L’Eurogroupe boude l’idée d’une politique de relance

Le commissaire aux affaires économiques, Pierre Moscovici, et le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, après la réunion de l’Eurogroupe du 5 décembre. [European Council]

Certains membres de la zone euro ont exprimé leur volonté d’investir davantage. Mais le groupe n’a pas pris en compte la proposition de la Commission européenne d’utiliser la politique budgétaire pour stimuler la croissance.

La Commission européenne est d’avis qu’une reprise atone, un taux de chômage élevé, la menace du populisme et les forces anti-européennes forment un cocktail dangereux qu’il faut combattre grâce à plus de dépenses publiques.

Pour cela, l’exécutif a proposé un coup de pouce budgétaire, à hauteur de 0,5 % de son PIB, soit environ 50 milliards d’euros.

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Un pas en avant précieux pour approfondir l’Union économique et monétaire en s’orientant vers une union budgétaire, a déclaré le commissaire aux affaires économiques, Pierre Moscovici.

Pourtant, les ministres des Finances de la zone euro ont fait la sourde oreille à l’objectif budgétaire de la Commission. « Nous ne l’avons pas soutenue », a déclaré le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem suite à la réunion du 5 décembre.

L’Eurogroupe a conclu que seuls l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg avaient assez de marge budgétaire pour augmenter leurs dépenses tout en respectant le Pacte de stabilité et de croissance, c’est-à-dire les règles de l’UE pour contrôler les déficits et dettes des États membres. Jeroen Dijsselbloem, qui est aussi le ministre néerlandais des Finances, a expliqué que ces pays ne voulaient pas adopter d’objectif spécifique.

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Néanmoins, La Haye va accroître ses dépenses d’investissement, a-t-il assuré. L’Allemagne devrait aussi dépenser plus en 2017 pour faire face à la crise des réfugiés et pour renforcer ses mesures de sécurité dans le contexte d’éventuels attentats terroristes.

Contrairement au dernier appel de l’exécutif pour une orientation positive de la politique budgétaire, l’Eurogroupe est revenu sur une opinion de la Commission datant de juillet qui concluait que « l’orientation budgétaire neutre adoptée pour 2017 établissait un équilibre approprié ».

Après la réunion, Pierre Moscovici a déclaré : « on est toujours un peu déçu quand son avis n’est pas pris en compte », avant de minimiser les différends avec le groupe. En effet, le commissaire a souligné que « l’important [n’était] pas les chiffres, mais le raisonnement économique », et que celui-ci penchait vers une politique expansionniste. Pierre Moscovici a aussi insisté sur le fait que l’investissement dans l’infrastructure et le capital humain « devait être davantage privilégié ».

Selon lui, l’objectif de l’exécutif est d’éviter « la situation absurde » dans laquelle « ceux qui n’ont pas de marge budgétaire en veulent et ceux qui en ont n’en veulent pas ».

Afin d’éviter les « disparités géographiques », Jeroen Dijsselbloem a rappelé que le rapport des Cinq Présidents comprenait la mise en place d’une gouvernance économique adéquate pour la zone euro, à moyen ou long terme. La Commission devrait donner en mars sa vision pour l’accomplissement de l’union économique et monétaire.

Le choc italien

Plus d’investissement pour soutenir la reprise : voilà désormais la priorité de Bruxelles alors que les politiques d’austérité promues par cette dernière ont été utilisées par les forces populistes pour gagner du soutien à travers l’UE.

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Dans certains cas toutefois, la Commission n’était pas prête à relâcher la pression budgétaire. Ces dernières semaines, l’Italie s’est opposée à l’exécutif après que Rome a décidé d’augmenter les fonds pour les réfugiés et les victimes des tremblements de terre. Ces nouvelles dépenses viennent donc freiner les efforts de l’Italie pour réduire l’immense dette publique qui représente 132 % du PIB.

Étant donné l’instabilité politique entraînée par la démission de Matteo Renzi suite à sa défaite lors du référendum sur les réformes constitutionnelles, l’Eurogroupe a décidé de repousser l’échéance à laquelle Rome doit proposer de nouvelles mesures pour équilibrer ses comptes dans « un futur proche ».

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Pierre Moscovici a qualifié Matteo Renzi de « très important et très bon Premier ministre » qui a mis en place « des réformes importantes pour l’Italie ».

Bruxelles et les États membres ont minimisé le risque de retombées négatives du référendum, notamment au vu de la situation délicate des banques italiennes. « L’Italie est un pays solide », a déclaré le commissaire français.

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Le ministre espagnol de l’Économie, Luis de Guindos, a quant à lui déclaré que l’impact du référendum sur les marchés était très limité, puisque les investisseurs avaient déjà pris en compte la possibilité d’une réponse négative.

« Il n’y a pas de risque systémique particulier » pour la zone euro dans son ensemble, a assuré le ministre français des Finances, Michel Sapin. Son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, a pour sa part appelé l’Italie à rapidement former un nouveau gouvernement capable de continuer sur la voie de la réforme.

Contexte

Dans l’analyse annuelle de la croissance de 2017, l’accent est mis sur l’importance d’assurer une justice sociale pour stimuler une croissance inclusive et sur la nécessité de renforcer la compétitivité, l’innovation et la productivité.

Les plans budgétaires pour 2017 de l’Allemagne, de l’Estonie, du Luxembourg, de la Slovaquie, et des Pays-Bas semblent respecter les exigences du pacte de stabilité et de croissance pour 2017. Ceux de l’Irlande, de la Lettonie, de Malte et de l’Autriche sont largement conformes aux obligations.

La Belgique, l’Italie, Chypre, la Lituanie, la Slovénie et la Finlande ont soumis des projets budgétaires qui risquent de ne pas être conformes et donc de dévier des objectifs d’ajustement à moyen terme.

Le budget de la France pour 2017, évalué par le volet correctif, respecte largement les obligations de la Commission. Les prévisions automnales estiment que le déficit se situera légèrement en dessous des 3 % du PIB l’année prochaine.

Plus d'information

Commission européenne

Communication pour une orientation positive de la politique budgétaire de la zone euro.

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