L’enquête sur la troïka divise les eurodéputés

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Une visite à Athènes de la délégation parlementaire sur le rôle de la troïka dans la crise a révélé de profondes divisions entre les eurodéputés chargés de l'enquête. Seul point d'accord, le manque de transparence du système tripartite. Un article d’EURACTIV Grèce. 

L'accord est loin d'être total entre les deux eurodéputés en charge de l'enquête parlementaire sur le rôle de la troïka (Banque centrale européen, Fonds monétaire international et Commission européenne) dans la crise de la dette en Europe.

Lors d'un voyage de deux jours à Athènes, l'eurodéputé autrichien Othmar Karas du Parti populaire européen (PPE) et l'eurodéputé français Liêm Hoang Ngoc des Socialistes et Démocrates (S&D) n'ont trouvé qu'un seul point d'accord: l'urgence d'une plus grande transparence et responsabilité démocratique de la troïka.

Lancée en janvier, l'enquête parlementaire vise les méthodes utilisées par la troïka, dans la gestion de la crise au Portugal, en Irlande, en Grèce et à Chypre. 

Le 29 janvier, Othmar Karas a déclaré devant le Parlement grec qu'il avait rencontré Alexis Tsipras, le leader du parti d'opposition Syriza, en décembre à Strasbourg. Selon l'eurodéputé,  le leader Grec aurait gardé le silence lorsqu'on lui a demandé d'apporter des solutions pour sortir son pays de la crise.

« Ce sont des allégations fausses et calomnieuses », a assuré le porte-parole du parti Panos Skourletis. Il accuse, en outre, l'eurodéputé autrichien d'avoir pris parti pour le ministre grec, Antonis Samaras.

L'Autrichien a réitéré ses affirmations sur Alexis Tsipras lors d'une conférence de presse le lendemain. Il a ajouté qu'il n'était pas à Athènes pour se mêler des affaires intérieures du pays. « Je ne suis pas ici pour faire une évaluation du travail de M. Tsipras, » a-t-il indiqué.

Désolidarisation

Les accusations d'Othmar Karas ont fait bondir son homologue socialiste, Liêm Hoang Ngoc. « Ce n'est pas vrai de dire qu'Alexis Tsipras est venu à la réunion sans proposition. Il a soumis un document qui s'appelle "The Greek Rescue Plan," » a indiqué l'eurodéputé en montrant le document à l'auditoire.

« C'est un texte digne d’intérêt, dont nous allons utiliser certaines parties pour la première version de notre rapport », a-t-il poursuivi.

« M. Karas n'a peut-être pas eu le courage de revenir sur ses propos lors de cette réunion…Mais il doit faire ses excuses publiquement, » a réclamé Syrisa dans un communiqué.

Une enquête bien tardive ?

Autre sujet de désaccords entre les deux élus européens, le moment de lancement de l'enquête parlementaire. « Ce rapport arrive trop tard. Personnellement, mon groupe avait demandé un rapport très tôt, dès le début de la crise, » a tranché Liêm Hoang Ngoc.

Un retard que l'élu français attribue aux réticences du PPE au début de la crise. « Mais lors de la conférence des présidents de groupe, le PPE n'était pas en faveur d'une enquête de la commission et nous avons dû négocier ce rapport pendant des années. Malheureusement, ce rapport tombe juste avant les élections européennes, » s'est indigné l'eurodéputé socialiste.

Un raisonnement démenti par l'eurodéputé conservateur. « Je suis venu pour la première fois à Athènes les 21 et 22 mars 2011. Le Parlement européen a lancé la procédure pour le rapport d'évaluation et l'enquête de la commission pour dresser une analyse des causes de la crise économique et sociale. Nous avons proposé de soumettre deux rapports relatifs aux mesures et initiatives qui ont été prises. Donc, nous ne sommes pas arrivés trop tard, » a assuré Othmar Karas.

L'avenir de la troïka sur la sellette

L'eurodéputé français a durement critiqué la troïka et a insisté sur le fait qu'il n'existe pas de « base juridique » qui justifierait son existence.

« Les États membres ont dû prendre des décisions le pistolet sur la tempe, » a-t-il poursuivi. Selon lui, la BCE a fait fausse route quand elle a refusé de restructurer la dette de la Grèce dès le début de la crise.

Ensuite, l'eurodéputé socialiste s'en est pris ouvertement à la Commission pour avoir proposé un assainissement budgétaire aussi strict.

« Le temps de la troïka est révolu. La troïka doit être dissoute et remplacée par un mécanisme contrôlé démocratiquement, » a-t-il insisté.

Othmar Karas, dans un ton plus modéré, a souhaité que la troïka achève ses programmes.

« La troïka ne prend pas fin aujourd'hui. Son modèle est mort. Néanmoins, elle doit achever ses programmes ».

Quatre ans après le début de la crise de la dette en Europe, la commission des affaires économiques et financières du Parlement européen a ouvert une enquête sur le rôle de la troïka. Cette dernière regroupe la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) et a été mise en place pour faire face à la crise de la dette.

L'enquête lancée par le Parlement vise à faire toute la lumière sur la gestion de la crise par la troïka. Elle a également pour objectif de renforcer sa légitimité démocratique et la prise de participation du Parlement européen dans ses activités.

>> Lire : Le Parlement européen démonte l'action de la troïka

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