Bruxelles juge la relance façon Trump chère et inutile

Pierre Moscovici, le commissaire aux affaires économiques, a souligné que les États-Unis représenteraient « la source d'incertitude la plus importante » dans les mois à venir. [European Commission]

L’exécutif européen anticipe 226 milliards d’euros de dépenses supplémentaires du gouvernement américain dans le cadre du plan de relance. Mais les retombées économiques devraient rester « limitées ».

Le président américain s’est engagé à mettre en place une politique de grands travaux, afin de reconstruire des autoroutes, des ponts, des aéroports et des écoles à travers les États-Unis.

« Nous allons rénover nos infrastructures pour qu’elles deviennent les plus performantes du monde », s’est-il réjoui après son élection, en novembre dernier.

Le 13 février, la Commission a donné sa propre estimation de la facture finale.

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Malgré le manque d’informations sur les détails du plan de relance, la Commission anticipe estimait une dépense supplémentaire de 0,3 % du PIB en 2017, et de 1 % en 2018. Soit près de 226 milliards d’euros injectés dans l’économie américaine pour les deux ans à venir.

Ce plan aura des effets conséquents sur le déficit. A 4,8 % du PIB en 2016, il devrait grimper jusqu’ à 5,1 % cette année, et à 5,7 % en 2018. Soit le double du déficit le plus important de la zone euro (celui de l’Espagne, qui atteindra 2,9 % l’année prochaine).

Dans le cadre de ses prévisions d’automne, la Commission européenne avait estimé, quelques heures seulement après l’élection de Donald Trump, le déficit américain à 4,2 % du PIB pour 2017 et 4 % pour 2018.

La dette publique américaine devrait continuer sa progression à la hausse et atteindre près de 110 % en 2018.

Cette dépense colossale, qui comprendrait la construction très controversée du mur entre les États-Unis et le Mexique, aurait cependant des effets positifs limités sur l’économie américaine. D’après les toutes dernières estimations, la construction du mur coûterait environ 20,3 milliards d’euros.

« Une très faible incidence »

Bruxelles prévoit que le plan n’ait d’incidence sur l’économie américaine qu’à hauteur de 0,5 % et 0,75 % du PIB respectivement pour les deux prochaines années.

« Le facteur multiplicateur risque de rester relativement bas, étant donné que la politique budgétaire laxiste et le resserrement de la politique monétaire pourraient entraîner une nouvelle appréciation du dollar et mener à la hausse des taux d’intérêt à long terme », estiment les experts.

Le plan de relance pourrait cependant suffire à dépasser le PIB européen au cours des deux années à venir. Par conséquent, la Commission s’est montrée plus optimiste quant aux prévisions de croissance pour 2017 et 2018 aux États-Unis.

L’exécutif européen table désormais sur une croissance américaine de 2,3 % pour 2017 et 2,2 % pour 2018, contre des prévisions de 2,1 % et 1,9 % énoncées au trimestre dernier. La croissance de la zone euro atteindra quant à elle 1,6 % cette année et 1,8 % l’année prochaine. En ce qui concerne l’UE dans son ensemble, l’économie enregistrera une croissance bisannuelle de 1,8 %.

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Les prévisions pour les pays développés non européens ont été revues à la hausse « en considération des mesures de relance budgétaire aux États-Unis ».

Par ailleurs, le marché boursier américain, stimulé par la politique de dépenses et l’assouplissement des réglementations promis par Donald Trump, a enregistré des niveaux record au cours des dernières semaines.

Pierre Moscovici, le commissaire aux affaires économiques, a toutefois souligné le 13 février que les États-Unis représenteraient « la source d’incertitude la plus importante » dans les mois à venir.

Parmi les préoccupations majeures, les Européens s’inquiètent des conséquences des mesures protectionnistes sur le commerce international. Un choix qui pourrait nuire aussi au marché américain. D’après les prévisions de la Commission, « le principal risque pour les États-Unis est de basculer dans une politique économique protectionniste qui engendrerait des pertes conséquentes pour le pays et pour l’économie internationale ».

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