Chypre et l’Espagne rejoignent le « club de la dette »

bank-of-cyprus.jpg

A quelques jours seulement du début de sa présidence du Conseil de l'UE, Chypre est devenue hier (25 juin) le cinquième pays de la zone euro à se tourner vers Bruxelles en quête de fonds d'urgence, quelques heures à peine après la soumission de la requête officielle de l’Espagne, qui cherche à renflouer ses banques. 

Chypre, tout comme la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne, a décidé de demander l'aide de l'UE. Plus d'un quart des pays de la zone euro (qui compte 17 membres) ont donc déjà fait appel aux fonds d'urgence de l'Union. Les coûts d'emprunt de l'Italie grimpent en flèche, ce qui implique qu'elle pourrait bien être la prochaine sur la liste.

L'Espagne a officiellement soumis une requête pour un prêt de 100 milliards d'euros dans le but de renflouer ses banques.

Moody's Investors Service a abaissé la notation de 28 des 33 banques espagnoles notées d’un à quatre crans. Ces dégradations ont suivi un abaissement ce mois-ci de la notation souveraine de l'Espagne qui frôle aujourd'hui la catégorie spéculative.

Chypre ne dispose que de quatre jours pour lever un minimum de 1,8 milliard d'euros, l'équivalent d'environ 10 % de son PIB, si elle veut respecter une date butoir définie par les régulateurs européens pour la recapitalisation de la Banque populaire de Chypre. Il s'agit de la deuxième plus grande banque de l'île, largement exposée aux titres de dette grecque toxiques.

Le ministre des finances, Vassos Shiarly, a déclaré que le pays chercherait en outre à obtenir suffisamment d'argent pour réduire son déficit budgétaire. Le montant total sera défini au cours des prochaines semaines.

« Cette somme sera aussi importante que nécessaire pour couvrir la recapitalisation et les exigences budgétaires », a-t-il expliqué à Reuters.

Alors que les coffres chypriotes se vident rapidement et que la date fatidique approche à grands pas, Fitch a dégradé ce lundi la note souveraine de l'île à BB+, dans la catégorie spéculative. Elle ne peut déjà plus lever de nouveaux fonds sur les marchés des capitaux avec des rendements obligataires à deux chiffres.

Exposition

Avec seulement un million d'habitants, l'île de Chypre dispose d'un secteur financier disproportionné et très exposé à la Grèce.

Chypre exerce la présidence tournante du Conseil de l'UE en des temps difficiles et sur fond de tensions avec la Turquie, un pays candidat à l'UE qui ne reconnaît pas la souveraineté de l'île et en occupe la partie nord depuis 1974 (voir le LinksDossier d'EURACTIV sur la présidence chypriote du Conseil de l'UE).

Chypre a reçu un prêt de 2,5 milliards d'euros de la part de la Russie l'année dernière et tente d'emprunter des fonds à Moscou ou à Beijing pour éviter les conditions imposées par Bruxelles en cas de renflouement.

Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, a expliqué que Chypre devrait négocier les conditions des aides qui lui seraient accordées avec l'UE et la Banque centrale européenne.

« Il s'agira notamment de mesures permettant de relever les principaux défis rencontrés par l'économie chypriote, surtout dans le secteur financier, et j'espère que Chypre s'engagera avec détermination en faveur des actions nécessaires », a-t-il déclaré.

Karolos Papoulias représentera la Grèce au sommet

Les Grecs, qui ont évité la catastrophe en élisant ce mois-ci un gouvernement déterminé à mettre en oeuvre son programme de renflouement de 130 milliards d'euros, ont été désemparés lundi en apprenant que leur nouveau ministre des finances, Vassilis Rapanos, avait été forcé de démissionner pour raisons médicales. Personne ne sait qui le remplacera.

Le nouveau premier ministre, Antonis Samaras, qui souhaite obtenir un assouplissement des conditions du renflouement de l'UE, manquera lui aussi le sommet à cause d'une opération des yeux. Le président Karolos Papoulias représentera donc la Grèce lors du sommet européen des 28 et 29 juin prochains.

Un porte-parole allemand a affirmé qu'aucune décision ne serait prise sur la Grèce lors de ce sommet.

La visite des inspecteurs de la troïka qui représentent les bailleurs de fonds internationaux de la Grèce (UE, Banque centrale européenne et FMI) a elle aussi été reportée.

La division de l'île de Chypre est un problème très sensible qui affecte les relations entre l'UE et la Turquie. L'issue des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE dépend d'ailleurs de la résolution de ce problème.

Malgré des efforts répétés sous les auspices de l'ONU pour ramener les dirigeants des communautés grecque et turque chypriotes à la table des négociations, l'île est séparée en deux depuis 1974.

L'espoir d'une réunification a fait surface en 2002 lorsque le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a présenté un plan de réunification, proposant une fédération à deux entités régie par une présidence tournante.

Lors d'un référendum en avril 2004, les Chypriotes grecs ont rejeté un plan d'unité parrainé par l'ONU. Les Chypriotes turcs s'étaient quant à eux exprimés en faveur de ce plan. L'échec de ce plan a déçu les fonctionnaires européens, qui avaient accepté de voir Chypre rejoindre l'UE cette année-là dans l'espoir d'encourager une résolution du conflit. En mai 2004, la république de Chypre contrôlée par les Chypriotes grecs est devenue membre de l'UE.

Lors d'un sommet en décembre 2004, les dirigeants de l'UE ont accepté d'entamer les négociations d'adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005. L'une des conditions spécifiées était qu'Ankara élargisse un accord d'association de 1963 conclu avec le prédécesseur de l'UE, la Communauté économique européenne, aux dix nouveaux Etats membres de l'Union. Ce groupe de nouveaux Etats membres comprend l'Etat chypriote grec qui n'est pas reconnu par la Turquie.

Subscribe to our newsletters

Subscribe