Des économistes reprochent au plan Juncker d’être un simple « habillage »

Trois organismes européens d’analyse économique appellent à la mise en place d’alternatives économiques. [(Credit: [pogonici]/Shutterstock)]

Un groupe d’économistes encourage l’UE à changer de tactique macroéconomique. «On compte les pingouins alors que la banquise fond » accuse le président de l’OFCE.

Trois organismes européens d’analyse économique (OFCE, IMK et ECLM) appellent à la mise en place d’alternatives économiques.  L’IAGS Independent Annual Growth Survey  encourage la mise en place d’un plan d’investissement orienté sur l’écologie à l’échelle européenne. Les économistes sont par ailleurs pessimistes en ce qui concerne la situation économique  pour l’année 2015. Selon l’IAGS 2015, les indicateurs économiques confirment la poursuite de la récession et  la montée du chômage en Europe.

Le groupe d’économistes tire un bilan alarmiste des politiques de sortie de crise. « L’Europe n’a pas su mettre en œuvre les politiques nécessaires pour une sortie durable de la crise », indique le rapport. « On est en train de compter les pingouins sur la banquise et on ne se rend pas compte que la banquise fond », a déclaré de son côté Xavier Ragot, le président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Selon, Xavier Timbeau, économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques et coordinateur du rapport, la gouvernance européenne est sur le chemin de l’échec alors même que le danger de la déflation est fort.

Le rapport envisage cependant une légère amélioration de la situation macroéconomique en 2015, notamment grâce à la baisse des taux d’intérêt, au repli de l’euro au recul des prix du pétrole, et aux politiques de consolidation budgétaire moins marquées. La croissance économique au sein de l’eurozone pourrait ainsi atteindre 1,3% l’an prochain et 1,6% en 2016. Pour sa part, la Commission européenne prévoit une croissance de 1,1% pour l’année 2015 et de 1,7% en 2016.

Besoin d’investissement mais pas de plan Juncker

Selon les économistes, l’Europe a besoin d’investissement pour s’en sortir. Le 26 novembre dernier, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a présenté son plan d’investissement de 315 milliards d’euros sur trois ans. Ce plan prévoit la création d’un Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS).

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Cependant le groupe d’économistes est sceptique quant au plan Juncker. « On n’y croit pas une seconde. C’est un habillage », affirme Xavier Timbeau. En effet selon l’IAGS, le plan de Jean-Claude Juncker ne dégage pas de « nouvelle marge de manœuvre financière » mais réutilise les fonds du budget européen et de la Banque européenne d’investissement par le biais du FEIS. Il est « probable que les investissements ainsi réalisés se substitueront à d’autres investissements ou que ces investissements auraient de toute façon été réalisés » peut-on lire dans le rapport.

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Par ailleurs, les économistes considèrent que les règles budgétaires de l’UE doivent être conservées, même si elles sont mauvaises, car elles permettent un équilibre difficile à modifier à l’heure actuelle.

En revanche, ils appellent à des « mesures non-conventionnelles ou extraordinaires » pour éviter un nouvel échec. En effet, selon les trois organismes il n’est pas possible de sortir de la crise et de voir la situation économique s’améliorer si les États respectent scrupuleusement les règles qu’ils se sont imposés. Selon les recommandations de l’IAGS, « il est nécessaire d’exploiter toutes les ambiguïtés juridiques et toutes les clauses d’exemption prévues par le Pacte de stabilité ».

La taxe carbone aux frontières refait surface

L’IAGS propose d’aller « au-delà du plan Juncker » en augmentant fortement la taxation du carbone. L’idée n’est pas nouvelle mais cela devrait avoir pour effet de « déclencher un boum d’investissement dans la transition énergétique », précise Xavier Timbeau.

Les économistes suggèrent ainsi un « choc fiscal de carbone » pour inciter l’investissement dans le domaine de l’efficacité énergétique, afin de sortir l’UE de la crise.  A cela pourrait s’ajouter un investissement ciblé sur la transition énergétique  pour encourager le développement d’une économie à faible émission de CO2. Selon l’étude, ces deux facteurs cumulés représenteraient une possible croissance des investissements de l’ordre de 200 milliards d’euros.

Pour ce faire, un fonds européen commun devrait voir le jour et compenser l’impact de ce prix élevé pour les ménages. Une taxe à l’importation serait instaurée pour préserver la compétitivité des entreprises européennes.

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Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait annoncé un plan de mobilisation de 300 milliards d'euros pour relancer l'économie européenne.

Le commissaire à l'emploi, la croissance, l'investissement et la compétitivité, Jyrki Katainen espérait que le paquet comprenne un partenariat public-privé, une plus grande capacité de prêt pour la BEI, ainsi que d'autres organes de prêt de l'Union, un plus grand nombre « d'investissements » par les États membres dans les domaines comme les infrastructures et la réalisation du marché unique.

Les détails du plan ont été dévoilés le 25 novembre et seront présentés à la réunion du Conseil européen en décembre. Le capital de la Banque européenne d'investissement (BEI), basée à Luxembourg, est au centre de ce projet, qui prévoit la création d’un Fonds européen d'investissements stratégiques, ainsi que des instruments permettant à la BEI de prendre plus de risques dans ses investissements.

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