Bruxelles attend beaucoup des compteurs communicants

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À l’image de Linky en France, de nombreux pays de l’Union européenne ont adopté les compteurs électriques communicants. Source de gain de temps et d’argent, leur déploiement constitue une étape incontournable dans la stratégie de développement des énergies renouvelables mise en œuvre par Bruxelles.

Henri Morvan est un ingénieur en électronique, reconverti dans le conseil en matière d’efficacité énergétique à destination des collectivités publiques et personnes privées et fournisseur privé d’électricité renouvelable.

Après la Suède, la Norvège, l’Italie, l’Autriche, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, le Luxembourg a fait à son tour le choix des compteurs communicants depuis le 1er juillet 2016. Quelques mois après la France, où 35 millions de boitiers Linky sont en cours d’installation depuis le 1er décembre 2015, le Grand-Duché vient donc de mettre en application une directive européenne de 2009, obligeant les gestionnaires de réseaux à généraliser les compteurs intelligents pour mesurer la consommation d’électricité et de gaz.

Si l’opération de remplacement des anciens compteurs s’étend jusqu’en 2021 en France, elle s’est déjà avérée probante dans les pays qui l’ont précédée, comme la Grande-Bretagne, où les foyers ont constaté une baisse de 90 euros de leurs dépenses annuelles en électricité. D’après une étude du CNRS, l’installation de Linky permettra une économie moyenne de 23 % sur la facture électrique. Gratuites pour l’usager, la pose et la mise en service du compteur 2.0 permettent un suivi en temps réel de sa consommation. Pour Enedis (ex-ERDF), le coût de l’installation (120 euros par compteur ; 4,3 milliards d’euros au total) sera amorti grâce aux interventions à distance rendues possibles par Linky, sources d’économies significatives en déplacements.

« Sécurité de fonctionnement »

Face à la baisse du coût de l’énergie, mais aussi à la stagnation trop souvent constatée de son prix, le déploiement des compteurs communicants permettra également un rapprochement des intérêts des opérateurs et des consommateurs. Sécurisé par le cryptage des données et par des nuisances électromagnétiques inférieures à la plupart des autres appareils électriques et électroniques, la généralisation des compteurs intelligents représente surtout un progrès en matière d’énergies renouvelables, qui s’inscrit même en pôle position dans la stratégie de transition énergétique voulue par l’Union européenne (UE).

Afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2030, Bruxelles s’est engagée à produire 20 % de son énergie à partir de sources renouvelables avant 2020. Pour y parvenir, l’UE ambitionne de développer un véritable « smart grid » européen grâce aux technologies du numérique, qui fera partie intégrante de la future Union de l’énergie voulue par Bruxelles. Ce réseau intelligent entend compenser l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque, encore relativement imprévisibles, en s’appuyant sur un système électrique plus fiable. L’installation de 80 % de compteurs communicants sur le territoire de l’UE d’ici 2020 constitue la première étape du futur réseau européen, visant à améliorer la gestion et le stockage de l’électricité. Un nouveau marché qui devra « réconcilier des montants accrus d’énergie variable, notamment renouvelable, avec la sécurité de fonctionnement de l’ensemble du système énergétique », selon Dominique Ristori, directeur général Énergie à la Commission européenne.

« Opportunités pour le progrès »

Pour l’Europe, il s’agit notamment d’éviter l’erreur commise par l’Allemagne qui, après avoir investi près de 350 milliards d’euros dans les énergies renouvelables, a fait l’impasse sur les compteurs communicants pour économiser entre 15 et 20 milliards d’euros. L’instabilité énergétique qui en découle oblige aujourd’hui le pays à recourir massivement au charbon pour concilier production et consommation d’énergie. Une politique pour le moins critiquable quand on sait que cette source est la plus polluante au monde – devant les hydrocarbures comme le pétrole et le gaz –, l’Allemagne étant même bien placée dans le « top 10 » des plus gros producteurs et consommateurs de charbon. Le déploiement des nouveaux compteurs constitue en ce sens une avancée majeure pour pallier l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque, aux débits encore trop mal maîtrisés.

Pourtant, la question de l’adéquation entre la hausse des besoins en électricité et la nécessité qu’elle soit toujours plus propre se posera pour de nombreuses années encore. Comme le rappelait le président d’Eurelectric, l’association des industries électriques en Europe, Antonio Mexia, lors d’une conférence de presse en marge de la convention annuelle à Vilnius (Lituanie) les 6 et 7 juin derniers, « l’électrification est fondamentale pour une croissance à long terme et une transition énergétique efficace ». Le PDG d’EDP – pendant portugais d’EDF – a également tenu à préciser que « les technologies innovantes, associées à des solutions digitales évoluées, créent des opportunités pour le progrès, pas seulement dans le secteur de l‘énergie, mais également dans le transport, le bâtiment et d’autres secteurs industriels. » À condition de considérer les compteurs communicants comme une « technologie innovante » – ce qu’ils sont effectivement –, il apparait dès lors difficile de s’en passer aujourd’hui.

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