Alors que Wall Street faisait face hier 15 septembre à sa plus importante baisse depuis les attentats du 11 septembre 2001, la Banque centrale européenne (BCE) a tenté d’apaiser les tensions en injectant 30 milliards d’euros dans les marchés monétaires européens.
Ce « nouveau lundi noir » est intervenu alors que les autorités américaines avaient décidé le week-end dernier qu’il était temps de fixer des limites à une série de renflouements de haut niveau comme ceux des géants hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac. C’est suite à cette décision que l’éminente banque d’investissement Lehman Brothers a annoncé sa faillite.
Alors que les officiels européens tendent à privilégier une position moins interventionniste qu’aux Etats-Unis – ils estiment en effet qu’il n’est pas toujours possible de sauver les entreprises de la faillite –, ils se sont tout de même empressés de préciser que des mesures seraient prises afin de stabiliser les marchés européens.
« C’est un choc. […] En même temps c’est un témoignage d’un certain équilibre : le Trésor américain ne peut pas constamment aller au sauvetage de ceux qui sont en mauvaise posture», a déclaré lundi la ministre française des Finances Christine Lagarde à propos de la faillite de Lehman. L’UE « a mis en place les mécanismes qui permettent aux marchés de ne pas se déstabiliser [et] de ne pas être gravement désordonnés », a-t-elle ajouté.
La BCE injecte des liquidités
La Banque centrale européenne a notamment décidé d’allouer 30 milliards d’euros aux banques dans des fonds à court terme. Et la demande était élevée. Selon la BCE, 51 banques au total ont soumis des offres de crédit pour un montant global de 90,27 milliards d’euros au cours de l’opération de refinancement rapide. La BCE estime à 118 milliards d’euros supplémentaires le besoin en liquidité dans la zone euro.
La Banque d’Angleterre a également affirmé qu’elle allouerait aujourd’hui quelque 6 milliards d’euros de liquidités afin de donner du répit aux banques britanniques qui avaient prêté de l’argent à Lehman et les laisser ainsi évaluer les sommes qu’elles pourraient avoir perdues.
Une baisse des taux à l’ordre du jour ?
La BCE a en outre indiqué qu’elle est prête à prendre des mesures additionnelles si nécessaire. « Nous surveillons attentivement l’évolution des marchés financiers » dans la zone euro, a-t-elle affirmé, se disant d’ailleurs « prête à contribuer à des conditions ordonnées sur le marché monétaire en euro ».
« Il faut être en alerte », a déclaré Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, dans un discours donné lundi à Francfort.
Jusqu’à maintenant, la BCE a toujours maintenu une distinction claire entre ses opérations de stimulation des liquidités et sa politique d’ensemble en matière de taux d’intérêt, qui vise à combattre l’inflation, le mandat numéro 1 de la banque.
Cependant, cette tendance pourrait être en train de s’inverser. Jacques Cailloux, économiste à la Royal Bank of Scotland, a d’ailleurs déclaré dans le Financial Times qu’en raison du risque accru d’effet boomerang de la crise financière vers l’économie en tant que telle, cette distinction pourrait devenir de plus en plus indéfendable. Selon lui, alors que la BCE rechignera évidemment à envisager une baisse des taux, son comportement par le passé n’exclut pas forcément cette possibilité.
L’économiste en chef d’UniCredit a également affirmé au Financial Times que l’actuel resserrement du crédit augmente la pression sur la BCE ainsi que les chances de la voir être obligée de réduire ses taux plus rapidement que prévu.
La BCE pourrait également conclure qu’elle détient une marge de manœuvre plus grande pour baisser ses taux alors que la crise a conduit les traders à liquider des biens à risque tels que les matières premières, ce qui a eu pour effet de ramener hier le prix du baril de pétrole à 94 dollars, son coût le plus bas depuis sept mois. En effet, cette chute des prix pourrait atténuer les pressions inflationnistes sur l’Occident.

