L’UE observe de loin le vote irlandais

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L’Irlande est le seul pays à organiser un vote populaire sur le nouveau traité budgétaire de l’UE. Le vote a lieu aujourd’hui (31 mai) et les sondages donnent le « oui » gagnant, une victoire qui devrait calmer certaines inquiétudes quant aux perspectives de financement du pays. Mais contrairement à la ratification du traité de Lisbonne, cette fois-ci, le vote irlandais aura peu de conséquences pour l’Union européenne.

Ce référendum sera le troisième vote populaire sur l'Europe en quatre ans dans le pays. L'Irlande est donc à nouveau sous le feu des projecteurs après être sortie presque indemne de la crise de la dette dans la zone euro, en respectant scrupuleusement les conditions du programme de renflouement de 85 milliards d'euros de l'UE et du FMI.

Le pacte budgétaire ne devra être ratifié que par 12 des 17 pays de la zone euro pour entrer en vigueur. Le vote des Irlandais ne devrait donc pas mettre en péril ce nouveau traité intergouvernemental (voir « Contexte »). Le refus de la population irlandaise serait toutefois un coup dur pour cette initiative clé de l'Europe, alors que la situation ne fait que s'aggraver en Espagne et en Grèce.

En Irlande, les débats se sont surtout concentrés sur une clause du traité qui stipule que seuls les pays qui le ratifieront pourront bénéficier d'un éventuel renflouement européen.

La campagne du « oui » menée par le gouvernement a mis l'accent sur les salaires impayés, les distributeurs d'argent vides et la fin soudaine des investissements de capitaux étrangers, des problèmes qui pourraient résulter du rejet du texte.

Les partisans du « non », dirigés par le parti Sinn Fein et quelques syndicats, affirment quant à eux que l'Europe n'oserait pas couper les vivres à l'Irlande dans le cas probable où elle aurait besoin d'une aide financière supplémentaire à la fin du programme actuel l'an prochain.

Jeudi, les coûts d'emprunt à deux ans de l'Irlande ont cependant dépassé les rendements obligataires à 10 ans pour la première fois depuis le mois de janvier, dans la mesure où les investisseurs craignent que le rejet du traité ne menace son accès aux financements.

« Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du pays », a déclaré à Reuters Maire Geoghegan-Quinn, la commissaire européenne chargée de la recherche et des sciences qui est également la principale représentante de l'Irlande à Bruxelles.

« C'est probablement le référendum le plus important que nous n'ayons jamais vécu dans notre pays. Il s'agit de faire en sorte que notre industrie puisse se fonder sur des certitudes. Le « oui », c'est la certitude,  le « non », c'est le no man's land. »

Taux de participation

Tous les sondages réalisés depuis l'annonce du référendum en février dernier indiquent que le texte sera approuvé avec 60 % des voix si l'on exclut les indécis. Le référendum ne se serait donc pas transformé en un vote contre des politiques d'austérité impopulaires.

Toutefois, avec jusqu'à 20 % d'indécis selon certains sondages et un taux de chômage qui stagne à 14 %, le gouvernement s'est gardé de tout triomphalisme, n'excluant pas le risque d'un vote-sanction.

Comme ce fut souvent le cas lors des précédents référendums européens, le résultat pourrait dépendre du taux de participation.

L'Irlande a rejeté des traités européens à deux reprises au cours des 11 dernières années, mais elle est toujours revenue sur sa décision lors des scrutins suivants qui ont à chaque fois enregistré un taux de participation plus important.

Les sondages d'opinion disponibles ne donnent aucune indication fiable quant au taux potentiel de participation.

Le traité européen de Nice avait été rejeté en 2001 avec 35 % de participation, avant d'être approuvé l'année suivante avec une participation de 49 % de la population.

Le traité de Lisbonne avait lui aussi été rejeté avec un taux de participation de 53 % en 2008, puis approuvé l'année suivante avec un taux de 59 %.

« Il est difficile de déterminer à quel pourcentage le « non » prend le dessus, mais pour obtenir un « oui », il est clairement préférable d'avoir un taux de participation minimum de 50 % », a expliqué Theresa Reidy, professeur de sciences politiques à l'université de Cork.

Jeudi, le parti Fine Gael du premier ministre, Enda Kenny, a exhorté ses membres à contacter amis, collègues de travail et membres de la famille pour leur demander de voter en faveur du traité.

« On dirait bien que ça va passer, mais il faut que le taux de participation soit élevé. S'il chute, ce sera un signal d'alarme pour les partisans du « oui » », a ajouté Mme Reidy.

 

Tous les Etats membres de l'UE sauf deux ont signé un pacte visant à renforcer la discipline budgétaire au sein de l'UE le 2 mars dernier. L'Allemagne est à l'origine de ce traité. Elle souhaitait en effet empêcher que des dépenses inconsidérées ne déclenchent une nouvelle crise.

 

Seules la Grande-Bretagne et la République tchèque n'ont pas signé le nouveau traité dans le cadre duquel tous les autres pays de l'Union des Vingt-Sept devront inscrire une règle d'or sur l'équilibre budgétaire dans leur constitution nationale ou équivalent. Ils ont également accepté de se plier à des mécanismes de stabilisation automatique en cas de non-respect des règles.

 

Lire le LinksDossier d'EURACTIV : Nouveau traité européen : vers une Union à plusieurs vitesses

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