Hollande promet l’Europe solidaire pour 2014

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Avec l’union bancaire, le chef de l’Etat saisit l’occasion de parler d’Europe autrement qu’à travers les contraintes budgétaires. Cette vision reste tributaire des oppositions politiques et des rendez-vous électoraux en Allemagne et en Italie.

Le manifeste pro-européen auquel s’est livré François Hollande à l’issue du sommet des 13 et 14 décembre aurait pu résonner comme le chant du désespoir. Après le compromis aussi inattendu que salué sur la supervision bancaire dans la nuit du 13 décembre, les décisions prises par les dirigeants européens sur l’unification politique et économique de la zone euro sonnent creux. 

Mais, pour le Président, chaque sommet depuis son élection a été malgré tout l’occasion d’un petit pas supplémentaire pour affirmer sa vision d’une Europe qui ne se limite pas à l’austérité. Si la notion de contrat de compétitivité et de croissance en est encore au stade des mots, François Hollande peut se prévaloir de cet ajout sémantique. 

« Il y en a assez des procédures de surveillance automatiques »

Cette proposition, qui sera détaillée au mois de juin, devrait envisager des contreparties financières pour les Etats qui consentent librement à mettre en place des réformes structurelles, importantes pour la stabilité de la zone euro. « Il y en a assez des procédures automatiques qui conduisent a mettre un pays sous surveillance », a déclaré le chef de l’Etat lors de sa conférence de presse finale. 

Difficile de savoir quels Etats pourraient aujourd’hui accepter de s’engager par contrat avec Bruxelles sur des réformes économiques d’envergure. Mais Paris a fait front face à Berlin, qui refuse de mettre la main au portefeuille. « Si on arrive à dégager 10, 15, 20 milliards d’euros sur les mécanismes de solidarité c’est bien. Moi je prends tout », a ironisé François Hollande. 

Tout comme pour le pacte de croissance, adopté en juin, encore faut-il que ces mots se transforment en projets concrets et financés.

Sans pression des marchés, la zone euro prend son temps

Mais après le plan de 120 milliards d’euros, la recapitalisation de la Banque européenne d’investissement, et l’accord sur la supervision bancaire, François Hollande semble croire que l’horizon est européen. « L’Europe est sortie de cette période où elle s’interrogeait sur son avenir », a-t-il déclaré. « Prise au dépourvu », elle « n’était pas prête à affronter une crise de cette ampleur et de cette nature ». « Ce conseil a permis de fermer une page et d’en ouvrir une autre », a-t-il ajouté. 

L’accord sur la supervision bancaire est un tremplin tout trouvé pour donner une nouvelle perspective : la crise a fragilisé les Etats comme les populations, mises à contribution pour renflouer les banques, parfois de manière spectaculaire comme en Irlande.

Demain, l’union bancaire permettra de créer une sorte de bouclier contre ce genre d’aléas. Il s’agit « d’éviter que des épargnants puissent être lésés en Europe par des comportements bancaires », a souligné François Hollande.

Les crises financières pourront donc « être résolues sans la contribution des Etats, donc des contribuables ». En déclinant les effets de l’union bancaire, le chef de l’Etat met en relief l’utilité sociale d’un projet en apparence très technocratique et complexe, dont on ne connaît encore que les prémices.

Le social, une friche européenne

La logique consiste à ne pas solliciter les contribuables pour renflouer des établissements en difficulté, mais d’abord les actionnaires qui essuieraient des pertes. Les banques assureraient leur propre survie en puisant dans un fonds national de résolution des faillites qu’elles abondent elles-mêmes. Si celui-ci ne suffit pas, elles pourraient faire appel au fonds d’un autre Etat européen. La mobilisation de l’argent public interviendrait en dernier ressort.

En parallèle, l’épargne des citoyens serait protégée au niveau national, comme au plan européen, puisque la Commission réclame un système de solidarité entre les Etats. 

Ces défis colossaux mettront beaucoup de temps à se mettre en place, pendant que resurgit un autre chantier laissé en friche. « Le social est maintenant sur la table », veut croire François Hollande, pour qui la zone euro, monopole des ministres des FInances, doit également être prise en charge par les ministres du Travail.

Jusqu’alors, le vocable d’Europe sociale a laissé derrière lui plus de désillusions que de réalisations concrètes. Mais les députés européens osent de nouveau s’en emparer en proposant de rééquilibrer l’Union économique en direction des droits sociaux : accès au logement et à la couverture santé indépendamment du revenu, salaires décents, accompagnement des jeunes de moins de 25 ans afin de lutter contre le phénomène des « ni-ni » (ni à l’école, ni sur le marché du travail.)

François Hollande veut s’inscrire dans ces pas. « Je veux que la question des jeunes soit une question européenne. Le chômage des jeunes dépasse 25% en France. Il va au-delà en Espagne. Nous avons tous intérêt à ce que la question de la formation, de la qualification et même de l’éducation, soit traitée à l’échelle européenne », plaide-t-il, sans donner plus de détails sur ses ambitions.

Nouveaux alliés, mais croissance atone

Pour la première fois et de façon aussi marquée, le chef de l’Etat s’est livré à une profession de foi sur l’Europe. « Je plaide pour qu’il y ait pour la zone euro une étape nouvelle qui puisse être franchie ». François Hollande sait qu’il ne peut forcer aucun pays à aller plus loin dans le transfert de souveraineté. Mais il semble lui-même prêt a franchir le cap en encourageant différents cercles de compétences, par le biais des coopérations renforcées. 

S’il repousse le passage à l’acte à 2014 – après les élections italiennes et allemandes -, il dit vouloir aller au-delà des mots, conscient que cette idée des projets à moins de 27, prévue par les traités, a jusqu’à présent été brandie en prélude à l’inaction. 

Dans cette croisade, le Président français ne pourra pas compter sur l’Allemagne. « Des pays ne veulent plus de nouveaux transferts de compétences vers l’UE, j’en ai fait le constat à chaque Conseil européen », a-t-il lâché. Dans une allusion à peine voilée à Berlin, François Hollande a évoqué la « formule » agitée comme un chiffon rouge par les Etats réfractaires : « Je n’ai pas l’autorisation de mon parlement pour aller plus loin. » Berlin doit avoir l’aval du Bundestag pour toute nouvelle compétence dévolue à Bruxelles.

Le chef de l’Etat peut en revanche compter sur l’Espagne et l’Italie, nouvelles alliées dont il a rencontré les dirigeants avant le début du sommet, en plus du traditionnel rendez-vous avec Berlin. Dans une envolée moins crédible, François Hollande a dit compter sur la reprise de l’économie l’année prochaine. « Nous devons être prêts à tirer le meilleur parti de la reprise de la croissance », à laquelle il « croit » pour 2013.

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