Diplomatie économique et spatial : lancement imminent !

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"L’Europe spatiale a des forces, sans doute certaines faiblesses. Construisons la compétitivité industrielle de demain."

Dans le cadre de la « diplomatie économique » de l’UE, Franck Proust, appelle à faire du spatial un « secteur pilote », afin de démontrer la plus-value d’une telle initiative.

Franck Proust est député européen, Président de la délégation française du groupe PPE et Vice-président de l’intergroupe « Ciel & Espace »,

L’espace est un domaine d’excellence de l’Europe, qui doit permettre à notre continent d’être une puissance mondiale. Sur le plan industriel, technologique et scientifique, les réalisations européennes en matière spatiale sont reconnues par tous. Le niveau de compétitivité de notre industrie est aussi remarquable. Avec seulement 4% de la main-d’œuvre industrielle globale, l’industrie spatiale européenne a délivré environ 20% de la production spatiale mondiale sur ces cinq dernières années.

Ces bons résultats doivent pousser les responsables publics et les acteurs privés à redoubler d’efforts. L’Europe spatiale a des forces, sans doute certaines faiblesses. Construisons la compétitivité industrielle de demain.

L’industrie spatiale européenne présente une spécificité au regard des principales puissances spatiales que sont les États-Unis, la Russie ou la Chine. Dans tous ces pays, l’industrie locale peut compter sur un fort niveau de commande publique (souvent militaire) et des marchés institutionnels largement captifs. Cela garantit aux industriels américains, russes ou chinois une base de revenus enviable pour assurer leur compétitivité et adopter une politique de prix agressive à l’export, comme le fait Space X. Mais avons-nous les mêmes armes que ces puissances spatiales ? Posons-nous la question !

En Europe, la situation est autre : seulement 36% de l’activité industrielle européenne (contre 60% aux États-Unis) concerne le marché institutionnel, ce qui fait de l’export une priorité pour nos entreprises du secteur.

La réelle différence, c’est que l’Europe n’a pas su, du moins jusqu’à l’adoption récente de la « Stratégie spatiale pour l’Europe » proposée par la Commission européenne, considérer l’espace comme un outil d’indépendance stratégique. Le spatial est à la croisée des chemins : enjeux commerciaux, aspects stratégiques, champs réservés du domaine régalien. Les contrats négociés et signés pour l’industrie spatiale montrent aussi une nature politique de ce secteur à ne pas sous-estimer.

Dès lors, la puissance publique nationale et européenne doit agir pour permettre à nos entreprises de voir l’international comme une chance unique de croissance ! Penser européen n’est pas un gros mot. N’ayons crainte de soutenir des champions européens du secteur spatial sur les marchés étrangers !

La diplomatie économique n’est pas un principe abstrait et incantatoire. Les États membres, aux côtés du Service européen pour l’action extérieure, ont un réseau diplomatique unique à travers le monde. Les services économiques et les missions de l’UE à l’étranger doivent donc être aux avant-postes pour identifier les opportunités, prospecter, fidéliser les acteurs des marchés étrangers ou même représenter les intérêts de l’industrie spatiale européenne.

Pour trouver sa pleine légitimité, l’action de l’Union en matière de diplomatie économique spatiale devrait également valoriser l’expertise des PME – souvent situées sur des niches, elles bénéficient d’un savoir-faire de pointe tout en ne disposant pas des moyens de se développer sur des marchés tiers, comme le font pourtant les grands acteurs industriels du secteur. L’utilisation des données du spatial est ici prioritaire, et le savoir-faire européen en la matière est immense.

Pour décliner ces ambitions avec agilité et succès, la coordination au niveau institutionnel doit être totale. Le Parlement européen jouera son rôle aux côtés du SEAE, de la Commission européenne et des États membres. Ne mettons pas chaque secteur économique ou chaque politique publique dans une case. Au contraire, insistons enfin sur les synergies entre innovation, politique commerciale, industrie, politique étrangère.

L’Europe est à un tournant de son histoire. Il y a d’un côté les marchands de rêves qui promettent des lendemains qui chantent sans hauteur de vue et propositions concrètes. De l’autre côté, les marchands de peurs agitent le repli sur soi et la fermeture des frontières économiques comme solution de tous les maux. Soyons des acteurs fiers de nos entreprises et de nos emplois. Mais ne nous endormons pas ! Le secteur spatial est une chance pour l’Europe, agissons avec pragmatisme pour favoriser son essor dans le monde.