie. M. Tungland a expliqué que TAP avait également été le premier, en août 2012, à signer un accord de financement avec les partenaires du consortium Shah Deniz, à savoir BP, Socar et Total.

Le directeur général de TAP a mis en évidence les avantages de TAP en termes d'accès au marché. Il a déclaré que l'itinéraire qui passe par la Grèce, l'Albanie et l'Italie était « l'option la plus stratégique pour l'Europe ». Il s'agit en effet de « la manière la plus rapide, économique et directe afin d’approvisionner les plus grands marchés européens en gaz de la mer Caspienne ».

« En reliant des infrastructures clés de la région, comme le gazoduc dans la mer Ionienne/Adriatique (IAP) et le Western Balkans Ring, TAP peut acheminer de nouvelles réserves de gaz vers le sud-est de l'Europe, à savoir la Bulgarie, l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Croatie, ainsi que vers les pays d'Europe centrale : la Suisse et l'Autriche. Le point de chute de TAP en Italie offre en outre de nombreuses occasions de transporter du gaz naturel de l'Italie vers l'ouest, vers la France et l'Allemagne et même vers le Royaume-Uni », a indiqué M. Tungland.

En ce qui concerne les installations de stockage, les parties prenantes de TAP envisagent de construire des infrastructures en Albanie, ce qui « améliorerait davantage la sécurité énergétique de la région et permettrait de lutter contre les ruptures d'approvisionnement inattendues », selon M. Tungland.

Accès des tiers

TAP aurait cependant demandé à la Commission européenne une « exemption d'accès régulé des tiers », c'est-à-dire que d'autres fournisseurs ne pourront pas utiliser le gazoduc, malgré les règles de l'UE sur la libéralisation de l'énergie. Nabucco Ouest n'a pas formulé cette demande.

Une grande partie du gazoduc TAP passe par la Grèce, où la Russie envisage de racheter les compagnies gazières nationales DEPA et DEFSA. Michael Hoffmann, membre du projet TAP, a récemment déclaré à EURACTIV que le consortium construira un nouveau gazoduc en Grèce de sorte que la privatisation de DESFA/DEPA ne nuira pas au projet.

>> Lire : Trois entreprises russes proposent de racheter des compagnies gazières grecques

Inversement, Nabucco Ouest offrira un accès à d'autres fournisseurs, qui pourraient réserver des capacités de transport lors du lancement de l'appel à candidatures (« open season »), a déclaré M. Dolezal. Il a ajouté que son entreprise espérait que les compagnies européennes et turques réservent des capacités de transport.

Contexte

Les projets de gazoduc Nabucco Ouest et TAP semblent être à un stade de préparation avancé. À première vue, ils ne semblent pas être concurrents, car Nabucco Ouest, un gazoduc de 1 326 km et de 122 cm de diamètre, devrait acheminer le gaz de la frontière turque à travers la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie vers la plateforme gazière de Baumbarten, près de Vienne. [voir la carte]

TAP, le gazoduc transadriatique, d'une longueur de 800 km et également d'un diamètre de 122 cm, transportera le gaz de la frontière turque à travers la Grèce et l'Albanie en passant par une section en mer jusqu'à Santa Foca, dans le talon de la botte italienne. [voir la carte]

Cependant, il n'y aurait apparemment pas assez de gaz, qui sera extrait du gisement de Shah Deniz II en 2017 lorsque les deux gazoducs seront prêts à l'acheminer, pour un gazoduc. Le consortium Shah Deniz éliminerait l'un des candidats en choisissant un projet. La décision devrait être prise en juin.

Le consortium Shah Deniz représenterait également 50 % des parties prenantes de chaque projet.

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