Le méthane, nouvel obstacle pour l’Europe dans la bataille du climat

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méthanier - Istanbul, Turquie [Mehmet Cetin]

L’ONU et un nombre croissant de chercheurs indiquent que des réductions radicales des émissions de méthane sont nécessaires pour éviter une aggravation du changement climatique. Comment ? En poussant les décideurs politiques de l’UE à placer la barre plus haut.

Pendant longtemps, l’Europe faisait la course en tête dans la lutte contre le changement climatique. Désormais, alors que le temps presse, l’UE est à nouveau en bonne posture pour mener la barque à travers une problématique majeure : le méthane.

D’après les experts, la baisse des émissions de méthane dans l’industrie pétrolière et gazière, l’agriculture à grande échelle et d’autres secteurs, constitue la solution la plus rapide pour ralentir le réchauffement climatique, et ce même si nous continuons à réduire nos rejets de CO2 et de gaz à effet de serre au plus vite.

Sur la scène internationale, les décideurs politiques ont été lents à reconnaître les méfaits du méthane, ou les opportunités qui en découlent actuellement. Toutefois, les représentants de l’UE ont maintenant la possibilité d’entraîner une réduction majeure des émissions de méthane – à l’échelle mondiale – s’ils optent pour une approche générale visant à les limiter au travers de propositions législatives prévues plus tard dans l’année.

En réduisant les émissions de méthane – dont le pouvoir de réchauffement est 80 fois plus important que le CO2 pendant une vingtaine d’années une fois émises dans l’atmosphère – nous serons en mesure de freiner la vitesse toujours plus rapide du réchauffement climatique à l’origine de tempêtes plus intenses, sécheresses plus longues et de l’accroissement de la fonte des glaces dans l’océan Arctique.

Une nouvelle étude publiée le mois dernier par la chercheuse Ilissa Ocko, du Environmental Defense Fund, montre qu’une action rapide et à grande échelle visant à réduire les émissions de méthane anthropiques pourrait ralentir le réchauffement de la planète de 30 %.

Le déploiement de solutions avérées dans les six secteurs clés responsables de la majorité des émissions de méthane pourrait réduire de moitié les rejets de gaz à effet de serre d’ici à 2030, empêchant ainsi un réchauffement planétaire supplémentaire de 0,25 degré Celsius d’ici à 2050 et de plus de 0,5 degré Celsius d’ici à 2100.

Un demi-degré ferait une différence de taille dans un monde qui tente de maintenir la hausse des températures sous 2 degrés Celsius. Un demi-degré pourrait prévenir le risque de montée des eaux pour 10 millions de personnes ; diviser par deux le nombre de personnes victimes de problèmes d’approvisionnement en eau ; et diviser par deux le nombre d’espèces végétales et animales confrontées à la perte de leur habitat.

Ces conclusions font écho à un nouveau rapport de l’Organisation des Nations unies (ONU) selon lequel les émissions de méthane anthropiques pourraient être réduites de 45 % d’ici à 2030 par le biais de mesures actuellement disponibles. Celles-ci présentent de multiples avantages, notamment sur le plan de la qualité de l’air et de l’économie. De ce fait, toute action lancée visant à réduire les émissions de méthane pourrait éviter 255 000 décès prématurés, 775 000 hospitalisations pour asthme, 73 milliards d’heures de travail perdu en raison de chaleur extrême et 26 millions de tonnes de pertes de récoltes annuellement.

L’occasion pour l’UE de prendre les devants

La stratégie de l’UE relative au méthane, publiée l’année dernière, jette les bases de nouvelles propositions législatives devant être présentées d’ici à la fin 2021 sur fond de réductions significatives d’émissions. Le cadre juridique de l’énergie, secteur présentant le potentiel le plus élevé pour des réductions rapides et rentables, nécessitera des sociétés qu’elles évaluent, étudient et contrôlent toutes les émissions de méthane ; renforcent la détection des fuites et rénovation de toutes les infrastructures au gaz naturel, et interdira peut-être l’évacuation des gaz et leur torchage.

Cependant, il existe une mesure éventuelle qui pourrait engendrer des répercussions énormes sur les émissions bien au-delà du navire européen.

Avec 85 % de sa consommation provenant de l’étranger, l’UE est le plus grand importateur de gaz naturel au monde. À ce titre, elle peut exercer une certaine influence sur ses fournisseurs. L’empreinte méthane du gaz produit dans ces pays fournisseurs serait trois à huit fois plus grande que celle de la chaîne d’approvisionnement intra-européenne.

À l’instar de la nécessité pour les voitures produites ou importées dans l’UE de respecter des normes d’émissions strictes, les gaz importés devraient être soumis aux mêmes normes que celles des gaz produits au sein du bloc. Pour ce faire, il conviendrait d’établir une norme de performance liée aux émissions de méthane pour tous les gaz consommés dans l’UE.

Une telle norme viendrait compléter d’autres mesures proposées et garantir des réductions considérables d’émissions de méthane. Dans leur bulletin politique, la Florence School of Regulation et Environmental Defense Fund Europe mettent en évidence des trajectoires afin d’esquisser une norme de performance pour le gaz naturel visant à lutter contre les émissions en amont, tant pour le gaz importé que le gaz produit localement.

De grandes sociétés, dont certaines siègent en Europe, se sont engagées à réduire l’intensité méthane moyenne de 0,20 % d’ici à 2025 et ont commencé à œuvrer en ce sens. Parallèlement, un écosystème de satellites de détection des émissions de méthane de l’Agence spatiale européenne (ESA) et de nouveaux projets comme MethaneSAT ouvrent la voie pour une série d’innovations qui rendent la réduction des émissions de méthane plus rapide, facile et abordable.

Les mesures devant être prises pour atténuer le changement climatique ne sont pas de tout repos, mais la lutte pour la réduction des émissions de méthane émanant des filières pétrolière et gazière est à notre portée.

Les étoiles commencent d’ailleurs à s’aligner. En plus de l’UE, les États-Unis et la Russie reconnaissent désormais la problématique. Une volonté politique semble se dégager dans le but de contrer les émissions de méthane. De plus, les preuves scientifiques sont manifestes : nous devons agir immédiatement et fermement. Dans ce contexte, l’industrie doit se tenir prête à accomplir sa part du marché. L’Europe doit saisir cette occasion sans plus attendre.

(Dagmar Droogsma | EDF AVP European Strategy & Engagement)

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