L’obésité des banques européennes entraverait la croissance

(Credit: [Capricorn Studio/Shutterstock])

Le Comité européen du risque systémique pointe du doigt le poids du secteur bancaire européen. Trop nombreuses, trop influentes et trop déséquilibrées, les banques européennes pénaliseraient la croissance.

Émanation de la Banque centrale européenne qui le dirige, le Comité européen du risque systémique (CERS), crée en 2010, ne peut pas être soupçonné de gauchisme.

Le groupe estime pourtant dans un rapport intitulé « Y a-t-il trop de banques en Europe ? », que l’économie européenne souffre d’un secteur bancaire sérieusement hypertrophié. Les banques « too big to fail » ont exacérbé la crise financière, et les dirigeants européens se sont pourtant attaqué au sujet depuis 2008 en mettant en place une série de mesure dans le cadre de l’Union bancaire. Qui ne sont pas encore effectives, selon le rapport.

Secteur bancaire trop influent

Les auteurs du  rapport du CERS ne prennent pas de pincettes pour expliquer que les banques européennes frôlent l’obésité, ce qui contribue à augmenter les risques systémiques. De plus petites structures, plus sectorisées, diminueraient au contraire le risque posé par les institutions financières à l’économie.

Saturé, le secteur bancaire de l’UE est trop influent selon eux. Alors que les banques américaines détenaient 12.400 milliards de dollars d’actifs en 2012, les vingt plus grandes banques européennes en détenaient presque deux fois plus (soit 23.700 milliards de dollars d’actifs).

De plus les banques européennes étendent leurs compétences aux secteurs non financiers, comme l’immobilier,  ce qui accroît leur poids. Les auteurs parlent à ce sujet de banques universelles. Il s’agit d’établissements capables de gérer une pluralité de services financiers. Largement présentes en Europe, elles fragilisent le secteur. Les banques universelles se développent notamment grâce à un accès privilégié au financement de la BCE. Mais ces structures « exacerbent le lien entre un choc de prix des actifs, l’offre de crédit et l’activité économique réelle » soulignent les universitaires auteurs du rapport.

Une autre caractéristique de la saturation bancaire européenne est la création excessive de crédits. Les banques européennes y recourent trop facilement, et sans suffisamment de garanties; elles prêtent trop par rapport à leurs propres réserves

Mauvaise allocation des ressources financières et humaines

La taille des banques européennes leur empêcherait même, selon le rapport de contribuer à la croissance économique ; au contraire, leur impact serait proche de zéro, voire négatif, en raison de la mauvaise orientation des investissements induit par l’hypertrophie des banques. L’investissement excessif dans l’immobilier pénalise le reste de l’économie. De même, la forte rentabilité des banques leur permet d’offrir les meilleurs salaires, ce qui détourne les talents potentiels d’autres secteurs de l’économie.

Les auteurs du rapport estiment que la saturation du secteur bancaire est propre à l’Europe, ce qui s’expliquerait par le comportement des gouvernements européens. En effet, les banques européennes savent que les politiques peuvent potentiellement les renflouer. Surtout lorsqu’il s’agit de renflouer des banques nationales pour les sauver de la banqueroute.

>> Lire aussi : Le sauvetage des banques pose problème aux institutions européennes

Contrôler la taille des banques

Pour limiter la création excessive de crédits par les banques européennes, les auteurs du rapport proposent de revoir à la baisse les avantages fiscaux accordés à certaines banques.

 « Cette politique devrait inciter les banques à se désendetter, en raison de la recapitalisation qu’elle implique» détaille le rapport.

Les auteurs du rapport invitent aussi les décideurs européens à contrôler la taille des banques, en mettant en place une politique de la concurrence plus stricte. Mais, ils vont plus loin, et appellent les autorités à exiger des banques d’avoir des fonds propres bien plus élevés qu’à l’heure actuelle.

La solution de la séparation des activités de banques d’investissement et de banques de détail, souvent avancée après la crise financière pour limiter les risques, est loin d’avoir été appliquée en Europe. En France, la loi bancaire de 2013 a limité la séparation des activités à leur plus simple expression.

L'UE a mis en place après la crise financière un certain nombre d'outils pour superviser les banques d'une part, et limiter la spéculation d'autre part.

Cette série de mesures s'inscrit dans ce qu'on appelle l'Union bancaire, destinée à surveillé les 130 plus grosses banques européennes. Elles ont été définitivement adoptées en mai 2014.

Le projet était notamment de casser le lien pernicieux entre la crise bancaire et la crise de la dette souveraine, puisque les dirigeants européens ont été contraints de sauver des banques "too big to fail", trop grosses pour faire faillite. Les Etats belges et français ont ainsi mis des milliards d'euros dans la banque Dexia. 

Comité européen du risque systémique

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