La Commission européenne à mi-mandat

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Maroš Šefčovič

La Commission européenne a atteint la moitié de son  mandat, une bonne occasion de revenir sur les deux premières années et demie et de réfléchir au temps restant, écrit le commissaire Maroš Šefčovič.

Maroš Šefčovič est une diplomate slovaque, vice-président de la Commission européenne en charge de l’Union de l’énergie.

L’élaboration des politiques n’a ni « début » ni « fin ». Il s’agit d’un processus qui accompagne l’évolution naturelle de la société qui tente de relever les défis nouveaux, de tirer les enseignements des expériences passées et de définir la vision d’un avenir meilleur. Il s’agit d’itérations grâce auxquelles d’anciennes politiques sont constamment remplacées ou complétées par de nouvelles.

Or il arrive un moment où il importe de regarder le chemin parcouru pour s’assurer que nous sommes toujours sur la bonne voie. Il s’agit d’un exercice utile pour la presse, dont la mission est d’examiner à la loupe nos réalisations et de les mettre en vis-à-vis des promesses qui ont été faites. Il importe aussi que les citoyens voient que la fonction publique est effectivement à leur service. Il est aussi essentiel que nous, décideurs politiques, mesurions l’incidence de nos actions.

La Commission européenne vient d’achever la première moitié de son mandat, ce qui constitue une bonne occasion de dresser le bilan de ces deux premières années et demie et de réfléchir à la période restante.

Dans le secteur privé, cet exercice est souvent plus simple, car des indicateurs clés de performance (ICP) sont appliqués. Dans le domaine sportif, il est facile de se rendre compte d’un résultat objectif à la « mi-temps » ou en fin de partie. À l’inverse, en matière d’élaboration des politiques, il est souvent plus difficile d’évaluer les résultats. Les décisions que nous prenons à l’instant T n’ont pas toujours de répercussions immédiates. Nous nous attachons à élaborer des politiques produisant des effets à long terme qui se prolongeront bien au-delà de notre mandat.

Le défi est encore plus ardu s’agissant du processus décisionnel de l’UE, particulièrement complexe. Celui-ci doit en effet tenir compte du contexte propre à chaque État membre ; nous devons gagner le soutien des gouvernements et des députés élus au Parlement européen, et dûment tenir compte de tous les secteurs et régions dans toute l’Europe, qu’il s’agisse du secteur privé ou public, ou encore de la société civile. Enfin, il convient de garantir la réalisation des objectifs que la Commission s’est fixés : créer des emplois et insuffler de la croissance partout dans l’Union européenne. Ce processus décisionnel n’est par conséquent pas réputé pour sa célérité. C’est un processus contraignant qu’il faut utiliser de façon prudente et appliquée.

Or, comme je l’ai indiqué, il est indispensable qu’un contrôle soit exercé. Notre action consiste à comparer les engagements que nous avons pris et les objectifs que nous avons définis dès le départ avec ce que nous avons effectivement réussi. Pour ma part, j’ai été chargé de construire une « Union de l’énergie », qui est une vaste transformation, devant permettre à tous les Européens de disposer d’une énergie plus durable, plus sûre et plus compétitive.

Ces objectifs peuvent paraître simples, mais dans la pratique, ils impliquent une profonde mutation de toute l’économie, dans de nombreux domaines de politique tels que : les transports, l’énergie, le climat, l’environnement, les droits des consommateurs, le commerce, le développement régional, le marché intérieur, et ainsi de suite.

En effet, depuis la « Communauté européenne du charbon et de l’acier », qui a réuni les États membres fondateurs de l’UE au début des années 1950, il n’y a jamais eu de tentative aussi ambitieuse de réformer et de relier entre eux nos marchés de l’énergie. Une fois encore, lorsque nous évoquons l’union de l’énergie, nous nous référons à l’« énergie » dans son acception la plus large, qui est au cœur de la quasi-totalité des autres secteurs et qui nécessite par conséquent leur adaptation.

À ce stade, deux ans et demi après le début de cette Commission, je peux affirmer avec fierté que la quasi-totalité des mesures législatives que nous avons annoncées ont été inscrites dans des propositions concrètes et détaillées.

Je mentionnerais également que dans l’Union européenne, nous ne sommes pas les seuls concernés par ce processus. En tant que chef de file mondial pour la lutte contre le changement climatique, l’Europe a, en effet, joué un rôle décisif dans l’adoption puis la ratification de l’accord de Paris, réussite historique pour laquelle tous nos pays ont uni leurs forces et agi de concert. Dans le cadre du suivi que nous assurons, nous sommes associés à de nombreuses initiatives internationales visant à amener nos partenaires du monde entier à collaborer. Je pourrais citer la Convention mondiale des maires et des villes pour le climat et l’énergie ou l’initiative Mission Innovation, auxquelles toutes les grandes économies adhèrent pour stimuler leur recherche et développement dans le domaine des technologies non polluantes.

Je dis que la « quasi » totalité des propositions législatives est prête, car nous sommes en pleine phase d’élaboration d’un train de mesures d’envergure relatif à l’avenir de la mobilité et des transports. Ce n’est un secret pour personne que ce secteur progresse à un rythme prodigieux et voit émerger des technologies plus propres et plus efficientes, qui étaient tout à fait inimaginables il y a quelques années. Nous avons donc pour objectif de faire que l’Europe soit prête pour cette transition, qu’elle puisse la conduire et ouvrir la voie à d’autres pays et régions du monde entier, qu’elle puisse bénéficier de l’avantage d’être pionnier dans ce domaine.

Plus concrètement, nous nous dotons actuellement d’instruments législatifs et opérationnels  afin que les futurs transports en Europe soient non polluants, compétitifs et connectés.

« Non polluants » parce qu’il est temps que nous améliorions la qualité de l’air que nous respirons et que nous limitions autant que possible notre impact sur le changement climatique. « Compétitifs » parce que l’industrie des transports européenne (qu’il s’agisse du transport automobile, ferroviaire, aérien ou maritime) est un acteur mondial de premier plan, dont je souhaiterais qu’il continue à l’avenir d’offrir aux citoyens européens les meilleurs produits et services au meilleur prix. « Connectés » parce que les services numériques sont sur le point de bouleverser et d’améliorer nos services de mobilité, la poursuite de cet objectif étant au cœur de notre effort de modernisation de l’économie européenne. Les propositions législatives sur la mobilité seront présentées dans deux trains de mesures distincts que nous proposerons d’ici à la fin de cette année.

En avons-nous, dès lors, fini avec la construction de l’union de l’énergie ? Pas du tout ! La prochaine étape du processus sera de faire en sorte que nos propositions législatives soient approuvées par les colégislateurs de l’Union, à savoir les gouvernements nationaux et le Parlement européen élu au suffrage universel direct. Ce processus suppose négociations, consultations et franches discussions.

Je vais me rendre personnellement dans chaque État membre de l’UE afin de mener campagne en faveur du changement ; pour maintenir un niveau d’ambition élevé pour que la nécessaire transformation ait lieu ; pour veiller dans cette tournée à ce que le plus grand nombre d’Européens possible soient associés à ce processus. Je vais donc rencontrer non seulement les gouvernements et parlements nationaux, mais aussi la société civile, des associations professionnelles, des syndicats de travailleurs et évidemment des citoyens.

Dans le cadre de ce tour, je privilégie les rencontres avec nos jeunes. Ces « natifs du numérique », qui forment la génération du millénaire, sont porteurs d’une approche unique à l’égard de nos discussions ; ils ont des idées auxquelles les gens de ma génération ne penseraient pas nécessairement. Je fais également en sorte de me rendre sur des sites de projets concrets, souvent très éloignés des capitales.

J’y découvre une multitude de projets visionnaires qui transforment des régions et villes européennes en « régions et villes intelligentes ». Ces projets, dans ces villes et régions, méritent toute notre attention pour que l’expérience et les connaissances ainsi accumulées puissent rejaillir sur d’autres villes et régions,  partout en Europe.

Je tiens à présent à mettre la balle dans votre camp. Ne me croyez pas sur parole lorsque j’évoque les progrès accomplis, prenez-y part ! Je vous invite à vous engager, à vous exprimer, à blogger et à tweeter, à participer à nos débats publics à tous les niveaux. Je vous encourage à le faire à l’échelle de votre ville ou de votre région, dans le cadre professionnel ou universitaire. Je vous encourage à faire de même avec vos responsables politiques nationaux. Et, bien entendu, je vous invite à le faire au niveau européen. Aidez-nous à faire de l’union de l’énergie un succès réel au bénéfice de tous les citoyens européens.

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