L’OCDE plaide pour moins de rigueur budgétaire en zone euro

[European People's Party/Flickr]

Jyrki Katainen and Pierre Moscovici presented their forecast for the European economy on Tuesday. [European People's Party/Flickr]

Dans ses perspectives économique, l’OCDE  donne raison aux États membres partisans d’un assouplissement de la politique budgétaire, France et Italie en tête, alors que la Commission européenne doit rendre son arbitrage sur les projets de budget le 28 novembre. 

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)  a apporté un soutien inespéré à la France et à l’Italie, a quelques jours de l’arbitrage de la Commission européenne sur les budgets des États membres, prévu pour le 28 novembre.

Dans ses perspectives économiques mondiales (PEM), présentées le 25 novembre, l’organisation internationale a dressé un constat sévère des effets des politiques d’austérité sur la croissance au sein de la zone euro. Et tire la sonnette d’alarme sur les limites de l’austérité alors que la reprise se fait attendre dans la zone euro.

Consolidation budgétaire pointée du doigt

« Les pays de la zone euro devraient, dans le cadre des règles budgétaires européennes, ralentir l’assainissement budgétaire structurel par rapport à leurs plans antérieurs afin d’atténuer l’effet de freinage exercé sur la croissance » a indiqué l’OCDE, appelant à  « exploiter » les  marges de manœuvre disponible pour y parvenir.

Avec le Japon, la zone euro est pointée du doigt comme « le point d’inquiétude » de l’économie mondiale par l’OCDE, a déclaré Angel Gurría, le secrétaire général de l’OCDE.

Avec une croissance du PIB estimée à 1,1 % en 2015 puis 1,7 % en 2016, la zone euro reste en effet  largement en dessous des prévisions établies pour l’ensemble des pays de l’OCDE, dont la croissance est attendue en hausse de 2,3 % en 2015 et 2,6 % en 2016.

Les prévisions de croissance de l’économie française sont quant à elle inférieures aux précédentes estimations. L’OCDE table ainsi sur une hausse de 0,8 % du PIB français en 2015, contre 0,9 % précédemment et 1 % selon les estimations du gouvernement. L’économie française devrait ensuite croître de 1,5 % en 2016.

Révision des règles budgétaires

Au –delà de l’appel à davantage de flexibilité dans l’application des règles budgétaire de l’UE, c’est  le cadre même de ces règles que l’OCDE critique dans ses perspectives. « Le débat actuel sur les règles budgétaires européennes et l’incertitude concernant leur application laisse à penser qu’il serait judicieux de réviser ce cadre ». souligne l’organisation.

Sur la situation de la France et de l’Italie, dont les projets de budgets 2015 sortent des clous balisés par le pacte de stabilité et de croissance malgré des efforts accrus en matière de réduction de déficits publics, l’OCDE se positionne également en faveur d’un relâchement des objectifs européens.  

« La révision à la baisse, par rapport aux précédents engagements, du rythme de l’ajustement budgétaire structurel proposée par la France et l’Italie dans leur plan budgétaire 2015 semble justifiée »souligne l’OCDE.

Bonne nouvelle pour la France

Une bonne nouvelle pour la France. « L’OCDE vient de confirmer notre position (…) Pour retrouver la croissance, nous avons besoin certes de continuer à diminuer nos déficits, mais de le faire à un rythme qui soit compatible avec cette croissance nécessaire », a expliqué à l’AFP le ministre des Finances, Michel Sapin.

Ce n’est pas la première fois que la priorité donnée à la réduction des déficits publics en Europe soulève les critiques au niveau international. En 2013, le Fonds monétaire international avait déjà  appelé à un ralentissement du rythme de l’assainissement budgétaire, notamment en France, avertissant sur les effets néfastes sur la reprise.

Décision repoussée

La publication de l’analyse de l’OCDE tombe à pic pour les États membres en délicatesse avec leurs engagements de réduction des déficits publics. En effet,  la Commission européenne doit rendre ses avis définitifs sur les projets de budget 2015 le 28 novembre.

La France, après avoir obtenu un nouveau délai pour ramener son déficit public sous la barre des 3 % en 2015, reste loin de son engagement, avec une prévision de déficit de 4,3 % du PIB. Et un retour sous la barre des 3 % prévu en 2017.

Le dérapage français a d’ailleurs échauffé les esprits à Bruxelles, notamment du côté du commissaire allemand à l’économie numérique, Günter Oettinger, qui avait appelé dans une tribune  la Commission à adopter une position ferme face à Paris.  

« La Commission européenne perdrait toute crédibilité si elle prolongeait une troisième fois le délai accordé à Paris pour ramener son déficit public dans les clous sans exiger de contreparties très concrètes » avait-il affirmé, provoquant la colère des socialistes français et d’une partie du collège des commissaires.

Le verdict très attendu de Bruxelles devrait toutefois faire le choix – temporaire – du statu quo sur la question de la France. La Commission a en effet décidé de ne pas ouvrir immédiatement de procédure de sanctions contre Paris, choisissant de reporter ces décisions au printemps, après l’exécution définitive du budget 2014 et l’adoption définitive du projet 2015, toujours en cours d’examen. 

Le déficit de la France est en train de devenir le problème numéro un de la zone euro. Alors que plusieurs pays se sont serrés la ceinture en supprimant des postes de fonctionnaires à la pelle et en réduisant les salaires, la France n'a rien fait de tout ça. Et continue d'afficher un déficit public très élevé, d'autant que l'absence de croissance pénalise les recettes fiscales.

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