La BCE engage un bras de fer avec la Grèce

[Cesar Pics/Flickr]

La BCE à Francfort [Cesar Pics/Flickr]

La BCE a déchu la dette grecque de son statut de collatéral pour les opérations de refinancement. Une décision qui met le nouveau gouvernement grec sous pression.

C’est une première décision symbolique, mais lourde de conséquence pour la Grèce. Depuis mercredi soir, la BCE a annoncé avoir déchu les obligations d’État grecques de leur statut de collatéral pour les banques. Les banques grecques, dont le bilan est gavé d’obligations d’État de leur pays, utilisaient jusqu’alors ces actifs comme garantie lors de leurs opérations de refinancement en euros.

« La décision (…) est fondée sur le fait qu’il n’est pas possible actuellement de compter sur le succès de la revue du plan (d’aide) et est conforme aux règles de l’Eurosystème » explique la Banque centrale européenne dans un communiqué.

Les obligations d’État grecques étaient acceptées par la BCE au titre d’une dérogation exceptionnelle ; en pratique, les trois principales agences de notation estimant que les obligations d’État grecques sont « pourries » (junk), elles ne peuvent être acceptées comme garanties.

La décision de la BCE apparaît comme la première marque de fermeté après l’élection d’Alexis Tsipras, il y a 10 jours. Malgré ses efforts, le jeune premier ministre n’est pas arrivé à convaincre ses interlocuteurs français ni allemands de soutenir sa politique.

La décision de la BCE met une pression supplémentaire sur le pays qui fait face à une échéance majeure de remboursement de ses créanciers le 28 février prochain. Le gouvernement grec risque de ne plus pouvoir financer ses émissions de bons du Trésor ; après l’annonce de la BCE, le taux auquel le pays emprunte a brusquement grimpé, ce qui entame sérieusement ses capacités de financement déjà réduite.

Une décision que la BCE justifie par ses statuts

Dans une interview donnnée au Echos, l’économiste en chef de la BCE, Peter Praet, qui est aussi membre du directoire, justifie cette décision par les traités, rejetant ainsi tout mouvement politique de l’institution installée à Francfort.

« La position de la BCE est claire. Le traité nous interdit de prendre toute décision qui reviendrait à financer un État par la politique monétaire », explique Peter Praet.

« Les conditions d’accès à la liquidité de la Banque centrale européenne sont claires : nous sommes transparents sur nos règles. Si ces conditions ne sont plus réunies, à la BCE d’en tirer les conséquences », estime-t-il.

Le gouvernement grec prêt à croiser le fer

Reste à savoir si le gouvernement grec acceptera les règles du jeu de la BCE sans coup férir. Dans une interview accordée à La Tribune juste avant l’élection, le nouveau ministre des Finances, Yanis Varoufakis avait au contraire assuré que la Grèce n’était pas l’Irlande, sous-entendant que le nouveau gouvernement ne se plierait pas à l’austérité imposée par la Troïka.

Depuis l'été 2014, les sondages d'opinion montraient tous que si des élections anticipées étaient organisées, le parti de gauche Syriza les remporterait. Syriza avait déjà remporté de nombreux sièges lors des élections européennes de 2014.

En décembre, le gouvernement a décidé d'avancer les élections au 25 janvier. La figure de proue de Syriza, Alexis Tsipras, a remporté ces élections haut la main, avec 36,5 % des voix. 149 des 300 sièges du parlement grec sont donc occupés par Syriza, qui a conclu une alliance gouvernementale avec le parti des Grecs indépendants.

Cette victoire annonce une période de négociations difficiles avec les autres dirigeants européens, puisqu'Alexis Tsipras a promis de mettre un terme aux politiques d'austérité et de renégocier la dette du pays avec l'UE, la BCE et le FMI.

>> Lire : La victoire de Syriza brave l'austérité en Europe

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