Vazil Hudák : «le fonds européen d’investissements stratégiques est porté par la demande»

Vazil Hudák [YouTube]

La Banque européenne d’investissement a signé un contrat avec la province polonaise de Cujavie-Poméranie pour soutenir à la modernisation d’un hôpital. C’est un des exemples du déploiement du Fonds européens d’investissements stratégiques Un article d’EURACTIV Pologne.

Vazil Hudák est vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI). Avant cela, il était vice-président de Citigroup de 2006 à 2010 et directeur exécutif de J.P Morgan Chase.

C’est le premier contrat de prêt en Pologne entre la BEI et une entité du secteur public. Diriez-vous que le FEIS (fonds européen pour les investissements stratégique) est plus adapté au soutien des entreprises privées ?

Quand on regarde le FEIS au niveau européen, environ 60 % des projets approuvés sont dans le secteur privé, mais je ne pense pas que ce dernier ait des prédispositions pour participer plus activement au FEIS que le secteur public.

Cela a pris pas mal de temps pour développer des projets publics sous le FEIS puisque c’est un nouvel instrument et les gens doivent s’habituer à structurer des projets pour qu’ils entrent dans les prérequis du fonds. Je pense que désormais, le nombre de ces projets augmentera : actuellement, nous avons 11 projets en cours en Pologne sous le FEIS. La moitié est privée, l’autre publique.

Comment décririez-vous le rôle de la BEI dans la gestion du FEIS, notamment en termes d’équilibre des intérêts des États membres ? Existe-t-il des mesures pour équilibrer cela et essayer de répartir le soutien entre les différents pays, étant donné les différents niveaux de contributions aux FEIS ?

En termes de financement, il n’y en a pas. Le FEIS est une garantie de 16 milliards d’euros du budget de l’UE, complétée par une allocation de 5 milliards de d’euros issus du propre capital de la BEI.

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Cette garantie nous donne l’occasion de financer des projets plus risqués. La BEI est notée AAA, nous devons donc être très prudent sur les risques que nous prenons pour notre bilan.

En termes de soutien de projets dans divers pays, nous essayons d’être équilibrés. Durant la première année du FEIS, la plus grande demande de fonds provenait des pays ayant des économies de marché solides. Nous observons donc un déséquilibre en faveur des « anciens » États membres, qui a aussi été mis en avant dans de récents rapports sur le FEIS et par la Cour des comptes.

Nous sommes conscients de cela et nous essayons de trouver des solutions pour rectifier la situation – et cela passe par notre travail en Pologne par exemple. Le personnel de la BEI et les services de conseil sur le terrain vont devoir redoubler d’efforts. Nous cherchons à restructurer la plateforme de conseil afin de rapprocher les conseillers du terrain, de nos clients.

Au vu de l’expérience de l’année dernière, aimeriez-vous changer des choses dans le FEIS, dans sa manière de fonctionner ou d’être géré ?

Nous n’avons pas de problèmes majeurs en ce qui concerne la structure du FEIS. Ce qui demande plus de travail est de trouver des moyens d’expliquer le fonds, ses exigences et sa structure aux clients puisqu’il s’agit d’un nouvel instrument.

Nous avons par exemple constaté de nombreux malentendus sur l’additionnalité. Cela ne veut pas dire que nous financerons des projets que personne d’autre ne veut financer, des projets dont personne ne veut. Nous allons soutenir des projets qui comblent certains écarts, qui répondent à certains besoins du marché, qui sont un peu plus risqués et n’attirent donc pas d’autres institutions financières à des taux et des conditions qui seraient acceptables pour le préteur.

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Il y a aussi des domaines dans lesquels la BEI, en tant qu’institution européenne, doit prendre les devants pour soutenir des projets importants pour toute l’Europe : projets d’infrastructure, projets transfrontaliers, projets d’innovation ou de R&D.

Ces objectifs signifient que les projets soutenus par le FEIS sont très variés : des parcs éoliens aux PME en passant par les services de santé publique. Une telle diversité est-elle signe d’une utilisation optimale du fonds ? Ne fonctionnerait-il pas mieux s’il se concentrait sur seulement un ou deux domaines ?

Le FEIS est établi de telle manière qu’il ne privilégie aucune branche spécifique de l’économie. Il est donc porté par la demande, par les besoins de l’économie, par les fameuses « lacunes du marché » de l’économie européenne. Son but premier est d’encourager l’investissement, la croissance économique et la compétitivité en Europe, ce qui ne peut pas se faire en se concentrant uniquement sur une ou deux branches.

Par ailleurs, les États membres sont différents économiquement parlant, donc ils ont tous des lacunes de marché différentes, et nous pensons que sélectionner un secteur seulement serait néfaste pour les États membres, puisque cela déséquilibrerait leur économie.

Et puis, le FEIS n’est qu’une option de financement parmi tant d’autres. Il existe aussi, par exemple, le fonds européen d’investissement, qui, aux côtés d’instruments de financement plus traditionnels, crée une mosaïque équilibrée des opportunités.

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