Le 13 mai, les minitres des Finances de la zone euro ont lourdement critiqué la pratique consistant à accorder des primes et des indemnités de licenciement considérables aux hauts responsables d’entreprises alors que les Européens ordinaires sont appelés à ne demander que de modestes augmentations salariales.
Le Premier ministre luxembourgeois Jean Claude Juncker, qui a présidé la réunion ministérielle, a déclaré qu’il est scandaleux et qu’il n’est plus acceptable de rencontrer des situations où certains cadres supérieurs bénéficient de rémunérations excessives et également de parachutes dorés, de salaires qui n’ont aucun lien avec leur niveau de performance.
Il a déclaré que le groupe avait décidé de continuer « à examiner les moyens qu’il peut y avoir sur le plan fiscal et sur le plan déontologique pour lutter contre ces excès-là ».
La Commission a pour la première fois commencé à examiner les rémunérations excessives des dirigeants d’entreprises il y a quatre ans, mais jusqu’à présent, seuls quelques pays avaient pris des mesures.
Les Pays-Bas ont ouvert la voie en réduisant les soi-disant « parachutes dorés », la législation étant préparée à imposer de telles dépenses à un taux de 30% pour les personnes ayant des salaires annuels de plus d’un demi million d’euros, les primes étant supérieures au salaire.
En France, l’année dernière, les législateurs ont fixé un plafond d’un million d’euros dans le cadre duquel les parachutes dorés sont déductibles d’impôts pour les entreprises et ont également resserré les règles sur les stock-options.
La ministre française des Finances Christine Lagarde a déclaré que le vrai problème concerne les conditions opaques dans lesquelles les rémunérations sont attribuées aux dirigeants d’entreprises.
Elle a déclaré que l’Eurogroupe souhaite rendre ces questions plus transparentes de façon à ce que les acteurs prennent leurs responsabilités.
Les ministres ont reçu le soutien inattendu du président allemand Köhler, qui a critiqué l’irresponsabilité des banquiers et les rémunérations étrangement élevées. Il a déclaré à l’hebdomadaire allemand Der Stern que les marchés financiers sont devenus des monstres qui doivent être maîtrisés.
Ses remarques sont arrivées par surprise, puisque M. Köhler, qui a précédemment occupé la fonction d’observateur en chef des finances mondiales en tant que directeur du Fonds monétaire international (FMI), avait, par conséquent, été critiqué par les partis de la gauche pour ses positions néolibérales.
Toute tentative visant à réduire les salaires et les primes accordées aux PDG risquent de rencontrer une forte résistance de la part de pays de l’UE comme le Royaume-Uni, dans la mesure où l’initiative pourrait menacer la position de Londres en tant que cœur de l’industrie financière en Europe.
Les ministres des finances de la zone euro, qui ont été rejoints par leurs collègues des autres Etats membres de l’UE le 14 mai, ont également abordé la question des déficits croissants dans plusieurs Etats membres, qui menacent l’objectif de l’Union d’équilibre du budget. D’après les ministres dans l’accord de Berlin d’avril 2007, ceci devrait être réalisé au plus tard d’ici 2010.
L’Italie, le Portugal et la France sont actuellement les pays dont les situations sont les plus préoccupantes, d’après un récent rapport de la Commission, qui a annoncé hier (14 mai) qu’elle enverra un avertissement formel à Paris concernant la détérioration de ses finances le 2 juin.
D’après les prévisions de la Commission, le déficit public de la France devrait s’élever à 2,9% cette année et atteindre 3% en 2009, soit le maximum autorisé conformément aux dispositions du pacte de stabilité de l’UE (EURACTIV 29/04/08). La France a critiqué les prévisions de la Commission, les jugeant trop pessimistes.
L’avertissement serait particulièrement embarrassant pour la France dans la mesure où elle reprend la présidence de l’UE en juillet prochain.

