Un projet de recherche franco-irlandais planche sur le stockage des renouvelables

La France et l'Irlande collaborent pour une meilleur interconnexion. [SwaloPhoto / Flickr]

Pour utiliser davantage de renouvelables, il est essentiel d’améliorer l’interconnexion et la flexibilité des réseaux. Un projet de recherche franco-irlandais se penche sur la question.

Le réseau électrique irlandais est aujourd’hui en mesure de fonctionner avec 65 % d’énergie provenant de sources renouvelables. Une avancée majeure qui pourrait être répliquée ailleurs dans l’UE.

Pour ce faire, il faudra cependant trouver plus d’interconnexion et de flexibilité, notamment en ce qui concerne la demande et les technologies de stockage.

« En 2030, la moitié de notre électricité pourrait être issue de sources renouvelables, mais comment intégrer autant d’électricité renouvelable dans le système ? », se demande Seán Kelly, eurodéputé irlandais du PPE, qui a organisé une rencontre à ce sujet au Parlement européen. Il est rapporteur fictif de la directive sur les énergies renouvelables, actuellement en cours de négociations entre le Parlement, le Conseil et la Commission, au sein de son groupe.

Dans ce but, EirGrid, en Irlande, et EDF, en France, ont décidé de collaborer au sein du projet EU-Eu-SysFlex pour proposer une feuille de route pour les réseaux et l’interconnexion.

Et si l’UE fait preuve de plus d’ambition en matière d’énergies renouvelables, la pertinence du projet devrait s’accroître. Le Parlement européen a soutenu un objectif de 35 % d’énergies renouvelables en 2030, en hausse par rapport aux 27 % initialement proposés par la Commission, ce dont se félicite Seán Kelly.

« Cette augmentation n’a pas été facile à accepter pour beaucoup de mes collègues », admet l’eurodéputé.

Denis Naughten, le ministre irlandais de l’Énergie, s’est félicité que l’Irlande soit « à l’avant-garde de la transition énergétique », avec sa capacité de gestion de 65 % d’électricité provenant de sources renouvelables, principalement de l’énergie éolienne.

« L’exploitation d’un réseau restreint avec ce pourcentage d’énergies renouvelables est vraiment une grande réussite. Ce qui aurait été jugé inimaginable il y a quelques années est aujourd’hui une réalité », a-t-il souligné.

« Le programme Eu-SysFlex nous aidera à relever les défis liés à la mise en œuvre du paquet énergie propre », a-t-il ajouté, faisant référence aux négociations en cours au sein de l’UE sur la directive révisée sur les énergies renouvelables.

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Le problème de l’interconnexion

Le besoin d’interconnexion et de flexibilité découle des choix politiques de l’Irlande. D’ici 2020, l’île prévoit d’éliminer complètement le charbon et de déployer un demi-million de véhicules électriques sur les routes, a expliqué le ministre.  « Nous allons également rendre le chauffage électrique et investir dans l’efficacité énergétique », a-t-il ajouté.

Dublin souhaite également améliorer la sécurité énergétique et la solidarité avec le reste de l’Europe et soutient deux projets d’interconnexion électrique, avec le Royaume-Uni et la France, afin d’y parvenir.

« Pour l’Irlande, ainsi que pour la France, l’Espagne et le Portugal, les interconnexions sont essentielles à un bon équilibre », a expliqué le ministre.

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Catharina Sikow-Magny, de la DG énergie de la Commission, souligne que la chute rapide des prix des technologies liées aux renouvelables a déjà modifié la perception de ces énergies au sein de l’UE. « Nous nous félicitons de la position du Parlement pour 35 % de renouvelables », a-t-elle déclaré, confirmant les déclarations du commissaire à l’action climatique, Miguel Arias Cañete, qui souhaite hausser les ambitions européennes.

Les gestionnaires de réseaux ont un rôle clé à jouer dans la gestion des flux d’électricité, et leur importance ne fera que s’amplifier avec la hausse du taux de renouvelables. Les consommateurs ont cependant eux aussi un rôle à jouer dans la stabilisation des réseaux, explique Catharina Sikow-Magny.

« Nous comptons sur la flexibilité du système grâce à l’introduction des voitures électriques et des habitations intelligentes », précise-t-elle. « Nous devons nous assurer que les consommateurs soient entendus […] ils doivent être mieux informés et protégés en cas de besoin. »

Sept projets

L’interconnexion étroite entre les réseaux électriques de la République d’Irlande et d’Irlande du Nord a fait baisser les prix de gros de l’électricité, selon SONI, gestionnaire de réseau de transport (GRT) nord-irlandais.

Robin McCormick, directeur général de SONI, souligne que Eu-SysFlex pourra s’appuyer sur cette expérience. Le programme implique 34 organisations de 15 pays, y compris des GRT et gestionnaire de réseau de transport, des entreprises technologiques et des instituts de recherche. « Sept projets de démonstration sont basés sur tous les niveaux dans plusieurs pays européens », explique-t-il.

Vera Paiva da Silva travaille également sur le projet, en tant que directrice du programme de recherche et développement chez EDF. « La transition énergétique implique de passer d’un système bien connu de complexité moyenne à un système de complexité élevée et de propriétés encore inconnues. C’est le défi que Eu-SysFlex relève », estime-t-elle.

Il faudra mettre en place les bonnes mesures d’incitation économique, souligne la directrice R&D, afin de « récompenser le bon niveau de flexibilité au bon moment», ajoutant que la flexibilité peut être trouvée au-delà des frontières et à tous les niveaux – y compris à partir de véhicules électriques et de maisons intelligentes.

« Eu-SysFlex est là pour que nous puissions dire : 50 % d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables en une décennie, c’est possible », résume-t-elle.

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