Intégration des réseaux électriques : une absence d’Europe qui coûte cher

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Dans ce contexte de surchauffe des prix de l’énergie, la France reste pour le moment globalement épargnée (le prix de l’électricité pourrait augmenter de 10 % en 2022), grâce à son mix, basé en majorité sur le nucléaire. [BSG_1974/Shutterstock]

La flambée des prix de l’énergie qui a pris de court l’ensemble des pays de l’Union européenne ces derniers mois, est venue, une fois de plus, illustrer le défaut criant de coordination européenne dans ce domaine, en particulier dans le transport de l’électricité. Or, aujourd’hui, cette situation apparaît lourdement préjudiciable aux économies du continent.

Pour des raisons diverses mais simultanées, une très forte demande de gaz a provoqué la crise actuelle, avec pour corollaire un quadruplement du prix de cette matière première. Or, depuis plusieurs années, la part de l’électricité produite à partir du gaz augmente dans les différents mix européens, que ce soit par les petits producteurs nouveaux entrants, ou par des opérateurs historiques cherchant à sortir du charbon. Ainsi, l’ensemble des dispositifs de production d’électricité concourt à une augmentation des prix de l’électricité, même dans les pays où la production à partir de gaz est proportionnellement faible.

Dans ce contexte de surchauffe des prix de l’énergie, la France reste pour le moment globalement épargnée (le prix de l’électricité pourrait augmenter de 10 % en 2022), grâce à son mix, basé en majorité sur le nucléaire. Mais la communauté européenne ne dispose pas à l’heure actuelle, d’instrument direct pour aider les États membres à réagir, tant la disparité entre les mix énergétiques et les systèmes est grande. La Commission a annoncé encourager les dispositifs de protection des plus fragiles et des PME dans cette période de relance, afin de ne pas bloquer la reprise. Elle a rappelé néanmoins que les dispositions mises en œuvre par chaque État devaient respecter les principes communs d’ouverture du marché.

Il est donc grand temps que l’UE se dote d’un vrai plan commun de développement des réseaux de transport d’électricité et de leurs opérations. Non seulement les « interconnexions » sont limitées aujourd’hui en Europe, et ne permettent pas une réflexion d’ensemble, ni sur l’équilibre des réseaux, ni sur la coordination des opérations, mais elles constituent de plus un risque accru de black-out dans certaines circonstances. Les gestionnaires de réseaux ne s’y sont pas trompés, en mettant en place des structures de gestion commune, tel que le GIE CORESO à Bruxelles, qui permet d’anticiper et de réagir en 24 heures.

Cette démarche doit bénéficier tout d’abord d’un plan d’investissement d’intérêt européen afin de mettre à niveau les réseaux de transports d’électricité dans certains États membres. L’éclatement des réseaux et des gestionnaires en Allemagne est, à ce propos, un sujet de préoccupation, non seulement pour la fluidité entre les Länder allemands, mais également pour l’Union européenne dans son ensemble.

En second lieu, il s’agira d’accompagner ces investissements d’une gestion de plus en plus coordonnée des opérations d’équilibre instantanées.

Le « réseau de transport idéal » à l’échelle de l’Union européenne ne se fera pas en un jour, c’est un travail de plusieurs années durant lesquelles il faudra notamment vaincre les réticences légitimes des gestionnaires historiques : leur travail consiste à garantir l’équilibre de leur réseau, chaque cinquantième de seconde, depuis des décennies ; ils voient donc d’un œil très circonspect, la mise en commun de cette très lourde responsabilité.

La construction d’un véritable réseau commun de transport électrique dans l’Union européenne constituera cependant la première pierre d’une transition vers une décarbonation de l’électricité ; elle est également la seule démarche à même de rétablir la souveraineté de l’UE face aux différentes crises et aléas qui menacent sa capacité électrique.

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