Vers une énergie solaire 3.0

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Pour Stefan Degener, l'Europe a besoin d'un nouveau "green deal". [Russ Ferriday/Flick]

Si 2017 a été particulièrement prometteuse pour le secteur du solaire, il reste à savoir si l’année à venir sera celle de la consécration, fixant la part des énergies renouvelables à 35 % du mix énergétique d’ici à 2030.

Stefan Degener est directeur du développement commercial pour l’Europe et l’Afrique chez First Solar, et membre du conseil d’administration de Solar Power Europe.

Selon de nombreuses déclarations, le dépassement de l’engagement actuel en faveur de 27 % d’énergie renouvelable est la seule voie possible afin de réaliser les obligations de réduction d’émissions de carbone de la région d’ici à 2030. En pratique, une révision à la hausse de 8 % n’est certainement pas irréalisable. Toutefois, des préoccupations subsistent quant à l’existence d’une « disparité des ambitions »— en référence à ces États membres dont les programmes nationaux d’énergies renouvelables ne contribuent pas suffisamment aux objectifs de l’Union à l’horizon 2030 — et d’un « déficit de mise en œuvre », expression faisant quant à elle référence à des insuffisances notables au titre des contributions effectives en énergie renouvelable au niveau national.

Par conséquent, il est de plus en plus évident que l’Europe doit se doter d’un nouveau « Smart Green Deal », expurgé des erreurs passées qui ont mené à une mauvaise allocation des ressources et au tristement célèbre «boom-and-bust» dans le marché des renouvelables. La réalisation d’objectifs d’énergies renouvelables audacieux passe en effet par la mise en place d’un cadre réglementaire fiable, dessinant les contours d’un marché permettant de mobiliser le potentiel considérable des investissements privés, tout en favorisant l’évolution des technologies de production d’électricité de demain.

Que devrait inclure un tel accord ?

Un tel accord doit reconnaître au préalable que la clé pour réaliser l’objectif de 35 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2030 consiste à bâtir sur une initiative déjà inscrite à l’agenda législatif de l’UE : la révision de l’organisation du marché de l’électricité. Ainsi, les règles communes pour le marché intérieur de l’électricité doivent permettre d’effectuer des ajustements de réseaux transfrontaliers, tout en facilitant les investissements nécessaires pour remplir les obligations de l’Europe au titre de l’Accord de Paris.

La modernisation de l’organisation du marché de l’électricité permettrait également aux États membres d’actionner le levier des investissements privés en vue d’absorber une part importante des dépenses nécessaires à l’accroissement de la part d’énergies renouvelables au sein du portefeuille de production énergétique de la région.

Ce potentiel inexploité a désormais atteint une masse critique ainsi qu’il ressort de l’intérêt manifeste des entreprises pour l’initiative RE100 et des déclarations d’engagement des sociétés françaises en faveur du climat, ainsi que de nombreuses autres initiatives. De grands groupes attendent impatiemment la mise en place de mécanismes qui leur permettront d’atteindre leurs objectifs d’énergies renouvelables. Ce contexte dévoile un scénario potentiellement «gagnant-gagnant», constituant une opportunité unique pour le législateur européen de palier conjointement « disparité des ambitions » et « déficit de mise en œuvre ».

Ce « Green Deal » doit particulièrement mettre l’accent sur l’avenir, en définissant une trajectoire claire,  en mesure de contribuer de manière rapide à ce que qu’il est convenu d’appeler le solaire 3.0.

Le solaire 3.0

Dans le contexte du solaire photovoltaïque, l’Europe se trouve actuellement dans la première phase, celle du solaire 1.0, caractérisée par des contrats rigides au potentiel limité et confrontée au défi mettant aux prises capacité du réseau et production solaire, sans oublier une pénétration limitée à 15 à 20 % du total des capacités de production, agitée par le débat constant autour des questions de distribution.

Au cours de la phase suivante, dite 2.0, l’utilisation de systèmes avancés de contrôle des centrales électriques permettra de gérer la production d’une centrale solaire de façon stratégique pour créer des réserves tournantes et d’autres services auxiliaires au réseau. Alors que le marché de l’énergie évolue vers l’adoption de contrats de fourniture d’énergie et de capacité, le solaire photovoltaïque peut également fournir des services à même de garantir la fiabilité du réseau et le type de flexibilité que les gestionnaires de celui-ci affectionnent tout particulièrement, sans oublier d’augmenter la capacité de pénétration à environ 40 %.

La solaire 3.0 verra l’avènement d’une énergie solaire non-intermittente grâce aux nouveaux moyens de stockage et aux techniques de mobilisation différées de l’énergie, aboutissant ainsi à une capacité de fourniture constante. Avec un taux de pénétration de près de 80 %, l’énergie solaire se placera au même niveau que les générateurs conventionnels, et offrira à l’UE une réponse de fond à des ambitions climatiques de plus long terme.

Parallèlement au développement du solaire 3.0, l’Europe doit repenser son approche quant à l’ampleur de ses projets de centrales solaires au sol à grande échelle. Les limitations actuelles sont en effet tout bonnement contreproductives, et forcent l’Europe à passer à côté d’économies d’échelle.

Enfin, un « Green Deal » entièrement orienté vers l’avenir reconnaitra également la nécessité pour l’Europe — conformément à ses objectifs en matière d’économie de la connaissance —  de capitaliser sur ses points forts et de favoriser l’innovation dans toute la chaîne de valeur plutôt que de tenter de protéger ou de relancer ses aspirations industrielles dans un contexte non compétitif.

Débarrassée de la tentation de rivaliser dans la fabrication d’un produit non différencié tel qu’un panneau à base de silicone cristallin, l’Europe pourrait, par exemple, concentrer ses efforts sur les écosystèmes et le développement des technologies de nouvelle génération solaire 3.0 qui définiront le paysage énergétique du futur, et ce non seulement à domicile mais aussi dans le monde entier.

S’il n’est pas réaliste d’espérer que l’année à venir verra l’avènement de cette ambitieuse vision dans son intégralité, il est aujourd’hui absolument vital de commencer quelque part. Citons à cet égard les propos de Nicolas Hulot lors du « One Planet Summit » de Paris en décembre dernier. Invité à commenter les débats au sujet des investissements privés en faveur des énergies renouvelables, le Ministre français de la Transition écologique et solidaire en charge de l’Energie avait alors affirmé : « Il y a quelques années, personne n’aurait pu imaginer cette métamorphose des entreprises en faveur du climat. Parfois, il faut un peu de temps pour accorder nos violons. »

 

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