L’UE et le paradoxe du grille-pain

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C’est parfois en se focalisant sur des choses à première vue triviales que l’on peut réaliser de grandes choses. [135pixels/Shutterstock]

Jean-Claude Juncker a promis de ne pas s’appesantir sur les «petits » dossiers. Pourtant, selon la directrice d’E3G, c’est parfois en se focalisant sur des choses à première vue triviales que l’on peut réaliser de grandes choses.

Ingrid Holmes est directrice d’E3G à Londres.

Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a débuté son mandat en promettant que sa Commission serait plus ambitieuse sur les grands enjeux, mais plus discrète et modeste sur les petits dossiers.

Par cette promesse, il a souhaité rassurer les États membres que Bruxelles n’interférerait pas dans leurs affaires internes quand ceci n’en vaudrait pas la peine. Logique et plus efficace. Mais cette promesse du président risque d’être interprétée à la lettre, au détriment des entreprises et citoyens européens. Parfois, c’est en se focalisant sur des choses à première vue triviales que l’on peut réaliser de grandes choses.

Imaginez des ouvriers partout en Europe créant et installant une multitude de technologies innovantes. Imaginez que chaque nouvelle installation aide l’Europe à améliorer sa productivité, la compétitivité de ses entreprises,  la qualité de l’air dans ses villes, et la santé de ses quelques 54 millions de citoyens souffrant de pauvreté énergétique, tout en créant des emplois ici, en Europe. Ambitieux projet, n’est-ce pas ? Pas tant que ça : cette vision est déjà réalité, grâce à l’efficacité énergétique.

>> Lire : Bruxelles relance une offensive sur l’efficacité énergétique

Les innovations technologiques dans le domaine de l’isolation, de l’éclairage ou du chauffage – combinés avec des solutions informatiques et l’utilisation de batteries et d’énergie provenant de sources renouvelables – ont rendu possible tout un ensemble d’investissements rentables et à haute valeur ajoutée, comme le prouve la récente publication Strategic Investments for Europe par l’alliance européenne pour la sauvegarde de l’énergie (EU ASE). C’est grâce à la législation en place que ces progrès considérables sont en train de se réaliser.
Mais nous pouvons – et devons – d’ores et déjà en faire plus.

C’est maintenant que sont prises les décisions qui détermineront notre système énergétique pour les décennies à venir. Puisque nous savons que l’efficacité énergétique fournit des résultats, nous devrions l’intégrer dès le début et faire en sorte que notre futur système énergétique soit le plus efficace possible.

Le Parlement européen l’a compris. En juin dernier, le Parlement a adopté une résolution qui « demande à la Commission de considérer l’efficacité énergétique comme une priorité en matière d’infrastructure [et ainsi] de considérer que l’efficacité énergétique est un élément crucial et prioritaire des décisions futures concernant les investissements dans les infrastructures énergétiques en Europe ».

D’une manière ou d’une autre, nous allons devoir renouveler notre infrastructure vieillissante, et cela aura un coût. Il faut décider des priorités dès maintenant, et opter pour des investissements qui non seulement assurent notre sécurité à un coût abordable, mais aussi contribuent à bâtir un système énergétique bas carbone – la promesse sur laquelle l’Union de l’Énergie est fondée. Le point de départ logique de cette réflexion est d’évaluer la quantité d’énergie qu’il serait désirable d’économiser, techniquement et économiquement,  dans les bâtiments. À partir de là, nous pourrons planifier la production d’énergie nécessaire afin de satisfaire au mieux notre demande d’énergie. Cette approche réduirait le risque de devoir mettre prématurément à la retraite de nombreux d’actifs de production ou de transmission, et garantirait aux citoyens – c’est-à-dire aux contribuables – que l’option choisie présente le meilleur rapport coût-efficacité.

De nombreuses études montrent qu’un objectif pour l’efficacité énergétique à l’échéance 2030 de  40% – un objectif supporté par le Parlement Européen – est techniquement faisable et économiquement désirable. Un récent rapport du Centre Commun de Recherche de la Commission montre que l’UE a atteint son objectif efficacité pour 2020 six avant l’échéance initiale, en économisant autant d’énergie que la consommation annuelle finale de la Finlande. Dans ce contexte, il semble absurde de ne pas concevoir notre système énergétique autour d’un objectif ambitieux.

Dès lors, que devrait faire la Commission avec son nouveau paquet « efficacité énergétique »  attendu le 30 novembre ?
1.      Tout d’abord, faire en sorte que la sauvegarde et la production d’énergie soient mises sur un pied d’égalité. En se basant sur le langage utilisé par le Parlement Européen, la Commission devrait présenter la maîtrise de la demande comme une priorité en matière d’infrastructure.
2.      Ensuite, clarifier la contribution attendue de la réduction de la demande par rapport à l’offre d’énergie, en adoptant un objectif contraignant d’au moins 30% et de préférence 40%, reflétant ainsi le potentiel technique rentable.
3.      En outre, a Commission doit également prendre son courage à deux mains et inclure sèche-cheveux et grille-pains dans la liste des appareils qu’elle a l’intention de régir avec la directive écoconception. Pris individuellement, chaque appareil ne consomme pas beaucoup d’énergie, mais pris à l’échelle européenne, le gaspillage énergétique est considérable.
4.      Enfin, la Commission devrait s’engager dans une série de réformes « structurelles » afin de débloquer les investissements. Cela comprendrait des réformes financières, institutionnelles et une mise à jour des règles de marché autour du principe ‘Efficiency First’ – un slogan que le Vice-président Šefčovič a mis en avant et qu’il serait grand temps de mettre en œuvre.

Ce dernier élément peut prendre plus de temps que le reste. Il sera sans doute nécessaire d’adopter un Plan d’Action pour Efficiency First, tout comme la Commission a développé un Plan d’Action pour l’Union des marchés des capitaux qui sera mis en œuvre jusqu’en 2019. Ce plan d’action devrait se concentrer dans le court terme à créer les conditions nécessaires pour la création d’un pacte entre les États membres et la Commission – par exemple en proposant une réforme des règles comptables et des aides d’État afin de libérer les investissements, en échange d’objectifs européens et nationaux afin de permettre la réduction des gaz à effet de serre, une meilleure sécurité énergétique, une réduction des coûts des systèmes énergétiques et la création d’emplois en Europe.

La Commission détient la clé de tous ces bénéfices collectifs. La question est de savoir si elle sera assez courageuse pour faire les propositions nécessaires pour déclencher des millions de petites installations, et ainsi bénéficier de grands avantages? Espérons que ce sera le cas.

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