Initiative des ministres de l’UE pour garantir l’épargne [FR]

Christine_Lagarde.jpg

Hier 7 octobre, les ministres des Finances de l’UE se sont mis d’accord pour augmenter la garantie minimale pour les dépôts individuels des banques de 20 000 à 50 000 euros afin d’essayer de rassurer les épargnants européens.

Alors que plusieurs Etats membres tenaient à augmenter le palier à 100 000 euros, la ministre française des Finances Christine Lagarde a expliqué qu’une telle décision s’avérerait difficile à assumer pour certains pays plus petits ou plus pauvres comportant des institutions bancaires de taille plus restreinte. Les gouvernements pourraient toutefois outrepasser cette limite minimale. D’ailleurs, des pays comme la Belgique, les Pays-Bas et l’Autriche ont déjà annoncé qu’ils augmenteraient la barre à 100 000 euros.

L’initiative devrait permettre de restaurer quelque peu la confiance dont les marchés financiers européens ont cruellement besoin. Il s’agit de la première véritable mesure coordonnée prise par l’UE pour s’attaquer à la crise financière qui fait rage en Europe depuis la semaine dernière, entraînant une cascade d’opérations de renflouement par les gouvernements.

L’Europe s’est engagée à agir de façon coordonnée dans le cadre de la crise financière. Nous voulons protéger nos citoyens, a insisté Mme Lagarde.

L’égalité des chances

L’Irlande avait été la première à réagir quand son gouvernement avait annoncé unilatéralement un plan de garantie de 400 milliards d’euros pour sauvegarder les dépôts et les dettes de six des plus grandes institutions financières du pays. Cette mesure, qualifiée à l’origine de discriminatoire à l’égard des autres banques européennes par la commissaire européenne à la Concurrence Neelie Kroes, a tout de même été suivie rapidement par l’Allemagne, la Grèce, l’Autriche et le Danemark.

Selon le ministre néerlandais des Finances Wouter Bos, l’augmentation du palier à 100 000 euros a restauré l’égalité des chances entre les banques européennes.

Mais tandis que Mme Kroes a provisoirement approuvé les garanties d’Etat de l’Allemagne et de l’Autriche, qui se limitent aux dépôts des banques de détail, elle a tout de même estimé que les garanties irlandaises accordées à tous les dépôts de détail, commerciaux et interbancaires nécessiteraient quelques ajustements afin de respecter les règles européennes régissant la concurrence.

Elle a en outre annoncé que la Commission publierait prochainement des recommandations permettant une évaluation de la compatibilité des systèmes nationaux de recapitalisation et de garantie avec les aides d’Etat. Elle a signalé qu’il était essentiel que les renflouements d’urgence et le rachat des banques en faillite restent conformes aux règles européennes en matière de concurrence. Si nous abandonnons ces règles, nous sommes perdus, l’égalité des chances ne sera plus garantie, ce sera la jungle, a-t-elle déclaré. 

La promesse de sauver toutes les banques

Les 27 ministres se sont également engagés à sauver de la faillite toute banque suffisamment importante pour entraîner l’effondrement de l’ensemble du système financier européen. Nous ne tolérerons pas un scénario à la Lehman Brothers, a signalé Christine Lagarde. « Nous sommes prêts à assurer la solidité et la stabilité de notre système et à prendre toutes les mesures pour parvenir à cet objectif », a-t-elle ajouté.

Mais malgré les appels de plus en plus pressants à une action européenne spécifique, ce sont encore les solutions nationales qui semblent être privilégiées. Les ministres ne se sont d’ailleurs mis d’accord que sur une série de sept principes communs pour guider leurs actions individuelles. Ces principes engagent les gouvernements à une action opportune et temporaire, à tenir compte des intérêts des actionnaires et des contribuables, à impliquer les gouvernements dans la gestion des banques après l’intervention (notamment vis-à-vis de la rémunération des directeurs) et à éviter les retombées négatives (notamment sur les concurrents). 

Pas de fonds européen de renflouement

Les ministres ne se sont toujours pas accordés sur la nécessité de mettre en place un fond européen de renflouement modelé sur le plan de 700 milliards de dollars approuvé la semaine dernière aux Etats-Unis. Mais l’Espagne est devenue le premier pays européen à suivre l’exemple américain en instaurant un fonds de 30 à 50 milliards d’euros destiné à racheter les avoirs de ses banques afin de rétablir les liquidités.

Les marchés financiers du monde entier ont dégringolé suite à la crise américaine des emprunts hypothécaires à haut risque au début août 2007, forçant les banques centrales à injecter des capitaux considérables afin de maintenir le fonctionnement du système et d’éviter une éventuelle crise des liquidités.

la crise a sérieusement touché l’Europe cette semaine, forçant les gouvernements à sauver d’urgence le géant belgo-néerlandais de la banque et de l’assurance Fortis (EURACTIV 29/09/08), le prêteur allemand Hypo, le prêteur britannique Bradford & Bingley (B&B), la banque franco-belge Dexia ainsi que certaines des principales banques irlandaises (EURACTIV 30/09/08). 

Hier, le Royaume-Uni est devenu le dernier pays en date à être forcé à renflouer massivement l’ensemble de son secteur bancaire. Cette opération, estimée à quelque 35-50 milliards de livres sterling, est intervenue après que les actions de certaines des plus grandes banques ont chuté de 40 %. Le plan, qui devrait être dévoilé aujourd’hui 8 octobre, verra de fait certaines opérations bancaires britanniques nationalisées en partie. 

Inscrivez-vous à notre newsletter

S'inscrire