En vue de défendre son programme économique, le président français Nicolas Sarkozy participera, le 9 juillet 2007 (aujourd’hui) à Bruxelles, à un Conseil « économies et finances ». Cette initiative inhabituelle alimentera les spéculations autour d’éventuels débats idéologiques animés sur les modèles de gouvernance économique.
Depuis le début de son mandat, le soutien de Nicolas Sarkozy au « patriotisme économique », fondé sur un rôle plus interventionniste de l’Etat dans la gestion de l’économie et dans la stimulation de la croissance économique, n’a pas fait l’unanimité à Bruxelles.
Les règles européennes actuelles relatives aux dépenses limitent les déficits du budget des Etats membres (Lire notre LinksDossier). Avant son élection, N. Sarkozy a promis d’augmenter les dépenses publiques dans le cadre d’une approche « électrochoc » (EURACTIV 24/05/07) visant à relancer l’économie française d’1% et à donner un coup de fouet à la compétitivité mondiale de la France. Cette initiative devrait clairement repousser les limites appliquées aux dépenses nationales à deux ans au-delà de 2010, l’échéance pour l’équilibre du budget déjà conclue par les ministres européens des finances (EURACTIV 03/07/07).
L’approche de N. Sarkozy contredit fortement le modèle libéral largement soutenu par la Commission et par un certain nombre d’Etats membres dont le Royaume-Uni.
Au cours d’un entretien avec le Financial Times, le nouveau chancelier de l’échiquier britannique, Alistair Darling, a qualifié le « patriotisme économique » d' »absurde », soutenant qu’il « s’agissait de protectionnisme et de rien d’autre ».
Le président français soutient également les recommandations faites à la Banque centrale européenne (BCE) de baisser les taux de change afin de relancer les exportations françaises et européennes et d’utiliser la politique monétaire dans la zone euro comme moyen pour créer de l’emploi et stimuler les économies (EURACTIV 23/02/07).
Lorenzo Bini Smaghi, membre du comité exécutif de la BCE, a défendu la politique du taux de change de la banque et a remis en cause l’efficacité éventuelle de l’interventionnisme proposé par N. Sarkozy, soutenant qu’il »est peu probable qu’il ait un effet sur les marchés des changes étrangers à long terme à moins qu’il ne soit suivi d’une action politique nationale, notamment au niveau des taux d’intérêt ».
N. Sarkozy a également confirmé son scepticisme vis-à-vis de la compétitivité au cours du récent sommet européen, lorsqu’il est parvenu, en coopérant avec la chancelière allemande, Angel Merkel, à obtenir le retrait de la clause relative à la concurrence du projet de texte du nouveau Traité réformateur européen (EURACTIV 25/06/07).
Alistair Darling a suggéré que la position de la France reflétait une « bataille idéologique en Europe à l’heure actuelle entre ceux qui croient vraiment au processus de Lisbonne que nous avons signé il y a sept ans et ceux qui n’y croient pas ».
La ministre française des finances, Christine Lagarde, a réfuté la notion de bataille idéologique. « Nous voulons un capitalisme pragmatique », a-t-elle indiqué, tout en prônant une meilleure régulation du marché.
Christine Lagarde et Nicolas Sarkozy participeront tous deux à la réunion d’aujourd’hui (9 juillet 2007).
