Bruxelles reproche de nouveau à Berlin son excédent commercial

German euro coin. [Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Emploi et croissance.

Dans son dernier bilan macroéconomique, la Commission européenne a de nouveau pointé de doigt l'Allemagne. De graves déséquilibres ont également été détectés en France et en Italie. Un article d'EURACTIV Allemagne.

Quatorze États membres connaissent des déséquilibres économiques significatifs, comme le révèle le bilan approfondi sur les déséquilibres macroéconomiques de la Commission présenté le 5 mars.

« L'analyse que nous présentons aujourd’hui montre que les États membres font des progrès dans la résolution des défis économiques. Mais ces progrès sont inégaux et, dans certains cas, ils doivent être approfondis », a indiqué dans un communiqué Olli Rehn, le commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires.

Pour la France, le principal déséquilbre porte sur son déficit.

>>Lire : Avertissement de Bruxelles sur le déficit français

Le rapport fait écho aux mises en garde du président de la Commission, José Manuel Barroso. Il avait sommé l'Allemagne en novembre dernier de prendre plus de mesures afin de s'attaquer aux déséquilibres économiques dans la zone euro en ouvrant ses marchés des services et en augmentant plus rapidement les salaires.

Chaque État membre devrait être aussi compétitif que l’Allemagne

La Commission estime que l’Allemagne peut toujours progresser au vu des excédents commerciaux élevés du pays. La République fédérale a enregistré un excédent record d'environ 200 milliards d'euros en 2013.

Le fait qu’en Allemagne les exportations dépassent fortement les importations « témoigne d’une forte compétitivité. […] Cela indique aussi que la croissance intérieure reste faible et que les ressources économiques pourraient ne pas avoir été affectées de façon efficace », selon le rapport.

Tout en souhaitant un meilleur équilibre, le commissaire finlandais a souligné que les grands États membres de l'UE comme l'Allemagne contribuaient fortement à la croissance de l'Europe. Dans les pays du sud de l'Europe frappés par la crise, soumis à un autre système de suivi, la reprise économique et l'assainissement budgétaire se poursuivent.

La Commission ne critique pas l'Allemagne, car elle enregistre des résultats solides en matière d'exportation et un niveau élevé de compétitivité, a expliqué Olli Rehn à la presse. Au contraire, il espère que tous les États membres de l'UE deviennent aussi compétitifs que l'Allemagne.

La Commission s'est concentrée sur deux points en particulier dans le cas de l'Allemagne : le faible taux d'investissement au niveau national et le renforcement de la demande intérieure. Selon Olli Rehn, trois domaines sont cruciaux pour renforcer la demande intérieure : l'investissement, les services et la garde d'enfants.

Les déséquilibres nuisent à la stabilité de la zone euro

L'eurodéputé Werner Langen de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) a salué le commissaire finlandais pour ne pas avoir vanté les positions des personnalités politiques européennes de gauche. Selon lui, ces dernières critiquent les niveaux élevés des exportations allemandes, car elles pourraient provoquer un manque de compétitivité dans les États membres de la zone euro.

D’après les détracteurs, les excédents d'exportation de l'économie allemande ont des effets néfastes sur les autres pays, ils provoquent une hausse de la dette. Par exemple, au cours de la crise de la zone euro, les États-Unis ont exhorté l'Allemagne à prendre davantage de mesures afin d'augmenter la consommation intérieure et de lutter contre le problème.

Des représentants allemands ont rejeté ces affirmations. Ils indiquent pour leur part que les excédents commerciaux élevés du pays avaient une répercussion de la forte compétitivité des entreprises.

Mais ce phénomène pourrait changer étant donné que le gouvernement allemand semble dorénavant  plus ouvert d'esprit. Pour la première fois, un document interne du ministère de l'Économie reconnait que des déséquilibres commerciaux excessifs et prolongés nuisent à la stabilité de la zone euro, a indiqué le 5 mars le Süddeutsche Zeitung. La Commission a dès lors raison de se pencher en détail sur ces déséquilibres, selon le document.

D’autres pays sont passés au crible

La Commission a également mentionné des déséquilibres excessifs en Croatie, en Slovénie et en Italie. Rome souffre d'ailleurs d'un niveau élevé de dettes publiques et d'une faible compétitivité. Des déséquilibres moins importants étaient également à noter en France et en Italie. Les deux pays ont été invités à « lever les obstacles à la croissance à moyen terme tout en progressant dans l’assainissement budgétaire », selon le rapport.

L'Espagne a enregistré de son côté de considérables améliorations au cours de l'année dernière, précise le rapport. Même si les déséquilibres s'amenuisent, le rapport montre que l'Espagne doit continuer à « poursuivre le désendettement ordonné et la transformation structurelle de l’économie ».

La Commission estimait qu'un bilan approfondi s'imposait pour le Danemark, le Luxembourg et Malte, mais les résultats ne montraient aucun déséquilibre économique. Chypre, la Grèce, le Portugal et la Roumanie ne sont pas soumis à la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques étant donné qu'ils sont déjà surveillés par l'intermédiaire de leur propre programme d'ajustement économique.

Tous les États membres, y compris l'Allemagne, doivent préparer une réponse au bilan d'ici avril 2014. 

Les bilans approfondis font partie de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM) mis en place en 2011 dans les nouvelles règles de l'Union européenne en matière de gouvernance économique, le « six-pack ». Il s'agit d'un mécanisme de surveillance renforcé qui vise à supprimer les déséquilibres macroéconomiques avant que les États membres ne se retrouvent dans une situation incontrôlable.

Lors de la première étape de la PDM, la Commission examine les États membres pour déterminer lesquels ont besoin d'un bilan approfondi. Ces analyses permettent de se pencher plus en profondeur sur les questions macroéconomiques dans chaque pays.

  • Avril 2014 : les États membres soumettront leur programme national de réforme et les programmes de stabilité et de convergence
  • Juin 2014 : la Commission va présenter une série de recommandations mises à jour pays par pays 

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