L’Europe pourrait envisager de céder son siège permanent au Fonds monétaire international (FMI) en échange d’une contribution plus importante de la Chine en vue de réformer le système. C’est ce qu’indique un document diffusé dans les capitales européennes par la présidence française de l’UE.
Le projet présenté dans le document consulté par EURACTIV appelle en outre à un élargissement du G8 afin d’y inclure davantage les pays émergents.
Cependant, selon le document, la plus grande concession de la part de l’Europe serait de renoncer à son siège permanent au FMI. Un autre pas en avant serait de rendre le processus de sélection du directeur général du FMI et du président de la Banque mondiale plus ouvert et plus transparent, indique le document, qui sera examiné par les ministres européens des Finances dans le cadre d’une rencontre qui aura lieu le 4 novembre à Bruxelles.
L’objectif de la rencontre sera de préparer une ligne européenne commune qui puisse être adoptée lors du sommet européen du 7 novembre en vue du sommet mondial du 15 novembre à Washington, qui devrait lancer une réforme majeure du système monétaire international (EURACTIV 27/10/08).
L’Europe a accepté que le siège, occupé aujourd’hui par le Français Dominique Strauss-Kahn, puisse tomber entre d’autres mains. Depuis 1946, ce poste a toujours été l’apanage des Européens (quatre Français, deux Suédois, une Espagnol, un Belge, un Néerlandais et un Allemand ont dirigé le FMI jusqu’ici). Le document indique qu’il est essentiel d’inclure davantage les pays émergents et en développement.
D’autres acteurs importants devraient obtenir une légitimité accrue, ajoute le document, faisant une allusion à peine voilée à la Chine et à d’autres puissances émergentes, à qui il a été demandé en échange de prendre de plus en plus de responsabilités au sein du FMI. Les contribution de la Chine et de l’Inde au budget du FMI, en particulier, sont actuellement bien au-dessous de leur potentiel (cf. « Contexte »). La proposition risque de ne déplaire pas uniquement à ces deux pays. En effet, les Etats-Unis ne seraient certainement pas très enchantés à l’idée de devoir renoncer au contrôle de la Banque mondiale.
Le document va plus loin, demandant une révision du système monétaire international, qui est considéré comme une des causes à l’origine de l’instabilité monétaire actuelle. La présidence française de l’UE a appelé à une réflexion plus approfondie sur les défauts de l’actuel système monétaire international, qui est accusé d’encourager l’accumulation stérile de réserves et de détourner les flux monétaires des investissements productifs dans les pays développés tout comme dans les pays en développement, souligne le document. Il pourrait s’agir d’une nouvelle référence légèrement dissimulée à la Chine. Ce pays dispose d’un surplus constant à deux chiffres dans sa balance des paiements, ce qui lui permet d’accumuler des réserves de monnaies étrangères de 2000 milliards de dollars.
De nombreux pays européens partagent le point de vue français, en particulier ceux qui souffrent le plus des exportations asiatiques à bas prix, qui ont également été rendues possibles par le déséquilibre monétaire actuel. En effet, le yuan renminbi chinois, qui est indexé au dollar, est gardé à un taux artificiellement bas afin de favoriser les exportations. Les autres pays asiatiques abaissent dès lors eux aussi leur monnaie en vue de sauvegarder la compétitivité de leurs marchandises. Il en résulte que les produits occidentaux bon marché sont menacés et parfois même retirés des marchés intérieurs.

