Pour une Union de l’énergie ambitieuse, mobilisatrice et réellement européenne !

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Christophe Schramm and Antoine Guillou [Terra Nova]

L’énergie peut-elle sortir l’Union européenne d’une crise qui menace son avenir ? Christophe Schramm et Antoine Guillou et  en sont convaincus.

Antoine Guillou est coordinateur du pôle énergie et climat du think-tank Terra Nova. Christophe Schramm est ancien conseiller de la ministre française de l’Énergie.

Confrontés à des défis immenses auxquels il n’était pas préparé, soumis à des tensions internes de plus en plus fortes, le projet européen est en crise. La politique européenne de l’énergie ne fait pas exception : les résultats en demi-teinte de la politique de construction du marché intérieur poursuivie jusqu’ici, les bouleversements technologiques et les tensions géopolitiques ont semé le doute quant à la capacité des Européens à atteindre, ensemble, les objectifs qu’ils se sont conjointement fixés en matière de sécurité d’approvisionnement, de compétitivité et de lutte contre le changement climatique.

Pourtant, s’il y une politique qui peut redonner envie d’Europe, c’est bien celle de l’énergie. La réalité physique des systèmes énergétiques crée des solidarités de fait entre pays de l’Union, tout comme la prise de conscience partagée entre les citoyens européens de l’impératif de la transition énergétique. Et la voie européenne apparaît aussi la meilleure pour assurer notre sécurité d’approvisionnement ou pour continuer à jouer un rôle de premier plan en matière d’innovation technologique dans ce secteur en profonde mutation.

Malheureusement, le projet d’Union de l’énergie qui a percé sur la scène politique européenne en avril 2014 ne s’est pour l’instant pas concrétisé à la hauteur des attentes soulevées. En février 2015, la Commission européenne s’est contentée de rappeler l’ensemble des politiques et mesures en cours ou prévues, sans état des lieux des insuffisances et échecs passés. Or, la politique de construction du marché intérieur de l’énergie n’a pas permis de concilier les objectifs de libéralisation et de transition énergétique. Cette dernière induit un changement de paradigme majeur, d’une production centralisée basée sur la consommation de combustibles fossiles vers un système plus décentralisé basé sur des énergies renouvelables intermittentes, au coût marginal de production quasi nul. Rien n’assure que le modèle de marché actuel, construit sur le paradigme ancien, permettra les investissements de long terme nécessaires demain. Alors que les entreprises du secteur énergétique se cherchent un avenir dans ce nouveau monde, les tensions entre États membres et les questions d’équité sociale face aux coûts de la transition énergétique se font de plus en plus pressantes. Neuf mois et une communication (sur « L’état de l’Union de l’énergie » le 18 novembre dernier) plus tard, force est de constater que le compte n’y est toujours pas.

>> Lire : La Commission veut placer 2016 sous le signe de l’énergie

Convaincus qu’une Union de l’énergie plus ambitieuse est non seulement indispensable, mais également politiquement possible, nous avons joint nos forces avec la Friedrich-Ebert-Stiftung allemande et l’Institute of Public Affairs polonais pour en définir les contours.

L’Union de l’Energie devrait selon nous s’appuyer sur trois piliers : une gouvernance transparente et une répartition des compétences claire entre l’Union et ses États membres ; une réforme du système énergétique européen ; et une intégration plus étroite de la politique énergétique avec les autres politiques de l’Union.

La gouvernance de l’Union de l’Energie nécessitera un dialogue plus étroit entre décideurs nationaux et européens : nous proposons donc la création d’une plateforme parlementaire européenne pour mieux impliquer les parlementaires nationaux dans les grandes orientations de la politique européenne de l’énergie.

Une plus grande coordination de la planification des investissements européens, basée sur une évaluation des impacts transfrontaliers des politiques nationales, en est le corollaire indispensable.

Réussir la transition énergétique passera par une réorganisation du marché électrique européen : ayons le courage de penser le système énergétique différemment et d’étudier la création de contrats de long terme pour des investissements stratégiques dans de nouvelles capacités d’énergies renouvelables, de stockage ou d’équilibrage du réseau, mais aussi une plus grande intégration régionale des opérateurs de réseaux de transport.

Cette nouvelle Union devra également mieux intégrer les politiques énergétique et industrielle au niveau européen, pour prendre en compte la situation de nos industries fortement consommatrices d’énergie soumises à la concurrence internationale, tout en évitant le dumping entre États Membres.

Nous plaidons pour une politique européenne de R&D plus musclée, axée sur l’efficacité énergétique et les technologies de transition énergétique ; pour la focalisation des financements européens sur les infrastructures contribuant à la sécurité d’approvisionnement ; pour des corridors européens de mobilité verte, et enfin pour la création d’une taxe carbone européenne pour les secteurs non soumis au système européen d’échange de quotas.

C’est en étant ambitieuse que l’Union de l’énergie sera porteuse d’espoir et d’avenir pour le projet européen : nous appelons les leaders politiques européens à saisir cette opportunité sans plus attendre !

>> Lire : L’Allemagne lance une mini union de l’énergie

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