Hollande appelle à une stratégie de croissance claire pour l’UE

François Hollande et Angela Merkel à Milan © Présidence de la République

L’incertitude sur le futur plan d’investissement serait un des facteurs de doutes des marchés financiers, a déclaré le président français lors du sommet UE-Asie.

La nervosité actuelle des marchés financiers s’explique par les crises internationales et la faiblesse économique de l’Europe, a estimé jeudi François Hollande, soulignant l’urgence d’une stratégie claire pour retrouver la croissance.

Un message notamment adressé à Berlin, où Angela Merkel a demandé que les pays européens poursuivent leurs efforts de réduction des déficits budgétaires et d’amélioration de leur compétitivité pour surmonter la crise de la zone euro.

Pour le président français, qui s’exprimait lors du sommet UE-Asie de Milan, « les faiblesses » constatées en Europe et aux États-Unis tiennent d’abord à « l’instabilité de la situation internationale » liée aux crises en Ukraine, au Moyen-Orient et en Afrique de l’Ouest, touchée l’épidémie de fièvre Ebola.

« Il y a aussi des causes propres à l’Europe », a-t-il ajouté.

Citant la faible croissance, les incertitudes sur le plan d’investissement de 300 milliards d’euros prévu par la Commission et les « plans d’austérité qui s’ajoutent les uns aux autres » comme autant de facteurs de « doutes sur les marchés ».

« Relancer la croissance c’est la meilleure façon de stabiliser les marchés », a-t-il insisté.

Le président du Conseil italien Matteo Renzi lui a donné raison devant la presse, avant l’ouverture du sommet.

« Que faire dans une période pareille ? Se retrousser les manches, travailler encore plus dur et essayer d’investir pour l’avenir », a dit le dirigeant social-démocrate. « En Europe, ou nous nous en sortons tous ensemble ou bien la crise, qui nous rattrape sur les marchés financiers, n’aura aucun vainqueur ».

Perséverer pour assainir les finances publiques, selon Merkel

Plus tôt dans la journée au Bundestag, Angela Merkel avait invité les pays européens à respecter leurs engagements.

« Les premiers fruits que nous recueillons prouvent que dès le début, nous avons choisi la bonne voie », a-t-elle dit, citant l’amélioration de la productivité et des finances de certains pays de la zone euro et la sortie « réussie » de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne des plans d’aide internationale.

« Nous devons persévérer avec détermination dans nos efforts en faveur d’une croissance durable, d’un assainissement des finances publiques et de la création d’emplois ».

Des pays comme la France et l’Italie, qui assure la présidence de l’Union, pressent l’Europe de faire preuve d’une plus grande souplesse en matière de règles budgétaires afin de relancer plus activement la croissance et créer de l’emploi.

Paris est particulièrement sous pression après avoir déposé un projet de budget 2015 qui ne respecte pas la limite des 3% de déficit budgétaire imposé par les règles de la zone euro.

L’entourage de François Hollande minimise le problème, évoquant une « bulle d’émotion » gonflée par les médias. « On n’est pas dans un manquement sérieux aux engagements, il y a un décalage de la trajectoire », souligne un conseiller.

À une semaine du Conseil européen de Bruxelles, qui sera suivie d’un sommet de la zone euro, les marchés financiers ont connu jeudi une journée d’angoisse.

À Paris, la Bourse a finalement limité sa chute à 0,54 % après des heures tendues liée aux inquiétudes sur la vigueur de l’économie mondiale, voire de déflation dans la zone euro.

Spectre du retour de crise

À ces craintes s’ajoute celle d’un possible retour de la crise de la dette souveraine de la zone euro alors que la Grèce semble vouloir mettre fin par anticipation au plan d’aide européen qui lui avait permis de sortir de la crise en 2011.

La Commission européenne a assuré Athènes de son soutien.

La France craint plus que tout des tensions à même de faire grimper les taux, actuellement à des bas historiques qui lui permettent d’emprunter à moindre coût.

« C’est un moment très délicat pour la France. Les marchés sont pour l’instant très gentils mais cela pourrait changer », prévient un diplomate européen.

Cette même source remarque qu’Angela Merkel a été très modérée dans son expression après l’annonce que Paris ne respecterait pas ses engagements, laissant à la Commission, qui changera de visage en novembre, le soin de gérer le dossier.

« On attend que les négociations avec l’Allemagne avancent. Il y a un espoir que Français et Allemands arrivent à un accord à la fin du mois », a-t-il estimé.

Les ministres français de l’Économie et des Finances, Emmanuel Macron et Michel Sapin, seront lundi en Allemagne pour plaider la cause de Paris auprès de leurs homologues, l’idée étant d’afficher un « deal » entre réformes et investissements.

« Au-delà des réformes à accomplir – la France en a présenté plusieurs – il y a une relance que l’Europe doit elle-même organiser », a dit François Hollande à Milan. « C’est la meilleure réponse à la situation des peuples, notamment des jeunes, et c’est aussi une réponse aux incertitudes qui pèsent sur les marchés ».

Le Dialogue Asie-Europe, ou ASEM, est un partenariat informel fondé en 1996 lors du sommet de Bangkok. Il compte aujourd’hui  51 membres : 29 États européens, dont 27 font partie de l’UE, 20 États asiatiques, ainsi que la Commission européenne et le Secrétariat de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Cette instance de consultation et de coopérations n'a pas de pouvoir décisionnel.

Les réunions générales, dont la dernière a eu lieu en 2012 au Laos, permettent aux chefs d’État de discuter en groupe ou de manière bilatérales de sujets variés, tant politiques qu’économiques ou culturels. En plus des rencontres entre chefs d’État, l’ASEM organise des réunions rassemblant les ministres des pays membres pour des sessions plus spécialisées, ainsi que des séminaires et ateliers sur des thématiques précises, comme la sécurité alimentaire ou le nucléaire.

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