La Commission a pris des risques pour évaluer le plan de relance de Trump

Donald Trump

Les experts accueillent favorablement l’évaluation du plan de relance budgétaire de Donald Trump par l’exécutif européen. Mais le degré d’incertitude reste élevé.

L’été dernier, Donald Trump avait promis de rénover les infrastructures vieillissantes des États-Unis et de procéder à des baisses d’impôts afin de redynamiser l’économie du pays. Le 13 février, la Commission a probablement été la première institution à évaluer l’impact de ce programme de relance, dont la portée et le contenu demeurent méconnus.

D’après les experts, dans le contexte de « faits alternatifs » et de « post-vérité » qui caractérise le paysage politique américain depuis l’arrivée de l’administration Trump, la Commission a avant tout cherché à rendre la situation plus transparente.

« Nous avons pris des risques », a reconnu le directeur général de la DG affaires économiques et financières, Marco Buti, lors d’un événement organisé par le Centre de politiques européennes, le 14 février.

Il a rappelé que les dernières prévisions comprenaient une « hypothèse technique » prenant en considération les évolutions politiques aux États-Unis, sans laquelle les estimations se seraient retrouvées « dépourvues de sens ».

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Au mois d’août dernier, Donald Trump avait déclaré que le programme de reconstruction d’infrastructures coûterait « au moins deux fois plus cher » que ce qu’avait estimé sa rivale, Hillary Clinton. Le programme de cette dernière avait été évalué à 275 milliards de dollars pour une période de cinq ans.

En plus de mettre en œuvre une politique de grands travaux visant à construire des ponts et des écoles, Donald Trump souhaite baisser les impôts des ménages de la classe moyenne.

La Commission a évalué le coût du plan de relance à 226 milliards d’euros. Celui-ci devrait par ailleurs creuser le déficit public à hauteur de 5,7 % du PIB, contre 4 % estimés au trimestre dernier. En théorie, la dette publique montera aussi en flèche, pour se fixer à 110 % du PIB en 2018. Pour autant, les conséquences sur l’économie devraient rester « limitées ».

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Mais le coût pourrait être encore plus élevé. Jeffrey Francks, directeur du bureau européen du FMI, a souligné que certains analystes tablaient sur mille milliards de dollars, bien que le calendrier soit incertain.

En janvier, le Fonds monétaire international (FMI) a tenu compte du plan de relance pour revoir ses prévisions à la hausse concernant la croissance des États-Unis, aussi bien pour 2017 que pour 2018.

Le FMI prévoit 2,3 % de croissance en 2017 et 2,5 % en 2018, soit une croissance cumulée du PIB de 0,5 % par rapport aux prévisions d’octobre dernier.

L’exécutif européen table désormais sur une croissance américaine de 2,3 % pour 2017 et 2,2 % pour 2018, contre des prévisions de 2,1 % et 1,9 % énoncées au trimestre dernier.

Le FMI a reconnu que les effets positifs du programme de relance se feront certainement ressentir avant l’impact négatif d’autres décisions politiques, telles que d’éventuelles mesures protectionnistes prônées par la nouvelle administration. « Est-il possible que nous fassions des erreurs ? Naturellement », confie Jeffrey Francks.

En dépit du niveau élevé d’incertitudes, Marco Buti rappelle que l’exécutif européen a pu se montrer audacieux concernant les États-Unis étant donné que ses prévisions n’auront aucune incidence politique, contrairement aux prévisions pour l’UE qui impliquent directement les gouvernements des États membres.

Dans le cas d’une hypothèse de « politiques inchangées » appliquée aux États membres, la Commission ne prend en compte dans son déficit ou ses prévisions que les mesures déjà adoptées ou les déclarations contenant suffisamment de détails.

« Les meilleures estimations »  

Fabian Zuleeg, directeur général du Centre de politiques européennes, a souligné que les prévisions économiques ne devaient pas être « vraies » mais simplement être « les meilleures estimations ».

Dans le contexte actuel, où chaque tweet et chaque discours a une incidence sur l’économie, ces prévisions s’avèrent « plus compliquées ».

Ainsi, pour effectuer ces analyses, Fabian Zuleeg a privilégié le rôle des groupes de réflexion au détriment de celui des pouvoirs publics.

Gregory Claeys, chargé de recherche auprès du groupe de réflexion Bruegel, a exprimé son désaccord avec Fabian Zuleeg.

Selon lui, les institutions comme la Commission, qui disposent de modèles établis et d’importantes ressources, sont mieux placées pour dresser des perspectives économiques. Il a toutefois préconisé la prudence concernant les estimations de l’exécutif.

Ce fut un « exercice de haute voltige » en raison des « nombreuses incertitudes » entourant le plan de relance budgétaire. « Ils ont fait de leur mieux », a-t-il reconnu lors d’une conversation téléphonique avec Euractiv.

« Peu d’incidence »

Malgré le manque de clarté du programme de relance du président américain, Gregory Claeys s’accorde avec la Commission pour dire que « l’incidence sur l’économie » sera « minime ».

Étant donné que l’économie américaine a pratiquement atteint le plein emploi, l’effet multiplicateur risque d’être insignifiant, a-t-il commenté. « De telles mesures auraient été plus utiles il y a trois ou quatre ans », a-t-il ajouté.

La Commission a fait savoir dans ses prévisions que le plan de relance de Donald Trump entraînerait un resserrement de la politique monétaire plus marqué, ce qui limiterait les effets positifs indirects.

Par ailleurs, une partie de la relance pourrait provenir de réductions d’impôt pour les plus riches. Or la propension à consommer de ces derniers reste marginale puisqu’ils préfèrent garder leurs économies, ce qui, d’après Gregory Claeys, limiterait les retombées positives du programme.