L’Allemagne s’interroge à son tour sur la relance

Angela Merkel lors d'une réception en 2006 (Credit: [360b]/Shutterstock)

Les grèves se multiplient dans le pays alors que la baisse de 0,2 % du PIB allemand au deuxième trimestre inquiète les économistes.

Pilotes, conducteurs de trains ou encore boulangers… Les grèves se multiplient ces derniers jours en Allemagne. Si les premiers protestent notamment pour leurs conditions de départ à la retraite, les autres veulent négocier la hausse de leurs salaires. Des protestations qui interviennent alors que l’économie allemande présente des signes de ralentissements : après une croissance de 0,7 % au premier trimestre, la baisse de 0,2 % du PIB allemand au deuxième trimestre — annoncée le 14 août — a été confirmée ce lundi.

Cette conjoncture peut-elle être le point de départ d’un changement de ligne dans la politique économique d’Angela Merkel ? En Europe, des voix s’élèvent pour demander un soutien de la croissance européenne par le biais de la politique budgétaire. Certains économistes, des syndicats et des responsables politiques européens appellent aussi à cette hausse des salaires allemands, qui réduirait l’avantage compétitif dont bénéficie Berlin face aux autres pays de la zone euro et soutiendrait la demande en Allemagne et, ainsi, la croissance dans l’ensemble du bloc. Mais pour les spécialistes, un changement de cap semble peu probable à Berlin.

 « Le contexte actuel peut faire évoluer la position économique »

Pour Sabine Le Bayon, économiste spécialiste de l’Allemagne à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), il peut y avoir un léger « assouplissement » de la part de la chancelière allemande.

« Le ralentissement au deuxième trimestre est davantage la contrepartie d’un très bon premier. De plus, les tensions internationales ont sans doute eu un impact et ont joué sur les exportations allemandes », explique Sabine Le Bayon. Si pour la spécialiste, la chancelière ne changera pas de position dans la politique de son pays, le contexte actuel peut toutefois faire « évoluer sa position économique » envers ses partenaires européens.

« L’Allemagne ne peut pas croître sans les autres pays de la zone euro. Elle est très dépendante. Si beaucoup de pays tombent en récession, l’Allemagne n’est pas à l’abri. Elle peut donc décider de plus de souplesse dans sa politique budgétaire pour ses partenaires », dit-elle. En revanche, il ne peut y avoir un changement radical. « Les Allemands ont l’impression d’avoir déjà fait beaucoup de sacrifices », poursuit Sabine Le Bayon. « Ils vont donc garder au maximum une politique budgétaire neutre pour réduire le plus rapidement possible la dette publique », précise-t-elle. Pour d’autres spécialistes, la situation économique risque toutefois de s’aggraver.

« Ça risque de les inciter à avoir une politique encore plus restrictive »

« Les Allemands perçoivent cette baisse comme un accident conjoncturel notamment lié à la crise ukrainienne. Mais ces mauvais résultats vont finir par durer », affirme en revanche Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Économiques et auteur de Made in Germany : Le modèle allemand au-delà des mythes. « Ce qui serait rationnel — quand ils vont se rendre compte que la situation ne s’améliore pas — ce serait alors qu’ils misent sur une relance, en assouplissant leurs positions ». Mais la situation peut aussi prendre une autre tournure.

« Ça peut encore changer, mais la tendance spontanée risque d’être “nous avons des problèmes aussi, donc nous allons serrer la ceinture” », ajoute le spécialiste. Car selon lui, le fait qu’ils soient concernés par un ralentissement « risque de les inciter à avoir une politique encore plus restrictive. Ce qui serait une catastrophe pour l’Europe ».

Les défis économiques et financiers de l’Union européenne ont prouvé que l’État membre le plus peuplé était également le plus puissant.

Les 62 millions d'Allemands ont été invités à se rendre aux urnes le 22 septembre 2013 pour choisir entre la coalition conservatrice au pouvoir actuellement, emmenée par l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel, les sociaux-démocrates ou une nouvelle alliance.

Dans la course aux élections, l'Europe n'était pas à l'ordre du jour. Malgré tout, les analystes estiment que la gestion de la crise de la zone euro par la chancelière a joué un rôle déterminant.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.