Edition spéciale : M. Van Rompuy veut que les dirigeants cessent de faire paniquer les marchés

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Sommet européen des affaires 2011.

Interrogé sur la manière dont l'UE devrait gérer la crise financière en Grèce, en Irlande et au Portugal, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, a déclaré hier (19 mai) que c'était parce que « l'argent comptait » que les dirigeants devaient être prudents avant de faire des déclarations et « tourner sept fois la langue dans leur bouche » avant de s'exprimer.

Lors du Sommet européen des affaires à Bruxelles, M. Van Rompuy a mis en garde les dirigeants politiques contre l'envoi de messages qui se révèlent contreproductifs étant donné la réaction probable des marchés.

« Mon plus grand problème en ce moment, ce sont les messages qui sont transmis. Ces messages font partie du problème et non de la solution », a déclaré M. Van Rompuy.

Le président du Conseil a déclaré que les hommes politiques investis de grandes responsabilités devraient « tourner sept fois la langue dans leur bouche » avant de s'exprimer sur des sujets délicats en termes de politique monétaire.

« Il y a une expression qui dit : l'argent compte. Et c'est parce que l'argent compte qu'il faut être très prudent avec ce que l'on dit en public. Et c'est la raison pour laquelle je suis très très discret. Mais c'est dans ma nature d'être prudent », a expliqué M. Van Rompuy.

Lorsqu'EURACTIV lui a demandé s'il était normal pour une personne représentant l'UE dans le cadre du Traité de Lisbonne de rester silencieuse et de ne pas accorder d'entretiens, M. Van Rompuy a répondu : « Un entretien avec moi ou un autre dirigeant ne change pas les choses ».

Il a dit qu'un jour, lorsque les gens constateraient ce que le premier président de l'Union européenne avait laissé comme héritage derrière lui, ils ne regarderaient pas le nombre d'entretiens qu'il avait accordé, mais plutôt ce qu'il avait accompli.

« Pas glamour »

« Quand j'ai accepté le poste de président du Conseil européen, j'ai donné une définition de ce que vous pourriez en attendre, et vous ne pourriez pas être déçu car j'ai annoncé la manière dont j'occuperais ce poste. Ce n'est pas glamour ou bling-bling, mais j'agis comme quelqu'un qui préside d'importantes réunions, et je l'espère, obtient des résultats », a-t-il expliqué.

« Bling-bling » est un terme d'argot issu de la culture hip-hop, mais dans la sphère politique, il fut largement utilisé par la presse française pour décrire le style tape-à-l'œil du président Nicolas Sarkozy.

M. Van Rompuy était apparemment de bonne humeur et a fait rire son public à plusieurs reprises.

« Même le pape n'est plus italien »

Son meilleur jeu de mots a porté sur la recherche d'un successeur pour Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI.

Tout d'abord, M. Van Rompuy a étonné l'assistance en remettant en question la tradition du candidat européen. Il a déclaré que les traditions n'étaient pas éternelles et que même le pape n'était plus italien.

Ces paroles apparurent en totale contradiction avec l'avis exprimé devant le même public la veille par le président de la Commission, José Manuel Barroso.

« Une tradition ne peut donc jamais être changée ? » a-t-il demandé à un auditoire perplexe.

Quelques secondes plus tard, il a répondu à sa propre question : « C'est une tradition qui peut être changée, mais pas dans l’immédiat », a-t-il dit, déclenchant rires et applaudissements.

M. Van Rompuy a déclaré que le prochain patron du FMI devrait être « une personne possédant la meilleure éthique possible » et que les dirigeants ne devraient pas perdre de temps et trouver rapidement un bon candidat, car pour des raisons psychologiques, le directeur du FMI devait être remplacé rapidement.

Georgi Gotev

Article traduit de l'anglais par EURACTIV

Le bureau du président français, Nicolas Sarkozy, a publié un communiqué de presse déclarant : « Le président de la République souhaite que le prochain directeur général du FMI soit choisi par son conseil d'administration à la suite d'un processus ouvert et transparent ».

« L'Union européenne, dont les États membres sont ensemble le premier actionnaire du Fonds, est en mesure de présenter une candidature de très grande qualité. L'Europe doit faire le choix de l'unité ».

Jürgen Thumann, coprésident du Transatlantic Business Dialogue, a déclaré lors de l'évènement : « Je suis très confiant s'agissant de l'euro et de la zone euro. Je ne veux pas être mal compris lorsque j'affirme que je suis totalement du côté du président Van Rompuy quand il dit que nous devrions apprendre à être plus discrets s'agissant des questions d'argent, de l'euro et de la Grèce »

« Je pense que de trop nombreuses personnes s'expriment en public, et je commencerais avec mon propre pays, l'Allemagne. Le soir, nous avons des émissions où tout le monde parle des solutions qui pourraient aider la Grèce à régler ses problèmes. Je pense que les marchés sont extrêmement sensibles et que nous devrions réduire nos déclarations publiques », a-t-il ajouté.

Il a affirmé sur le sujet des perspectives économiques de la Grèce qu'il pensait devoir rester attentif aux délais. « Je pense que cela prendra plus d'un an ou deux. Les Grecs ont beaucoup de mérite pour ce qu'ils ont accompli jusqu'à présent en si peu de temps. Je pense qu'on parle de 10 ou 20 ans avant un rétablissement complet. Ils doivent reconstruire leur industrie. Ils doivent devenir plus compétitifs et nous savons tous qu'ils ont trop dépensé ces cinq à dix dernières années ».

Il a toutefois ajouté qu'il était optimiste quant à la zone euro dans son ensemble. « Et laissez-moi mettre un autre point en perspective. Si nous regardons l'ensemble du passif que nous avons en euros, en comparaison à nos amis américains, et aux autres pays du monde, nos déficits ne sont pas si élevés que ça ».

Pierre Alain De Smedt, président de la Fédération des Entreprises de Belgique, a commenté les résultats du sondage réalisé auprès de 400 PDG européens : « Que nous disent-ils si l'on analyse leurs réponses ? Ils ne disent pas seulement qu'ils sont confiants et optimistes pour l'avenir et qu'ils sont d'accord avec l'idée des 2 % de croissance. Ils disent aussi : nous allons investir plus. L'analyse montre clairement que les investissements vont croître. Et ils nous disent même plus que ça : nous allons créer de l'emploi, nous allons engager des gens ».

Les ministres des finances de la zone euro ont approuvé un programme de prêt d'urgence sur trois ans pour le Portugal hier (17 mai) et ont déclaré que Lisbonne demanderait aux détenteurs d'obligations privés de continuer d'assumer la dette eux aussi.

Cette décision entérine le troisième renflouement accordé à un pays de la zone euro de l’année, après que l’UE et le FMI ont prêté 110 milliards d’euros à la Grèce en mai dernier et 85 milliards d’euros à l’Irlande en … [+]novembre.

Toutefois, malgré des efforts financiers impressionnants, les marchés restent inquiets. A plusieurs occasions, les déclarations de différents acteurs de la scène politique ont influencé négativement la stabilité de la zone euro.

  • 24 juin : Sommet de l'UE; M. Van Rompuy poussera les dirigeants à mettre en oeuvre la stratégie « Europe 2020 ».

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