Hier 4 novembre, les ministres européens des Finances n’ont pas donné leur aval à des mesures importantes pour répondre à la récession. Des positions divergentes ont fait surface au sujet de la gouvernance économique internationale lors de leur rencontre à Bruxelles, qui a été marquée par des divisions internes.
A la suite des prévisions moroses, dont une crise prolongée des crédits et une chute attendue de la consommation et de l’investissement, les ministres n’ont donné leur aval à aucune action concrète au niveau européen, préférant en effet adopter une approche attentiste.
La ministre française des Finances Christine Lagarde, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, a résumé les résultats de la rencontre en déclarant qu’une intervention directe avait été reportée.
La semaine dernière, la Commission européenne a présenté aux ministres un plan d’action visant à éviter la récession. Cette mesure est fondée sur une injection d’argent dans l’économie européenne sans passer par les banques commerciales, dont les activités de prêt restent bloquées en raison des craintes de non-paiement, malgré les récentes opérations de refinancement public se chiffrant à 280 milliards d’euros en Europe (EURACTIV 30/10/08). L’exécutif européen a laissé entendre que l’augmentation des fonds propres de la Banque européenne d’investissement (le bras financier de l’UE) permettrait aux entreprises européennes de toucher directement des crédits additionnels.
Les ministres ont simplement pris note du plan. Mme Lagarde a laissé entendre que la Banque européenne d’investissement (BEI) pourrait s’impliquer plus dans des projets clé tels que le développement de voitures propres. Elle s’est toutefois abstenue de mentionner une quelconque ressource complémentaire pour la banque. En outre, les participants n’ont pas retenu la solution consistant à diminuer les impôts, autre mesure possible pour stimuler la consommation. Nous connaissons les limites de la politique fiscale. Nous avons eu dans le passé des résultats non souhaités et nous les gardons en mémoire, a relevé le commissaire à l’Economie et aux finances Joaquin Almunia.
Mme Lagarde a tenu à donner à la Banque centrale européenne la responsabilité d’agir. « La réduction des pressions inflationnistes nous laisse espérer une modification dans les jours qui viennent en matière de taux d’intérêt », a-t-elle déclaré, faisant référence à la prochaine réunion du conseil d’administration de la BCE le 6 novembre. La banque devrait alors réduire ses taux directeurs suite au nouvel abaissement consenti la semaine dernière par la Réserve fédérale.
Divisions européennes avant le G20 à Washington
Un document français (EURACTIV 03/11/08), censé poser le fondement d’une position européenne commune avant la réunion du G20 le 15 novembre à Washington, est complété par d’autres documents et par des suggestions de la part de divers Etats membres, ouvrant la voie à une révision incertaine du texte.
L’engagement initial d’encourager une réponse coordonnée au niveau international face aux défis macroéconomiques à venir a été abandonné, de nombreux Etats membres craignant une tentative dangereuse et exagérément ambitieuse de mettre en place une gouvernance internationale de l’économie.
La question de la présence espagnole à la réunion du G20 reste ouverte. Madrid souhaite prendre part aux négociations. Le commissaire espagnol Almunia a d’ailleurs appelé à une représentation convenable de l’Europe dans la nouvelle architecture de la gouvernance économique mondiale. Cependant, Mme Lagarde a rappelé que la composition du G20 avait déjà été décidée, excluant ainsi une représentation espagnole directe.
Les divergences quant aux objectifs internationaux se reflètent dans les conflits par rapport à la gouvernance économique de l’UE. Le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker a clairement rejeté l’idée de transformer les réunions mensuelles des ministres des Finances de la zone euro en une sorte d’exécutif économique dirigé par les chefs d’Etat et de gouvernement. « Je pense qu’il serait peu utile d’institutionnaliser un Eurogroupe au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement », a-t-il affirmé. Il a toutefois estimé que ce ne serait pas une mauvaise idée de réunir les dirigeants de l’Eurogroupe si nécessaire, minimisant ainsi les suggestions formulées par le président français Nicolas Sarkozy.

