Alexis Tsipras annonce la mort de la Troïka, mais reprendra les négociations

Alexis Tsipras [Wikimedia]

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a répété que « la Troïka [est] finie » au cours de son premier Conseil européen. Il a toutefois accepté de reprendre les discussions avec les trois bailleurs de fonds du pays dans les jours à venir.  

Alexis Tsipras, chef de file du parti radical de gauche Syriza arrivé au pouvoir en Grèce porté par une vague de protestations sontre l’austérité, a longuement parlé de la Grèce et de ses problèmes de dette souveraine après le sommet d’hier soir (12 février). Les discussions avec les autres dirigeants à ce sujet ont été très limitées pendant le sommet, puisque les négociations avec l’Eurogroupe reprendront le lundi 16 février.

 « La Grèce n’a joué qu’un petit rôle dans le sommet d’aujourd’hui », a indiqué Angela Merkel à la conférence de presse après la réunion, soulignant que les négociations à ce sujet auraient lieu lundi prochain.

Le programme de sauvetage de la Grèce, qui s’élevait à 240 milliards d’euros, expire le 28 février, mais le nouveau gouvernement grec refuse de coopérer avec les représentants de la Troïka, soit l’UE, la Banque centrale européenne et le FMI. La Troïka, qui surveille de près les finances grecques, voudrait prolonger ce programme de sauvetage, et donc les mesures d’austérité attenantes. Athènes ne l’entend pas de cette oreille et demande au contraire une décote sur les obligations publiques privées, afin de réduire sa dette.

Devant un parterre de journalistes, Alexis Tsipras a déclaré : « les renflouements avec des mesures d’austérité catastrophiques… c’est fini ». Il a annoncé que son gouvernement avait des propositions concrètes et très claires en ce qui concerne l’avenir proche du pays. Le gouvernement grec souhaite un « programme-pont » comprenant certaines réformes, mais seulement celles qu’il juge acceptables. « La Troïka, c’est fini », assure Alexis Tsipras.

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Pourtant, quelques heures auparavant, le Premier ministre grec et le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, avaient publié un communiqué stipulant leur intention de demander à la Troïka, rebaptisée « les institutions », de mener une « évaluation technique » afin de régler les problèmes de la dette grecque. Cette évaluation devrait commencer vendredi et se poursuivre tout au long du week-end, afin de faciliter les discussions de l’Eurogroupe le lundi 16 février.

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« Institutions anciennement connues sous le nom de Troïka »

Le lieu de la rencontre – Bruxelles ou Athènes – n’a pas encore été indiqué, et on ne sait pas encore si la Grèce sera représentée au niveau ministériel. L’attitude d’Alexis Tsipras vis-à-vis de la Troïka a été rappelée par les représentants officiels, qui ont parlé à plusieurs reprises, avec un brin d’ironie, de la réunion des « institutions anciennement connues sous le nom de Troïka ».

Pour sa part, le Premier ministre a préféré parler d’une discussion politique que d’une évaluation technique impliquant le trio de créanciers tant haït en Grèce. « Toutes ces discussions, et les événements d’aujourd’hui [12 février] montrent une volonté de trouver un accord », estime-t-il.

Alexis Tsipras a déclaré poursuivre l’objectif d’une transition vers un nouveau programme de financement, et qu’un accord technique conclut à Bruxelles le 16 février serait aussi un accord politique.

Jeroen Dijsselbloem estime qu’un accord est possible au niveau technique en ce qui concerne le financement d’urgence de la Grèce, mais avertit qu’il serait « très difficile » d’atteindre un accord politique avec le nouveau gouvernement de gauche du pays.

« Je suis optimiste et je pense que le processus technique aboutira, parce qu’il s’agit pour moi de comparer différentes mesures et programmes », assurait-il à l’issue du sommet, avant de nuancer. « Je suis cependant très prudent au niveau politique. Ce sera très difficile, ça prendra du temps. Il ne faut pas se réjouir à l’avance. »

Une ligne de survie de 5 milliards d’euros

Plus tôt, la Banque centrale européenne avait annoncé son intention d’accorder une ligne de survie de 5 milliards d’euros d’aide d’urgence aux banques pendant une semaine, via la banque centrale grecque. La BCE devrait se pencher sur le programme grec le mercredi 18 février.

Cette date, qui suit de très près la réunion des ministres des Finances de la zone euro ne laisse pas beaucoup de marge de mouvement à Athènes.

Lors de la dernière rencontre de l’Eurogroupe, le 11 février, la Grèce et ses créanciers internationaux ne sont pas parvenus à un accord sur la suite du renflouement. Selon Alexis Tsipras, la décision de ne pas signer de déclaration commune avait été prise collectivement par le gouvernement grec.

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Le Premier ministre a assuré ne pas s’être senti isolé lors du sommet, où il a pris la parole pour présenter ses opinions et les propositions d’Athènes. Il a néanmoins ajouté que le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, avait semblé « un peu nerveux » lors de son intervention, nervosité que le Grec attribue à la montée en flèche du parti de gauche Podemos dans les sondages espagnols.

Les relations d’Alexis Tsipras avec l’UE sont perçues comme un test permettant d’imaginer de futures relations entre Bruxelles et une Espagne gouvernée par Podemos, dans le cas où le parti radical de gauche remporte les élections prévues pour le mois de décembre prochain.

« Nous nous sommes salués »

Ce sommet européen était le premier depuis l’investiture du Premier ministre grec, qui se déclare confiant et estime que les États membres trouveraient ensemble une « solution viable commune ». Le dirigeant de gauche estime une telle solution nécessaire afin de guérir les blessures de l’austérité, de mettre un terme à la crise humanitaire dans l’UE et de remettre l’Europe sur la voie de la croissance et de la cohésion sociale.

Quand les journalistes lui ont demandé comment avait été sa rencontre avec Alexis Tsipras, la chancelière allemande, Angela Merkel, a répondu : « nous nous sommes salués ». Le Premier ministre grec n’est à l’évidence pas un sujet sur lequel elle souhaitait s’étendre.

Le président français, François Hollande, a quant à lui trouvé un juste milieu diplomatique entre la chancelière et son homologue socialiste grec. « Alexis Tsipras doit respecter ses engagements vis-à-vis de ses électeurs », assure François Hollande, qui ajoute que l’UE et la Grèce pouvaient et devaient chercher un compromis, une tâche pour laquelle il ne doute pas des capacités du nouveau Premier ministre. 

De son côté, le Premier ministre finlandais, Alexander Stubb, a eu l’air inquiet à l’issue de ce sommet. « Le temps presse. Je pense qu’il faut trouver un moyen de prolonger le programme au-delà de février, mais cela implique des réformes structurelles. Nous sommes donc à la première étape seulement. Ces cinq dernières années, nous avons fait tout notre possible pour garder la zone euro intacte, et nous continuerons de le faire. Les engagements sont des engagements, et nous devons tous nous y tenir », conclut-il.

Philippe Lamberts, eurodéputé belge des Verts, a également affiché une certaine impatience vis-à-vis de la position de la Grèce. Il accueille avec joie la reprise des discussions techniques en coulisse entre les institutions et la Grèce. « Il est grand temps qu’ils se mettent à discuter d’actions concrètes parce que depuis les élections grecques, il n’y a eu aucune négociation réellement technique, juste des déclarations isolées. » Philippe Lamberts estime qu’il est temps pour Alexis Tsipras de mettre ses arguments « à l’épreuve de ses créanciers, et non plus uniquement des caméras ».

Alexis Tsipras rejette quant à lui les critiques de ceux qui lui reprochent de ne pas mettre d’offre détaillée sur la table. « Où sont leurs propositions, à eux ? », a-t-il souligné.

>> Lire : Le ton monte entre Athènes et le reste de l’UE

Le parti anti-austérité Syriza a remporté une victoire écrasante lors des élections anticipées du 25 janvier dernier en Grèce, mais n'a pas obtenu une majorité absolue au parlement.

Son chef de file, Alexis Tsipras, a affirmé que le « cercle vicieux de l'austérité » était terminé, déclenchant ainsi des réactions variées au sein de l'UE.

Avant une réunion avec l'Eurogroupe ce 26 janvier, Alexis Tsipras a déclaré que la dette publique grecque n'était pas viable et souhaite sa restructuration. Elle correspond à 177 % de leur PIB.

>> Lire : La victoire de Syriza brave l'austérité en Europe         

  • 11 février : Réunion extraordinaire de l'Eurogroupe à Luxembourg.
  • 12 février : Sommet de l'UE à Bruxelles.
  • 16 février : Réunion extraordinaire de l'Eurogroupe à Bruxelles.
  • 28 février : Fin du programme de sauvetage actuel de la Grèce.

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