Hier 30 septembre, la Commission européenne a fermement condamné la Chambre américaine des représentants pour avoir rejeté un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars. L’UE a appelé Washington à assumer ses responsabilités dans le cadre de la crise financière internationale qui s’était initiée aux Etats-Unis. Pendant ce temps, les appels à une approche européenne coordonnée à la crise se font de plus en plus insistants.
Le porte-parole de la Commission Johannes Laitenberger a qualifié le vote de décevant. Il a en outre mis l’accent sur le fait que les Etats-Unis ont une responsabilité spéciale dans la crise mondiale car c’est là-bas qu’elle a commencé, selon lui.
Ces dernières semaines en effet, la faillite de plusieurs institutions financières américaines majeures, parmi lesquelles Lehman Brothers (EURACTIV 15/09/08), Washington Mutual et American International Group (AIG), a secoué les marchés financiers européens, entraînant la mise sur pied d’une série de mesures de sauvetage cette semaine.
Pour l’instant, l’Europe a répondu au niveau national par rapport au sort d’institutions financières nationales comme Hypo Real Estate en Allemagne et B&B au Royaume-Uni. En ce qui concerne les groupes ayant une forte présence transfrontalière, une approche transnationale a été privilégiée. C’est ce qui s’est passé ce week-end avec la Fortis (EURACTIV 29/09/08) et Dexia. Cette dernière a bénéficié hier d’une injection de 6,4 milliards d’euros de la part des gouvernements belge, français et luxembourgeois.
En réponse aux critiques sur le fait que l’EU ne dispose pas des instruments nécessaires pour répondre à la crise de manière rapide et coordonnée, la Commission a insisté sur les exemples susmentionnés, qui fournissent la preuve de la capacité des autorités européennes à réponse efficacement à la crise.
Néanmoins, il y a pas encore d’approche européenne véritablement globale pour répondre à la faillite généralisée du système bancaire. Si la crise s’aggrave, il se pourrait que d’autres banques transnationales importantes aient besoin d’un sauvetage. Pour l’instant, il n’existe aucun accord définissant les sources de financement des opérations de renflouement lors d’une telle crise, et il n’est de loin pas certain que les gouvernements européens soient en position de sauver tout le monde.
Sans une approche européenne coordonnée définie à l’avance, beaucoup craignent qu’une crise similaire à celle qui a éclaté aux Etats-Unis à la suite du refus du gouvernement de renflouer Lehman Brothers n’éclate en Europe et qu’on laisse une « nouvelle Fortis » faire faillite.
Le président français Nicolas Sarkozy, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, a appelé à ce que la question soit traitée lors d’une rencontre qui devrait avoir lieu à Paris avant la fin de la semaine. Cette rencontre réunira les dirigeants européens des pays du G8 (l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni), le président de la Commission José Manuel Barroso, le président de l’eurogroupe Jean-Claude Juncker ainsi que le président de la Banque centrale européenne (BCE). La rencontre devrait précéder une conférence spéciale du G8 sur la crise qui se tiendra cet automne, comme l’a demandé Nicolas Sarkozy. Dans tous les cas, les dirigeants européens se rencontreront à Bruxelles les 16 et 17 octobre dans le cadre du Conseil de l’Europe prévu alors que les ministres européens des Finances participeront la semaine prochaine au Luxembourg aux rencontres mensuelles de l’Eurogroupe et d’ECOFIN.
M. Barroso a confirmé le besoin d’une réponse européenne structurée à la crise, mais les détails manquent toujours. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui (1er octobre), la Commission va aller de l’avant dans le plan prévu depuis longue date pour renforcer les règles en matière de besoin de capitaux des banques. L’objectif principal est de garantir que les banques disposent d’un capital suffisant pour couvrir les futures opérations à risque, en particulier à la lumière de la crise actuelle. Par la suite, certainement en novembre, la Commission proposera également des règles plus strictes pour les agences de notation du crédit, qui sont considérées comme étant parmi les principales responsables de la crise (EURACTIV 31/07/08).
Les banques européennes ont également réitéré leur appel à une approche de surveillance coordonnée, qui a constitué la question principale traitée lors de la dernière réunion informelle d’ECOFIN à Nice. Toutefois, aucun accord n’est encore en vue (EURACTIV 15/09/08). Les assureurs européens ont repris ces commentaires, appelant à une supervision de groupe dans le secteur des assurances (EURACTIV 17/09/08). Les socialistes appellent à renforcer le rôle de la BCE pour qu’elle devienne un organe de surveillance européen commun.
Entre-temps, l’inflation dans l’eurozone a chuté pour le deuxième mois consécutif, atteignant 3,6 % selon les estimations d’Eurostat. Ce pourcentage confirme les espoirs qu’un pic avait été atteint en juillet quand l’inflation s’est montée à 4 %. Néanmoins, de nombreuses craintes s’élèvent par rapport à l’injection de crédit additionnel considérable dans le marché, décidée lundi par la BCE, et qui pourrait avoir un effet inflationniste en octobre.
Réactions
« Les Etats-Unis doivent prendre leurs responsabilités, montrer leur sens de l'Etat, dans leur propre intérêt et celui du monde », a affirmé Johannes Laitenberger, porte-parole de la Commission, en réaction au vote de la Chambre des représentants. La Commission espère qu’une décision va être prise bientôt, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, estimant que les Etats-Unis doivent prendre leurs responsabilités.
L’eurodéputée socialiste française Pervenche Bérès, présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, a souligné qu’il faut que l’UE mette en place un mécanisme politique afin de contrôler ses marchés financiers, citant la BCE.
Selon elle, il faut renforcer le rôle de supervision de la Banque centrale européenne. On ne peut pas donner à la BCE le rôle de prêteur de dernier recours tout en refusant de lui fournir un aperçu global des comptes des banques, a-t-elle indiqué.
Nous ne serons entendus que si nous avons une approche européenne intégrée, basée sur le modèle de la Banque centrale européenne et représentant les intérêts de l’eurozone, a-t-elle déclaré, avant d’ajouter que cela permettrait à l’UE de discuter d’égal à égal avec les Etats-Unis.
La Fédération bancaire de l’Union européenne (FBE) a en outre demandé la mise en place urgente d’une approche de surveillance coordonnée tout en saluant la rapidité de la réponse transfrontalière jusqu’à aujourd’hui. Par rapport à la gestion de la crise, les résolutions rapides prises récemment par trois Etats membres alors qu’une pression intense pesait sur un groupe financier transfrontalier d’importance constituent une démonstration encourageante de la possibilité d’une intervention résolue, indique une déclaration de la FBE, en référence au plan de sauvetage de la Fortis adopté par la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg.
La FBE s’est également efforcée de rassurer les épargnants européens, soulignant que les dépôts des petits épargnants sont généralement assurés. Dans tous les Etats membres, ces dépôts sont couverts par un système national de garantie des dépôts qui fait partie intégrante d’un filet de sécurité, a indiqué la FBE.
Michaela Koller, directrice générale de la CEA, la fédération européenne des assurances et des réassurances, a déclaré qu’il était évidemment encore trop tôt pour tirer des leçons définitives des problèmes actuels des marchés financiers mondiaux, mais il est clair qu’une approche fragmentaire de supervision des grands groupes financiers ne fonctionne pas. Les régimes de régulation et de supervision doivent selon elle refléter la gestion du risque et du capital des entités supervisées. Le futur régime de régulation Solvabilité II doit être capable d'identifier les positions consolidées des groupes d'assurance, a-t-elle estimé : dans ce contexte, les superviseurs doivent pouvoir coopérer. S’il s'agit d'encourager les assureurs européens à se développer au niveau international, les approches européennes de régulation et de supervision ne peuvent pas être à la traîne, a-t-elle déclaré.
L’Allemagne, dont le système bancaire est considéré comme l’un des plus sûrs du monde, semble déterminée à s’opposer à toute solution européenne globale. La porte-parole du ministère fédéral des Finances a d’ailleurs signalé hier que s’il est clair que tous les pays européens touchés par la crise doivent communiquer entre eux, il ne fait toutefois aucun doute pour le moment que ce sont les gouvernements nationaux individuels qui sont les plus aptes à trouver la solution correcte.
Wolfgang Münchau, commentateur au FT, a écrit dans une analyse de la situation actuelle que le plan de renflouement américain n’est pas parfait, notamment parce qu’il se serait adressé à toutes les banques, indépendamment du fait que leur bilan renferme ou non des actifs à risque. Il y aurait donc eu à son avis un risque d’explosion de la dette. Selon M. Münchau, les Américains ont certes besoin d’un meilleur plan de sauvetage, mais les Européens nécessitent bien plus, à savoir un système qui permette en premier lieu de produire un plan de sauvetage.
Contexte
Lundi 29 septembre, la Chambre américaine des représentants a voté contre le paquet financier de sauvetage de 700 milliards de dollars défendu par la Maison blanche, ce qui constitue une surprise pour certains. Appuyé par les deux candidats présidentiels, le paquet était destiné à soutenir le secteur financier américain tendu et à éviter la faillite de l’ensemble du système bancaire.
L’initiative a récolté 228 contre et seulement 205 pour. C’est surtout le Parti républicain qui s’y est opposé, craignant que la mesure ne modifie les fondements du capitalisme américain. Mais de nombreux démocrates ont également voté contre cette initiative, que de nombreux observateurs considèrent comme un sacrifice injuste des petits épargnants à l’égard des riches et avides patrons de Wall Street. La proximité des élections présidentielles du 4 novembre a sans doute aussi joué un rôle essentiel dans la décision de la Chambre.
Alors que l’Europe avait déjà goûté à la crise importée des Etats-Unis l’an dernier avec le sauvetage du prêteur hypothécaire britannique Northern Rock (EURACTIV 10/10/07), le gros de la crise était toutefois resté confiné au Royaume-Uni et aucun groupe continental important n’avait été touché. Mais la crise a lourdement frappé à la porte de l’Europe cette semaine, forçant les autorités européennes et nationales à sauver d’urgence le géant belgo-néerlandais de la banque et de l’assurance Fortis (EURACTIV 29/09/08), le prêteur allemand Hypo, le prêteur britannique Bradford & Bingley (B&B), la banque franco-belge Dexia ainsi que les principales banques irlandaises (EURACTIV 30/09/08).
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