A qui profite la crise bancaire en Bulgarie ?

La banque centrale bulgare (Credit: [Sipandra]/Shutterstock)

Près de deux milliards d’euros : c’est la somme que la Bulgarie vient de débloquer pour répondre à une cyber attaque qui a entraîné des retraits bancaires massifs. Une mini-crise qui pourrait rebattre les cartes du jeu politique avant les élections législatives à l’automne.

La Commission européenne a pris en main la crise bancaire qui s’amorçait en Bulgarie. Le 29 juin, l’institution a décidé d’accorder un régime d’aide destiné à renforcer la liquidité des banques bulgares. Cette aide fait suite à la demande de la Bulgarie d’autoriser la mise à disposition d’une ligne de crédit de 3,3 milliards de leva (environ 1,7 milliard d’euros) en faveur du système bancaire pour contrer des attaques spéculatives survenues la semaine dernière.

La Commission européenne a ainsi «conclu que l’aide d’État induite par la mesure de liquidité était proportionnée et en adéquation avec la nécessité d’assurer un niveau suffisant de liquidité dans le secteur bancaire compte tenu des circonstances». L’institution a en plus souligné que le système bancaire bulgare était sain. 

«En vertu des règles relatives aux aides d’État de l’UE, les mesures d’aide publique peut être justifiée pour éviter une perturbation grave de l’économie», précise Antoine Colombani, porte-parole du commissaire chargé de la concurrence Joaquín Almunia. 

Ce n’est pas la première fois que la Commission européenne approuve des aides d’État à des pays de l’UE pour compenser un choc de court-terme.

«En raison de la crise financière, la Commission a également approuvé les régimes de soutien de liquidité dans d’autres États membres en vertu des règles d’aides d’État de l’UE pour stabiliser une perturbation grave des marchés financiers et y remédier », explique le porte-parole.

C’est en revanche la première fois que la Commission se trouve confrontée en urgence à une cyber attaque.

Cyber attaque contre les banques

La banque centrale bulgare a en effet affirmé qu’une tentative délibérée et systématique de déstabilisation du système bancaire avait eu lieu. Selon l’Agence Nationale de Sécurité bulgare, des emails, SMS et messages sur Facebook en provenance d’une société d’investissement ont mis en garde contre le risque de conserver de l’argent dans certaines banques. Les messages s’intitulaient « Bulletin d’information sur le risque de dépôt dans les banques bulgares ».

Les troisième et quatrième banques du pays, KTB et Fibank ont été les premières vicitimes de cette mini-crise bancaire, durant laquelle les épargnants se sont rués aux guichets.

Le système bancaire confirme sa dépendance au politique

Face à cette augmentation des retraits, le président de la république Rossen Plevneliev a demandé à la population de ne pas céder à la panique. « Il n’y a pas de crise bancaire, il y a une crise de confiance et il y a une attaque criminelle », a-t-il déclaré à la suite d’une réunion d’urgence entre dirigeants des principaux partis politiques et responsables de la banque centrale. 

Pour Slavina Spasovapolitologue à l’Université Libre de Bruxellescette crise « a montré que le système bancaire dépend du politique. On ne peut pas parler d’un système bancaire indépendant !» assure la spécialiste.

Et cette panique bancaire coïncide avec une période de troubles politiques. Le gouvernement du Premier ministre Plamen Oresharski a en effet essuyé des vagues de manifestations l’année dernière et a annoncé des élections législatives pour octobre.

Une lutte féroce entre le président de KTB , Tsvatan Vassiliev et un de ses anciens partenaires, Delyan Peevski, qui est aussi député et homme d’affaires impliqué dans les médias ressort en filigrane de cette crise.  C’est la nomination de Delyan Peevski à la tête de l’agence de sécurité qui avait, il y a un an, déclenché de vives manifestations dans le pays.

A qui profite le crime ?

La corruption reste un des enjeux majeurs du pays, selon la Commission européenne qui a largement évoqué le sujet dans un rapport publié en février dernier.

La chercheuse Slavina Spasova estime qu’il faut placer cette crise bancaire dans une perspective de long terme. « On est à une période charnière car une brèche s’est ouverte » constate-t-elle. Selon elle, il y a une récupération de cette crise par les partis politiques. Ce qui devrait amener une recomposition du système politique. « Il sera intéressant de voir son impact à long terme notamment avec les élections législatives d’octobre. Soit il y aura un réveil de la population plus important qu’en 2013, soit il y aura une forte abstention qui jouera en faveur de l’ancien premier ministre Boïko Metodiev Borissov ».

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??Quant à l’hypothèse d’une éventuelle propagation de la crise bancaire à d’autres pays de l’Union, chacun s’accorde à dire qu’il s’agit avant tout d’un problème interne à la Bulgarie, dont la Commission affirme de surcroît que le système bancaire est particulièrement sain.

Le 20 juin 2014, un retrait massif de dépôts a obligé les autorités bulgares à fermer temporairement la Corporate Commercial Bank (KTB). Celle-ci fait à présent l'objet d'un examen sur la qualité de ses actifs. Les jours suivant, d'autres retraits massifs ont eu lieu notamment à la First Investment Bank (Fibank) à la suite de l'envoi de messages électroniques. Des personnes impliquées ont été arrêtées durant le week-end. La First Investment Bank a elle aussi fermé temporairement ses portes le 27 juin après avoir versé d’importantes sommes aux déposants. Selon elle, ses clients ont retiré en tout 800 millions de lev (409 millions d'euros) en seulement quelques heures.

Plusieurs hypothèses sont avancées sur l’origine de ce scandale. L’une d’elles concerne le chef de bureau de supervision de la KTB liée au pouvoir et le magnat des médias Delyan Peevski. Les deux ont pendant longtemps été partenaires mais il y a une rupture entre les deux hommes d’affaires. L’empire de Delyan Peevski s’est construit grâce à des prêts approuvés par la KTB. De son côté, la banque a de ce fait réussi son expansion  puisqu’elle était en mesure d'attirer une très grande quantité de dépôts des entreprises contrôlées par l'État. Toutefois, une rupture entre les deux hommes serait l’origine de la crise. Le retrait d'une très importante quantité de cash par Delyan Peevski pourrait avoir amorcé ce choc bancaire.

5 octobre 2014 : élections législatives anticipées

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