Un vote discret sur les chaudières peu fiables entraînerait des réductions « massives » de CO2

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Un vote passé inaperçu au sein d’une commission obscure en vue d’établir de nouvelles normes d’efficacité énergétique pour les chaudières de chauffage central a validé des économies d’énergie qui pourraient représenter 10 % de la consommation d’énergie en Europe d’ici 2020, selon des organisations écologistes.

Après plus de cinq ans de tergiversations, le comité de réglementation sur la directive relative à l'écoconception a voté en mars un texte qui établit des conditions écologiques minimum pour les chaudières et les chauffe-eau. Ce texte impose également la mention du potentiel d'économies d'énergie sur ces appareils.

Stéphane Arditi, responsable de politiques du Bureau européen de l'environnement (BEE), a déclaré à EURACTIV que les réductions des émissions qui s'ensuivraient seraient « massives ».

« Ces votes ont grandement stimulé les objectifs d'efficacité énergétique de l'Europe », a-t-il déclaré. « Leurs conséquences sur la réduction de nos émissions de carbone seront extraordinaires et l'Europe économisera des millions d'euros sur les factures énergétiques. »

Selon les estimations du BEE, les mesures sur les chaudières et les chauffages représenteront à elles seules 15 % de l'objectif de l'UE d'amélioration de l'efficacité énergétique de 20 % d'ici 2020, par rapport à un scénario de référence de 2005.

Selon l'organisation de défense de l'environnement, les mesures d'écoconception de l'UE prises ensemble représenteront finalement entre 40 et 50 % de l'objectif pour 2020 et environ 10 % de l'utilisation de l'énergie primaire dans l'UE.

« Nous sommes très satisfaits de l'adoption de ces mesures », a déclaré Arianna Vitali Roscini, en charge des questions relatives aux économies d'énergie pour WWF. « Il s'agit de l'une des mesures d'efficacité qui permet réellement de réduire la consommation d'énergie, même si elle comporte de nombreux détails techniques et n’est pas si visible. »

Dana Popp, une porte-parole de l'Association of the European Heating Industry (EHI), a également accueilli favorablement l’adoption de la directive, mais a émis quelques mises en garde.

« Le niveau exigé d'émissions pour les chaudières à gaz et les chauffe-eau nous inquiète plutôt fortement », a-t-elle déclaré à EURACTIV. « Pour les chauffe-eau à gaz, les exigences de NOx [oxyde d'azote] sont si faibles que le secteur craint que ses propres produits ne soient plus adaptés, en raison de l'investissement nécessaire. »

« Nous parlons simplement du passage au carburant, qui est un peu inquiétant », a-t-elle indiqué. Elle a affirmé que tout passage à des chauffages électriques augmenterait, actuellement, les émissions de CO2.

Selon des défenseurs de l'environnement cette crainte est exagérée.

« Comparable à l'ETS »

Une étude récente d'Ecofys révèle qu'une mise en œuvre correcte de la directive sur l'écoconception permettrait de réduire les émissions de CO2 de 400 millions de tonnes par an. Ce chiffre est « comparable à l'impact attendu du système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS) sur les gaz à effet de serre (GES) », peut-on lire dans cette étude.

Les chaudières de chauffage central au gaz ou au mazout, qui représentent 80 % du marché, sont un exemple concret. Elles sont responsables de 17 % des émissions de CO2 dans l'UE et de 16 % au Royaume-Uni.

Le nouveau texte très technique sur l'écoconception devrait effectivement réduire progressivement ces émissions et relever la barre des systèmes de condensation plus efficaces.

À partir de 2015, les chaudières à condensation n'obtiendront que la note maximale de « A » sur la nouvelle échelle de performance énergétique qui va de « G » à « A++ ».

En 2019, la catégorie « A+++ » sera introduite pour les chaudières super efficaces telles que les pompes à chaleur. À partir de ce moment-là, seules les technologies renouvelables et de cogénération pourront entrer dans la catégorie « A+ », qui permettra d'obtenir une étiquette de couleur verte.

Des groupes de l'industrie déplorent, entre autres, que la couleur de l'étiquette des chaudières à condensation passe de vert à jaune. Les défenseurs de l'efficacité énergétique sont tout aussi mécontents, Ils ne veulent pas attendre 2019 pour que les étiquettes de ces chaudières ne deviennent vertes.

Intervention du commissaire en charge de l'énergie

Au cours de ces années de tergiversations, l'industrie du chauffage central en Europe, les grands producteurs allemands et, à un certain point, le commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger, se sont opposés aux méthodologies d'évaluation et d'estimation.

« Tout à coup, la procédure transparente s'est interrompue en raison d'une pression de dernière minute de l'industrie allemande sur un commissaire allemand. Cela [soulève] une question fondamentale de transparence et de démocratie », a déclaré M. Arditi.

Selon des données de l'EHI, l'Allemagne produit 60 % des chaudières en Europe alors que l'Italie en produit 20 % et la Grande-Bretagne, la France et les Pays-Bas 15 %. Les 5 % restants sont importés.

Toute affirmation de lien national était cependant « très exagérée », a déclaré Mme Popp. « Le fait que le commissaire en charge de l'énergie vienne d'Allemagne est une coïncidence. Il aurait pu venir de n'importe où. Évidemment, s'il a un intérêt à protéger, il s’adressera à la direction respective [de l'UE]. »

Comportement d'écoblanchiment

Selon M. Arditi, un « comportement d'écoblanchiment » de l'industrie a influencé le texte définitif, qui doit encore être approuvé par le Parlement européen. Ce texte est toutefois mieux que le précédent.

« En fin de compte, [nous avons] dû trouver un équilibre entre ce que nous pouvions obtenir et l'échéance impliquée », a-t-il déclaré. « Nous avons estimé que chaque jour de retard dans les exigences d'étiquetage et de performance ferait perdre environ 50 millions d'euros d'économies d'énergie dans l'UE. Après un an, [cette perte] aurait été supérieure à 1,5 milliard d'euros. »

De nombreux défenseurs de l'environnement affirment toutefois que la longue période de gestation de la directive incite à une mise en œuvre et à une procédure de révision rapides.  

« Une révision rapide de la directive sur l'écoconception est demandée afin de garantir que ses exigences reflètent réellement les transformations technologiques sur le marché, car les études qui soutiennent la réglementation ont été menées », a affirmé Vitali Roscini. Il a précisé que les nouvelles normes n'entreront pas en vigueur avant 2015.

Coûts de l'efficacité contestés

Les coûts suscitent également la contestation. Les chaudières au gaz et au mazout se vendent au détail entre 1 500  et 3 000 euros et leur quotient d'efficacité énergétique est d'environ 50 %. Les chaudières à condensation, quant à elles, se vendent au détail à environ 5 000 euros et peuvent atteindre un niveau d'efficacité de 81 %.

Les pompes à chaleur permettent en revanche d'économiser plus de 130 %. Leur prix varie entre 20 000 euros et 6 000 euros, pour les modèles les moins efficaces, qui utilisent quand même moins d'énergie que les chaudières à condensation les plus performantes.

« Nous craignons que la directive n'ait pas l'effet désiré, à savoir garantir que les consommateurs ne choisissent que les produits très efficaces, car économiquement parlant, d’autres solutions sont loin d'être abordables », a déclaré Mme Popp.

Pour des défenseurs de l'environnement tels que M. Arditi, le soutien en faveur de chaudières à condensation signifie que les personnes pauvres paieront toujours des factures énergétiques élevées et qu'elles connaîtront une précarité énergétique pour les années à venir. Il a appelé à davantage de prêts écologiques et à des systèmes d'abandon et de reprise de chaudières usagées.

Dustin Benton, conseiller politique senior pour Green Alliance au Royaume-Uni, a déclaré à EURACTIV que, malgré les économies éventuelles à long terme, les consommateurs britanniques ordinaires achetaient des appareils moins efficaces en raison de la récession.

Négawatt

« Il existe une contradiction entre les économies projetées par la directive sur l'écoconception et ce qui se passe réellement », a-t-il indiqué à EURACTIV. « Nous devons avancer plus rapidement dans la réglementation et fournir également des incitations pour des appareils efficaces en énergie. »

Il a proposé d'adopter l'idée américaine de « négawatts », à savoir un tarif de rachat pour les consommateurs en vue de les inciter à utiliser des sources d'énergie à faible teneur en carbone. 

« Vous pouvez donner entre 10  et 35 livres sterling (11,7 et 41,2 euros) aux personnes par kilowatt-heure d'énergie évité, ce qui est une comparaison optimiste d’une production électrique faible en carbone », a-t-il déclaré.

Au sein de l'UE, les horizons sont toutefois plus modestes et se concentrent sur le vote du Parlement européen et une proposition de révision du nouveau texte en 2014. 

La directive actuelle sur l'étiquetage énergétique, mise à jour en 2010, permet à la Commission européenne d'imposer des exigences techniques et des indices d'efficacité énergétique pour les appareils ménagers comme les réfrigérateurs, les machines à laver et les fours.

Depuis l'adoption de l'étiquetage énergétique dans le milieu des années 1990, l'échelle de catégories d'efficacité énergétique (A à G) s'est avérée efficace en encourageant l'achat de biens de consommation plus écologiques.

La Commission a dès lors proposé d'étendre son champ d'application au-delà des appareils ménagers dans le cadre de l'analyse stratégique de la politique énergétique de l'UE en novembre 2008 (EURACTIV, 14/11/08).

Mais pour éviter que la plupart des produits ne soient classés dans la catégorie A, l'exécutif européen a proposé une nouvelle échelle « supérieure à A », encourageant le développement de produits plus efficaces en stimulant la concurrence. Le 2 avril 2009, les représentants des États membres se sont mis d'accord sur une nouvelle échelle avec de nouvelles catégories A, comme A-20 %, indiquant les économies d'énergie sur ces produits par rapport aux produits de catégorie A normaux (EURACTIV, 02/04/09).

En 2010, la Commission européenne a adopté la directive instaurant le système d'étiquetage « supérieur à A ».

  • 2013 : le Parlement européen approuvera le nouveau texte de la directive sur l'écoconception
  • 2014 : proposition de révision du nouveau texte
  • 2015 : nouveau système d'étiquetage énergétique allant de « A++ » à « G »
  • 2019 : la nouvelle étiquette « A+++ » sera introduite dans le système d'étiquetage les catégories « A » ne seront plus associées à la couleur verte sur les étiquettes

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