La baisse surprise des taux d’intérêt décidée par la Banque centrale européenne indique que la peur de la récession a pris le pas sur la crainte de l’inflation. Pendant ce temps, les marchés financiers européens poursuivent leur dégringolade malgré les tentatives gouvernementales pour les soutenir.
Une baisse des taux sans précédent
« L’intensification récente de la crise financière a renforcé les risques à la baisse pesant sur la croissance et a, ainsi, encore réduit les risques à la hausse sur la stabilité des prix », a indiqué la Banque centrale dans un communiqué publié hier 8 octobre.
Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une action sans précédent qui voit six des principales banques centrales du monde – notamment la Réserve fédérale américaine et la Banque d’Angleterre – mettre en œuvre simultanément un abaissement d’urgence de leurs taux directeurs d’un demi point.
Les taux directeurs de la BCE passent donc de 4,25 à 3,75 % après neuf hausses consécutives (EURACTIV 04/07/08). Quant aux taux de la Réserve fédérale américaine, ils ne se montent désormais plus qu’à 1,5 %.
Pour Jean-Claude Trichet, président de la BCE, une action coordonnée aiderait à restaurer la confiance. Par ailleurs, la BCE a annoncé qu’elle offrirait dès maintenant des liquidités illimitées aux banques commerciales de l’eurozone au cours du refinancement hebdomadaire en vue d’améliorer encore l’accès au crédit.
Mais les premiers signes ont montré que la baisse massive des taux n’était pas parvenue à étouffer l’agitation sur les marchés financiers européens et américains, où les bourses vivent toujours dans la crainte de la récession.
BusinessEurope, la fédération des employeurs européens, a toutefois salué l’abaissement des taux en le qualifiant de décision juste dans un contexte d’intensification des perturbations sur le marché financier, de baisse de l’inflation et de montée des incertitudes quant aux perspectives économiques.
Cette intervention conjointe montre que la BCE et ses équivalents du monde entier prendront les mesures nécessaires pour contenir la crise actuelle, a indiqué l’organisation. Selon elle, cette initiative envoie un message de confiance non seulement aux marchés financiers et aux banques, mais surtout aux entreprises et aux citoyens. BusinessEurope a en outre appelé les gouvernements européens à adresser un signal sans équivoque en vue d’une approche européenne coordonnée et à renforcer la régulation si nécessaire.
Le nouveau groupe devrait engendrer une réponse européenne commune
L’UE a suscité de nombreuses critiques en raison de son incapacité à aboutir à une réponse commune rapide et efficace face à la crise. Dans son discours d’hier devant le Parlement européen, le président de la Commission José Manuel Barroso a annoncé son intention de mettre en place un comité directeur permanent sur la crise financière au sein du collège des commissaires afin de se pencher sur les changements nécessaires à une amélioration de la supervision des institutions financières. Ce groupe, présidé par M. Barroso lui-même, inclura les commissaires Almunia (Affaires économiques et financières), Kroes (Concurrence) et McCreevy (Marché intérieur).
L’exécutif européen sera également assisté par un nouveau groupe indépendant de haut niveau présidé par Jacques de Larosière, l’ancien directeur général du FMI.
Il faut que nous lancions un processus de réflexion en vue d’établir des bases communes, a expliqué M. Barroso, ajoutant que les propositions actuellement sur la table – notamment Solvabilité II (EURACTIV 08/10/08) ainsi que la directive sur l’adéquation des fonds propres (EURACTIV 02/10/08) – sont le strict minimum. M. Barroso s’est d’ailleurs dit convaincu qu’il fallait aller bien plus loin.
Il a en outre confirmé que la Commission proposerait de nouvelles règles sur la comptabilité et sur la supervision accrue des agences de notation du crédit en cours de semaine prochaine.
Mais il a été violemment critiqué par le président du groupe socialiste Martin Schulz, qui lui a reproché d’arriver trop tard et avec trop peu de propositions. Les mesures annoncées aujourd’hui par le président de la Commission José Manuel Barroso pour faire face à la crise avaient déjà été demandées par le Parlement il y a quelques années, a signalé M. Schulz. Pendant des années, on nous a rabâché que le marché finirait par régler la situation au bénéfice de tous, mais maintenant, « la maison est en feu », a-t-il indiqué.
Le FMI prévoit un avenir morose
Comme pour confirmer cette analyse, le Fonds monétaire internationale a publié hier ses prévisions les plus maussades depuis de nombreuses années. Le FMI y indique que « l’économie mondiale s’engage dans une récession majeure » alors que les Etats-Unis et l’Europe sont tous deux au bord de la récession dans un contexte de « crise la plus grave sur les marchés financiers arrivés à maturité depuis les années 30 ».
Selon Olivier Blanchard, économiste en chef au FMI, la crise qui touche les pays avancés est conduite par une spirale descendante de perte de confiance. D’après lui, les répercussions de la crise se propagent désormais aux consommateurs et aux entreprises.
M. Blanchard a en outre averti que les conditions financières resteraient sans doute très difficiles, et ce même si les mesures prises par les autorités américaines et européennes parviennent à stabiliser les conditions financières et à éviter d’autres événements systémiques.

