Gordon Brown appelle à un nouveau Bretton Woods [FR]

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Aujourd’hui 15 octobre, le Premier ministre britannique Gordon Brown a appelé les dirigeants mondiaux à s’engager dans son nouveau plan pour une restructuration majeur de l’ordre financier mondial. Il propose d’introduire un mécanisme à l’échelle mondiale qui permettrait de superviser les institutions financières internationales et de venir à bout du shadow banking et des pratiques douteuses des grandes entreprises.

L’appel intervient juste une semaine après la présentation du plan de sauvetage du système financier britannique, qui a été presque immédiatement repris à l’échelle européenne (EURACTIV 13/10/08). M. Brown a déclaré qu’il envoyait maintenant un nouveau message au monde. Désignant son initiative de « nouveau Bretton Woods », il a délibérément fait allusion aux efforts des alliés en juillet 1944 pour reconstruire le système économique dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale. 

M. Brown a annoncé son initiative à la presse à Bruxelles quelques heures avant de rencontrer ses homologues dans le cadre du sommet de l’UE, qui aura lieu pendant deux jours, et durant lequel seront abordées les questions de la crise financière et du changement climatique. Il a affirmé qu’il voulait faire distribuera à ses collègues un document très détaillé au sujet des réformes majeures qu’il faudrait mettre en œuvre dans l’urgence pour restaurer la confiance dans le système financier mondial. 

Le Premier ministre britannique a expliqué qu’il proposait un système dans lequel les institutions ne pourraient plus dissimuler des transactions et où le « shadow banking » appartiendrait désormais au passé. 

Il a également soutenu la création d’un « collège de superviseurs » mondial. Je demande qu’à la fin de l’année, 30 des plus grandes entreprises mondiales soient supervisées par un collège de superviseurs transfrontalier, a déclaré M. Brown. Nous avons maintenant un marché, une concurrence et des rôles financiers globaux, a-t-il ajouté. Et au lieu de simplement avoir des superviseurs financiers nationaux, nous avons besoin d’une supervision globale du système financier. Un collège de ce type pourrait avertir rapidement l’économie mondiale en cas de problème. Ainsi nous pourrons détecter les problèmes qui affectent les marchés financiers dans différents secteurs de l’économie sur d’autres continents, a-t-il expliqué. 

Il a ensuite plaidé pour une réforme profonde des institutions financières mondiales âgées de 60 ans, citant le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, afin que celles-ci puissent répondre aux défis du futur.  

Nous avons besoin d’une supervision globale du système financier, nous avons besoin d’un système d’alerte pour l’économie mondiale qui nous permettrait de détecter rapidement les problèmes qui touchent les marchés financiers dans différents secteurs de l’économie sur d’autres continents, a-t-il déclaré. Nous devons gérer les crises quand elles éclatent d’une meilleure manière et de façon coordonnée, a-t-il ajouté. 

Pas d’avenir pour le protectionnisme

M. Brown a ajouté qu’il voulait voir un agenda pour ces propositions dans les prochaines semaines ou les prochains mois, indiquant qu’il avait déjà informé le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, le président américain George W. Bush et le président brésilien Lula da Silva.

Le protectionnisme n’a pas d’avenir face à ces difficultés économiques, a-t-il affirmé, ajoutant que si le monde s’entendait sur sa proposition, cela donnerait un signe important comme quoi le protectionnisme est complètement inacceptable. Cela pourrait aussi ouvrir de nouvelles options en vue d’un accord sur le commerce international, alors que les négociations à l’Organisation mondiale du commerce ont été suspendues en juillet après des années d’impasse.

Le Premier ministre britannique a déclaré qu’il voulait que tous les pays, même au-delà de l’Union européenne, s’engagent à prendre des mesures urgentes pour stabiliser leur économie. Je veux que tous les principaux pays s’engagent dans ces réformes à la Bretton Woods, je veux que tous les pays signent l’accord commercial qui enverrait un message au monde à propos de l’inefficacité du protectionnisme à l’avenir, a-t-il affirmé. 

Les marchés financiers du monde entier ont dégringolé suite à la crise américaine des emprunts hypothécaires à haut risque au début août 2007, forçant les banques centrales à injecter des capitaux considérables afin de maintenir le fonctionnement du système et d’éviter une éventuelle crise des liquidités. La situation est devenue critique lorsque la crise s’est étendue à d’autres marchés financiers, touchant certains des investissements les mieux notés de Wall Street et plongeant les Etats-Unis dans la récession.

 Alors que la crise n’avait à l’origine pas trop durement touché l’Europe, elle s’est abattue sur le continent à la fin septembre. Tous les pays de l’UE ont été contraints d’appliquer une série de mesures pour sauvegarder leurs institutions bancaires et éviter la faillite du système financier. Ces opérations ont notamment inclus des injections de crédit additionnel, des prêts interbancaires, des nationalisations partielles ou totales, ainsi qu’une augmentation des garanties des dépôts bancaires en vue d’apaiser les craintes des consommateurs.

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