Pour une stratégie nucléaire européenne

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Laurence Daziano [Fondapol.tv]

En Europe, l’énergie nucléaire est prise en étau entre les Etats qui en poursuivent le développement et ceux qui souhaitent en sortir. Pour Laurence Dazianoles avantages de cette énergie faible en émission devrait pousser l’UE à développer une stratégie commune.

A ces titres, le nucléaire civil devrait être une partie majeure du Plan pour l’investissement en Europe, dit « plan Juncker », lancé par la Commission européenne.

Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique

Au lendemain de la COP22 à Marrakech, la question de la politique énergétique européenne se pose avec une acuité particulière.

L’Union européenne, mise à mal par le Brexit et la contestation de la politique commerciale européenne à travers les négociations du TAFTA et du CETA, peine à mettre en place une stratégie cohérente et harmonisée en matière énergétique.

Or, les Etats membres auraient profit à rapprocher leurs politiques nationales pour deux raisons essentielles : les engagements pris par l’UE sur le climat avec une réduction de 30% des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990 ; la baisse des prix du pétrole et l’exploitation des gaz de schiste qui ont des implications majeures sur le marché énergétique mondial et offrent l’opportunité de déterminer une stratégie européenne.

Les engagements européens en matière énergétique ne doivent pas pénaliser nos entreprises, mais au contraire leur offrir de nouvelles perspectives en termes d’innovation et de compétitivité. La stratégie énergétique européenne pourrait être développée autour de deux axes majeurs qui rejoignent les engagements pris en matière de réduction massive des émissions de gaz à effet de serre.

Le premier axe concerne la transformation digitale du secteur énergétique européen. Notre économie se situe à une période charnière concernant la digitalisation de l’économie. L’énergie entre également dans une nouvelle ère digitale qui va toucher, non seulement la production, mais également avoir un impact fort en matière d’économies d’énergie.

Le second axe concerne l’harmonisation de la question du nucléaire civil en Europe. Prise en étau entre les Etats poursuivant le développement de l’énergie nucléaire (France, Royaume-Uni, Finlande, Hongrie, Tchéquie, Roumanie) et ceux ayant annoncé l’abandon du nucléaire (Allemagne, Italie), l’Union européenne n’a pas réussi à dégager une stratégie claire.

L’énergie nucléaire présente deux avantages majeurs : le premier est l’empreinte carbone quasi inexistante en comparaison du charbon ou du gaz, faisant du nucléaire un instrument majeur de politique climatique ; le deuxième est celui de la durée de vie des centrales et la facilité du stockage du combustible nucléaire qui permet de garantir l’indépendance énergétique des Etats.

Il y a d’autant plus urgence à réfléchir à une stratégie nucléaire européenne à moyen terme que les industries nucléaires se focalisent, en Europe, autour de deux grands acteurs : la filière française avec EDF en charge des chantiers de Flamanville (Manche), Hinkley Point en Angleterre et Olkiluoto en Finlande ; la filière russe avec Rosatom, principalement actif en Europe centrale et orientale où les centrales nucléaires ont été construites avec une technologie russe, ainsi qu’en Finlande voire en République tchèque où un projet serait à l’étude. Dans ce contexte, une stratégie claire et cohérente est nécessaire afin que l’Europe réussisse ses projets énergétiques.

La question nucléaire sera centrale dans les prochaines années car des dizaines de milliards d’investissements devront être engagés d’ici à 2030, y compris en France, pour maintenir le parc actuel à niveau. Par ailleurs, les investissements dans les filières nucléaires en Europe peuvent représenter un atout important en termes de développement du tissu industriel et d’emplois. Ainsi, plus de 85% des investissements de Rosatom bénéficient aux fournisseurs locaux. A ces titres, le nucléaire civil devrait être une partie majeure du Plan pour l’investissement en Europe, dit « plan Juncker », lancé par la Commission européenne.

L’Europe énergétique, qui reste à construire, sera un défi technique, économique et financier. Il s’agira de rénover la sécurité d’approvisionnement et la coopération des entreprises de réseaux, mais aussi de renforcer les leviers de financement pour optimiser les coûts des infrastructures. Cela requiert d’éviter les stratégies nationales de « cavalier seul » pour identifier des axes concrets de coopération, dont l’énergie nucléaire pourrait constituer un premier embryon.

 

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