L’Allemagne espère sortir du charbon sans casse sociale

epa07320735 Les présidents de la commission charbon, Stanislaw Tillich, Barbara Praetorius et Ronald Pofalla, présentent leur rapport final lors d’une conférence de presse à Berlin, le 26 janvier 2019. [EPA-EFE/HAYOUNG JEON]

Après huit mois de négociations et un rapport déjà retardé une fois, la commission allemande sur la sortie du charbon a présenté son plan à l’horizon 2038. Euractiv Allemagne se penche sur le texte.

Puissance industrielle au long passé d’extraction du charbon, l’Allemagne a beaucoup de difficultés à se débarrasser de cette source d’énergie particulièrement polluante. En juin dernier, le gouvernement a donc créé la commission pour la croissance, le changement structurel et l’emploi, aussi appelée commission charbon, chargée de piloter une transition socialement juste.

Le rapport final des 28 membres du groupe vient de paraitre, avec un peu de retard sur le calendrier. Leur espoir est de mettre en place une « transition énergétique [qui puisse] servir d’exemple à d’autres pays », en assurant la protection à la fois de l’emploi et du climat. Voici les quatre aspects sur lesquels ils se sont penchés.

  • Élimination au charbon d’ici 2038 (ou plus tôt)

La dernière centrale au charbon devrait être fermée en 2038 au plus tard. L’élimination du charbon avant 2035 serait possible si l’approvisionnement et la préparation de l’industrie le permettent. Des points sur l’état des progrès seront réalisés en 2023, 2026 et 2029.

Aujourd’hui la capacité totale des centrales au charbon actuelles s’élève à un petit peu plus de 45 gigawatts. Le rapport prévoit comme objectif intermédiaire la suppression d’ici 2022 de 12,5 gigawatts, soit l’équivalent de 24 grandes unités. En 2030, seuls neuf gigawatts issus du lignite pourront encore alimenter le marché.

Changement structurel

Des aides substantielles seront allouées aux États miniers de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Brandebourg, Saxe et Saxe-Anhalt, afin qu’ils puissent reconvertir leur économie. Sur 20 ans, 1,3 milliard d’euros seront réservés à cet usage. Une enveloppe supplémentaire de 700 millions d’euros par an doit être investie dans d’autres projets.

Les détails du financement de l’économie régionale restent à définir. Ils feront l’objet d’un plan d’action qui devrait être dévoilé fin avril et précisera les investissements à faire dans les infrastructures, la recherche et les autorités compétentes. En ce qui concerne le transport, un programme de financement spécial devrait mobiliser 1,5 milliard d’euros et a déjà été inscrit au budget fédéral jusqu’à 2021.

L'initiateur de l'Energiewende dénonce l’inaction de Berlin sur le climat

Parrain des débuts de la transition énergétique allemande, Hans-Josef Fell dénonce le manque de volonté politique actuel sur le sujet. Il avait échafaudé la loi sur les énergies renouvelables de l’an 2000.

Le gouvernement fédéral devrait utiliser 2 milliards d’euros supplémentaires par an pour alléger le fardeau des prix croissants de l’électricité pour les particuliers et les entreprises à partir de 2023. La « compensation de prix » pour les industries particulièrement énergivores devrait se poursuivre jusqu’en 2030.

La commission charbon estime que 60 000 emplois dépendent directement ou indirectement de l’extraction du lignite. Tous les travailleurs de 58 ans et plus bénéficieront d’un fonds d’ajustement et d’une correction des retraites trop basses. Cela devrait coûter jusqu’à 5 milliards d’euros à l’État fédéral et aux entreprises. Les salariés plus jeunes profiteront de nouvelles formations.

Les propositions de la commission ne sont que des suggestions non contraignantes de mesures que l’État fédéral pourrait adopter. Cette année, Berlin compte faire passer une loi de protection du climat, qui déterminerait pour la première fois des objectifs de réduction d’émissions spécifiques à chaque secteur. Ce type de règles existe déjà dans plusieurs autres États européens.

L’Allemagne ne parviendra pas à atteindre l’objectif climatique qu’elle s’est fixé pour 2020 et doit réagir vite si elle veut respecter ses ambitions en termes de transition énergétique. Le pays est censé éliminer le nucléaire en 2022. D’ici 2050, les émissions de CO2 totales devraient être entre 80 et 95 % moins élevées qu’en 1990.

En Allemagne, la fin du charbon n'est pas pour demain

Des milliers d’Allemands ont manifesté pour une sortie accélérée du charbon d’ici 2020. Un objectif sur lequel le gouvernement peine à avancer.

Réactions

Niklas Heiland, Oxfam Germany: “If the German government implements the commission’s proposal in this way, it is unlikely that the climate goals for 2030 will be achieved. This means that Germany would also miss its contribution to the Paris Agreement in 2030. The objective of limiting global warming to 1.5°C is therefore getting increasingly remote.”

Eric Schweitzer, President of the Association of German Chambers of Commerce and Industry (DIHK): “I think that the final report meets the commission’s mission: climate protection has to be accompanied by ensuring security of supply, our economy’s competitiveness and prospects for the affected regions. It was not easy to balance all this. From the perspective of German businesses, the particularly important thing about the outcome is that fixed dates have been agreed for re-examining existing assumptions. Only then can further steps be taken.”

Dr Simone Peter, president of the federal association for renewable energy (BEE): “The recommendations by the commission for reducing coal-fired power generation in the 2020s are likely to contribute to achieving the national climate protection target for 2030. But this does not mean that the objectives of the Paris Agreement will be achieved. In the framework of the structural commission, this would only be possible if the coal-fired power stations were operating minimally. (…) The German government should now swiftly put in place the ‘climate protection law’ which ensures that the 65% target for renewable energies by 2030, which is supported by the commission, is implemented with the corresponding time and quantity structure.”

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