Pittella : des «requins» condamnent la Grèce à mort

Gianni Pittella

Le FMI et les Allemands veulent voir la Grèce couler, mais les socialistes comptent bien les en empêcher, assure le chef de file des Socialistes et Démocrates du Parlement européen.

Gianni Pittella est médecin de profession. Il a été élu au Parlement européen pour la première fois en 1999 et est aujourd’hui chef de file du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D).

La situation grecque devient dramatique. Le Premier ministre, Alexis Tsipras, a demandé la convocation d’un sommet extraordinaire. Le rôle et la stratégie du FMI, et notamment ses attaques systématiques du gouvernement de gauche, ont été remises en question. Qu’en pensez-vous ?

La situation actuelle est la séquelle d’un film que nous avons regardé il y a un an, avec les mêmes acteurs. D’un côté, le FMI, de l’autre, les requins allemands, du style de Wolfgang Schäuble, qui tente d’utiliser des moyens détournés pour renverser un gouvernement démocratiquement élu et une nation qui fait énormément d’efforts, à la fois dans la sphère économique et financière, et face à la crise des réfugiés.

Il y a un rapprochement entre le centre-gauche et Syriza. Au Conseil européen, la plupart des chefs d’États et de gouvernement sont de centre-gauche. Que fait votre famille politique pour aider la Grèce ?

Alexis Tsipras représente une force progressiste. Même s’il était d’une autre couleur politique, je m’opposerais aux pressions du FMI et d’autres acteurs conservateurs qui exigent des mesures d’austérité préventives de la Grèce. C’est comme s’ils disaient « Nous ne vous croyons pas, les Grecs, et vous allez donc devoir atteindre des objectifs préventifs ». Ce n’est rien de moins qu’une condamnation à mort. Ce n’est pas de l’austérité préventive, c’est la mort. Qui que soit le Premier ministre grec, je le soutiendrais.

>> Lire : Alexis Tsipras demande l’aide de l’Europe face au FMI

En ce qui concerne la relation de la famille socialiste avec Alexis Tsipras, il y a un dialogue, mais nous sommes une force différente de la sienne. Franchement, je ne sais pas où ce dialogue nous mènera, puisqu’Alexis Tsipras n’a pas l’intention de rejoindre le parti des socialistes européens [ndlr Syriza est affilié au groupe GUE/NGL au Parlement européen]. Nous nous rencontrons, ce qui est normal entre protagonistes de la gauche, même avec des orientations différentes.

En ce qui concerne l’équilibre des pouvoirs au Conseil européen, je le trouve très positif. Les représentants de la famille socialiste et Alexis Tsipras ont décidé de se rencontrer à Rome en mai ou en juin, afin de préparer nos propositions pour la reprise de notre économie, pour la dynamisation de notre croissance économique et pour la relance de la justice sociale. C’est une bataille que nous livrerons à la fois au Conseil et au Parlement

>> Lire: Une pétition appelle à éviter un «Grexit médical»

Le Grexit est-il utilisé comme moyen de pression sur la Grèce ? Certaines informations permettent de le penser.

Brandir la carte du Grexit est injuste, illégitime et abusif. La Grèce fait des efforts extraordinaires pour respecter ses engagements vis-à-vis de l’UE. [Les créanciers] demandent à présent à la Grèce des mesures d’austérité supplémentaires, qui se traduiraient par de grands sacrifices pour les citoyens et leur situation sociale, en oubliant que ce pays verse depuis des années des larmes de sang. Cela ne les empêche pas d’exiger plus d’austérité d’un pays au bord du gouffre. Ils veulent voir le pays couler, ils veulent un Grexit parce qu’ils n’ont pas réussi à l’obtenir l’an dernier, mais nous, nous disons « No passaran » [ils ne passeront pas]. No passaran !

Le président américain Barack Obama semble mieux comprendre la situation que n’importe quel dirigeant européen. Êtes-vous d’accord ?

Barack Obama a parlé de la manière la plus ouverte, progressiste est informée qu’il soit, alors que certains dirigeants européens, je ne sais pas pourquoi, ne parviennent pas à dire la même chose. À part Angela Merkel, qui est du bon côté de l’histoire. Au sujet de l’immigration, la chancelière allemande a eu un rôle positif. Maintenant, elle doit continuer à encourager l’adoption du plan présenté par l’Italie pour l’immigration, une stratégie globale pour sécuriser la région méditerranéenne. Protéger la voie allant de Turquie jusqu’aux Balkans n’est pas suffisant. Cet accord été nécessaire, mais il est insuffisant. Par ailleurs, il doit être mis en œuvre dans le plein respect du droit international, humanitaire. Les droits des réfugiés, et pas seulement des Syriens, doivent être protégés. La Turquie doit agir, et nous devons la surveiller. Nous devons toutefois penser à la Méditerranée toute entière et la proposition italienne répond à ces défis.

J’ai entendu dire que durant un des sommets européens sur la crise des réfugiés Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, avait mis en garde contre l’arrivée de 50 millions de Nigériens.

Je ne suis pas au courant de cette information, mais il est évident que si l’on ne renforce pas les capacités du nouveau gouvernement en Libye, si nous ne l’aidons pas, si nous n’investissons pas plus dans la région et si nous ne parvenons pas à contrôler nos frontières, nous verrons probablement arriver un flux massif de migrants vers l’Italie. La proposition italienne doit être rapidement adoptée afin de gérer l’afflux avec l’aide des autorités locales, en investissant dans le développement et en s’attaquant aux causes de ces départs.

L’Autriche prépare déjà un plan B. Le 28 avril, des journalistes ont demandé à la Commission de commenter cette loi controversée et l’exécutif a répondu qu’il attendrait la fin du processus législatif. Pensez-vous que la Commission est à la hauteur de la tâche ?

J’ai parlé au vice-président de la Commission, Frans Timmermans, et au commissaire des affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, qui m’ont tous deux fait part de leur indignation. Je connais aussi la position du président de l’exécutif, Jean-Claude Juncker. Je sais qu’il partage leur avis. Jean-Claude Juncker s’est positionné contre les idées saugrenues de Viktor Orbán. Je ne trouve aucun autre adjectif pour qualifier cette décision d’ériger des murs, d’installer des fils barbelés.

>> Lire : Le projet de mur « anti-migrant » en Autriche ravive les tensions avec l’Italie

Il est évident que la Commission européenne devrait prendre des mesures. Le Parlement européen en réclame. Mais ce n’est pas possible de punir un pays parce qu’il dépasse de 0,2 % les critères du pacte de stabilité, et de ne rien faire face à un pays qui viole les règles et valeurs européennes. Cela veut-il dire que l’on peut faire ce que l’on veut en Europe ? Si nous allons dans ce sens, l’Europe est finie.

Le Parlement européen n’est-il pas divisé sur cette question? Les socialistes autrichiens ont-ils la même opinion que vous ? Après tout, le Premier ministre autrichien, Werner Faymann, est socialiste…

Les membres autrichiens de mon groupe sont tout à fait d’accord avec moi. Vous pouvez leur demander. J’ai été le premier à demander la suspension de Robert Fico [Premier ministre slovaque] du parti des socialistes européens [notamment suite à ses remarques islamophobes].

Il est pourtant toujours membre du parti.

Cette décision ne me revient pas. C’est le parti des socialistes européens qui en décidera. Le groupe S&D [au Parlement européen] a demandé sa suspension. Le parti des socialistes doit décider. Si cela dépendait de moi, ce serait déjà fait.

En ce qui concerne Werner Faymann, c’est une grande personnalité politique, et je regrette sincèrement ses prises de positions récentes. Les résultats [du premier tour de l’élection présidentielle] sont clairs : quand on imite la droite xénophobe sur ce type de sujets, on perd, parce que les électeurs, emprisonnés par la peur, ont choisi l’original, pas l’imitation.

>> Lire : L’extrême droite autrichienne en tête au premier tour de la présidentielle

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