Donald Trump : les États-Unis ne protégeront pas les « mauvais payeurs » de l’OTAN, les Européens réagissent

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Samedi (10 février), l'ex-président américain candidat à l'investiture républicaine a déclaré lors d’un rassemblement en Caroline du Sud que les États-Unis ne protégeraient pas les alliés de l’OTAN qui ne dépensent pas suffisamment en matière de défense s'il était réélu. [EPA-EFE/RANDALL HILL]

Donald Trump a remis en question le principe de solidarité de l’OTAN en laissant entendre que les États-Unis pourraient ne pas venir en aide aux alliés qui ne consacrent pas assez de budget à la défense dans l’éventualité d’une attaque de la Russie — des propos qui ont suscité un tollé parmi les alliés, notamment européens.

Samedi (10 février), l’ex-président américain candidat à l’investiture républicaine a déclaré lors d’un rassemblement en Caroline du Sud que les États-Unis ne protégeraient pas les alliés de l’OTAN qui ne dépensent pas suffisamment en matière de défense s’il était réélu.

Évoquant une discussion qu’il aurait eue avec un chef d’État qui l’aurait interrogé sur la protection de son pays par les États-Unis en cas d’offensive russe, Donald Trump a déclaré avoir répondu : « Vous n’avez pas payé ? Vous êtes de mauvais payeurs ? […] Non, je ne vous protégerais pas. En fait, j’encouragerais [les Russes] à faire ce que bon leur semble ».

Ces propos ont rapidement été critiqués par de nombreux acteurs, alors que l’Ukraine reste embourbée dans ses efforts pour repousser l’envahisseur russe et que les républicains au Congrès américain se montrent de plus en plus réticents à accorder une aide militaire et financière pour soutenir Kiev, qui fait face à un manque d’armement et dont la contre-offensive est au point mort.

Les propos de Donald Trump devraient occuper une place prépondérante lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN qui se tiendra jeudi (15 février) à Bruxelles, puis lors de la conférence de Munich sur la sécurité, un rassemblement annuel consacré aux questions de sécurité internationale, qui aura lieu le week-end prochain.

Des propos qui « sapent notre sécurité »

Les commentaires de Donald Trump ont été rapidement dénoncés par les alliés, ainsi que par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg.

« Toute suggestion selon laquelle les Alliés ne se défendront pas les uns les autres sape notre sécurité à tous, y compris celle des États-Unis, et expose les soldats américains et européens à un risque accru », a indiqué M. Stoltenberg, dans une déclaration écrite adressée à la presse.

« Je suis convaincu que les États-Unis resteront un Allié fort et engagé au sein de l’OTAN, quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle », a-t-il déclaré. « Toute attaque contre l’OTAN fera l’objet d’une réponse unie et énergique. »

L’article 5, la clause de défense mutuelle de l’alliance militaire occidentale, prévoit qu’une attaque armée contre un membre de l’OTAN sera considérée comme une attaque contre tous ses membres, ce qui peut entraîner une légitime défense collective.

Le Haut responsable de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité, Josep Borrell, a déclaré lundi (12 février) lors d’une réunion ministérielle de l’UE à Bruxelles que l’OTAN n’était pas « une alliance à la carte ».

« À l’époque où nous vivons, une alliance militaire ne peut fonctionner au gré de l’humeur du président des États-Unis, ce n’est pas : “oui, non, demain, non, ça dépend”. Allons ! l’OTAN existe ou bien n’existe pas », a-t-il soutenu. « Ne comptez pas sur moi pour commenter toutes les idées stupides qui s’exprimeront lors d’une campagne nationale aux États-Unis », a-t-il ajouté.

Władysław Kosiniak-Kamysz, ministre de la Défense en Pologne, pays dont les dépenses en matière de défense devraient atteindre près de 3 % du PIB cette année, a défendu le principe de défense collective qui est au cœur du traité fondateur de l’OTAN.

« La devise de l’OTAN “un pour tous, tous pour un” est un engagement concret. Saper la crédibilité des pays alliés revient à affaiblir l’ensemble de l’OTAN », a-t-il réagi sur X.

« Aucune campagne électorale n’est une excuse suffisante pour jouer avec la sécurité de l’Alliance », a-t-il ajouté.

Le ministère allemand des Affaires étrangères a publié sur son compte X la devise de l’OTAN « un pour tous et tous pour un » avec le hashtag #StrongerTogether (#PlusFortEnsemble) en réaction aux propos de M. Trump.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a affirmé sur X que de telles « déclarations imprudentes ne servent que les intérêts [du président russe Vladimir] Poutine ».

Ces propos « n’apportent ni plus de sécurité ni plus de paix dans le monde » et « elles soulignent à nouveau la nécessité pour l’UE de développer de toute urgence son autonomie stratégique et d’investir dans sa défense. Et de maintenir notre Alliance forte ».

Le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton, responsable du portefeuille de l’industrie de la défense à la Commission européenne, n’a pour sa part pas semblé inquiet, déclarant lors d’un entretien avec la chaîne de télévision française LCI : « On a déjà entendu ça […] Rien de nouveau sous le soleil ».

« Il a peut-être des problèmes de mémoire », a-t-il poursuivi, puisque sa discussion avec un chef d’État était en réalité avec « une présidente, non pas d’un grand pays, mais de l’Union européenne », faisant référence à la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, et à une conversation qu’elle a eue avec M. Trump en 2020.

« On ne peut pas jouer à pile ou face notre sécurité tous les quatre ans en fonction de telle ou telle élection, en particulier l’élection américaine », a averti M. Breton, ajoutant que les dirigeants de l’UE avaient compris que le bloc devait augmenter ses dépenses en matière de défense et de capacités militaires.

Nouvelle réunion du «Triangle de Weimar», sur fond de retour potentiel de Donald Trump et de menace russe sur l'OTAN

Les ministres des Affaires étrangères du «Triangle de Weimar» franco-germano-polonais se rencontreront lundi (12 février) en dehors de Paris pour une «réunion de travail». En toile de fond, la menace d’une réélection potentielle de Donald Trump en novembre aux États-unis et la menace que fait peser la Russie sur l’OTAN.

Le spectre de Donald Trump

« Le leadership de l’Amérique sur la scène mondiale et le soutien à nos alliés sont essentiels pour assurer la sécurité du peuple américain ici, à la maison », a déclaré le président américain Joe Biden. « Si mon adversaire, Donald Trump, parvient à reprendre le pouvoir, il a clairement indiqué qu’il abandonnerait nos alliés de l’OTAN en cas d’attaque russe et qu’il permettrait à la Russie de “faire ce qu’elle veut” avec eux. »

Donald Trump est de plus en plus convaincu qu’il obtiendra l’investiture républicaine pour la présidentielle américaine de 2024 dans les semaines à venir, après avoir remporté des victoires lors des premiers votes du calendrier d’investiture du parti pour 2024.

En 2014, les membres de l’OTAN se sont mis d’accord sur un objectif de dépenses d’au moins 2 % de leur PIB consacré à la défense, mais les estimations de l’alliance militaire ont montré que seuls 11 membres atteignent aujourd’hui cet objectif de dépenses.

Au cours de sa campagne de 2016, Donald Trump avait déjà alarmé les alliés occidentaux en les avertissant que les États-Unis, sous sa direction, pourraient abandonner leurs engagements envers les traités de l’OTAN et ne se porter à la défense que des membres qui respectent l’objectif de 2 % du PIB fixé par l’alliance.

Durant sa présidence, M. Trump a fini par soutenir la clause de défense mutuelle de l’article 5 de l’OTAN, mais il a souvent dépeint les alliés comme des « profiteurs » (« free-riders » en anglais) de l’armée américaine et a ouvertement remis en question la valeur de l’alliance militaire qui a défini la politique étrangère des États-Unis pendant des décennies.

Toutefois, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a changé la donne. L’OTAN et ses membres ont redoublé d’efforts pour augmenter leurs dépenses et faire monter en puissance l’industrie européenne de la défense, soit une situation très différente de celle qui prévalait lors du mandat de Donald Trump était en fonction.

Parallèlement à cela, les dirigeants européens ont également commencé à se préparer à un monde dans lequel les États-Unis se retireraient de l’alliance, ont indiqué des diplomates européens.

L’Europe a besoin de sa propre armée, selon des responsables tchèques

Les récents commentaires de Donald Trump sur le fait qu’il ne protégerait pas les pays de l’OTAN qui ne respectent pas leurs obligations en matière de dépenses s’il était réélu, ont conduit l’eurodéputé tchèque du Parti pirate (Les Verts/ALE) Mikuláš Peksa à appeler à la création d’une armée européenne.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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