La discipline budgétaire européenne attendra un peu

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La Commission donne deux ans de plus à la France pour ramener son déficit en dessous des 3%. D’autres pays obtiennent aussi l’indulgence de Bruxelles alors que les prévisions économiques pour 2013 sont mauvaises.

Pour l’occasion, le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn a tenté le relooking : cravate rose et absence de lunettes renforçant ses airs de professeur.

Mais l’habillement n’a en rien modifié le fond des annonces du 3 mai. Selon les prévisions économiques de la Commission européenne, la récession sera de mise en 2013 pour 10 des 27 pays de l’UE. Auxquels il faut ajouter ceux qui ne connaitront qu’une évolution inférieure à 1%…soit presque rien.

La France dans la moyenne

Frappé de plein fouet après le démantèlement de la deuxième banque nationale, Chypre plongera de 8,7%. Au Portugal, l’économie connaitra une contraction de 2,3%, 1,5% en Espagne, 1,3% en Italie.

Avec un recul de seulement 0,1%, la France ferait presque figure de bonne élève qui obtient exactement la moyenne européenne.

La récession sera de l’ordre de 0,4% pour la zone euro dans son ensemble. En parallèle, le chômage va passer à 12,2% de la population active (10,6% pour la France).

La situation ne devrait s’améliorer qu’en 2014. Les services d’Olli Rehn envisagent une croissance de 1,4% dans l’ensemble de l’UE, et 1,2% dans la zone euro. La France se situerait une nouvelle fois dans cette moyenne avec 1,1%.

Côté déficit public, à politique inchangée, les choses vont aller de mal en pis selon la Commission. Alors que Paris était censé passer sous la barre des 3% de déficit cette année, Bruxelles prévoit 3,9% pour 2013 et 4,2% pour 2014.

Efforts sur le déficit structurel

Olli Rehn en a conclu que les prévisions actuelles du gouvernement français étaient « excessivement optimistes ». « Des efforts beaucoup plus importants et urgents sont nécessaires » a-t-il ajouté.

Soucieux de préserver la France et sa situation économique fragile, M. Rehn a toutefois jugé « raisonnable » que la deuxième économie de la zone euro bénéficie de deux ans supplémentaires pour ramener son déficit en dessous des 3%.

Tout en prenant soin de préciser que cela ne devait pas reporter des réformes qu’il juge nécessaires, comme les retraites ou le marché du travail « pour débloquer le potentiel de croissance et déverrouiller la situation de l’emploi, dont la France a tant besoin ».

Le ministre de l’Economie Pierre Moscovici s’est félicité de cette nouvelle y voyant la reconnaissance des efforts déjà entrepris par la France.

Il s’est réjouit aussi que la Commission focalise son attention sur le déficit structurel, c’est-à-dire sans prendre en compte les dépenses liées à la conjoncture économique, comme l’augmentation des dépenses dans les allocations de chômage.

En effet, Bruxelles souhaite que le gouvernement continue, via les réformes structurelles, à ramener ses dépenses fixes à l’équilibre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui alors que la dépense publique représente 56,6% du PIB français.

Tigres de papier

La France n’est pas le seul pays à obtenir un délai supplémentaire. L’Espagne va aussi disposer de deux ans supplémentaires, et les Pays-Bas, un an.

Pour Daniel Gros du think-tank bruxellois Center for European Studies (CEPS), lorsque « la croissance n’est pas là, les gouvernements trouvent toujours une bonne raison pour reporter les objectifs à demain ».

La mise en place du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, signé à l’hiver 2012, devait sceller dans le marbre la discipline budgétaire.

« J’ai toujours pensé que les nouveaux mécanismes mis en place ne sont que des tigres de papier. Les vrais tigres, ce sont les marchés », explique le chercheur. En 2003, c’était l’Allemagne et la France qui déjà avaient reporté l’application des critères des Maastricht.

Mais pas de panique en perspective, après ces assouplissements. « L’Europe du Nord, excédentaire à hauteur 100 milliards d’euros par an, a besoin de placer son épargne quelque part, et elle souhaite le faire en euros. Les investisseurs sont bien obligés de se tourner vers le sud (…). Finalement, plus ça change, plus c’est la même chose ».

36 milliards d’euros d’efforts

Le directeur de l’institut Montaigne, Laurent Bigorgne, est moins catégorique. Il rappelle que l’objectif à terme reste le même. « La vraie différence par rapport à 2003 est que le gouvernement tient un cap, qu’il fera les réformes ». La France va devoir réduire son déficit de 1,8 point de PIB selon les prévisions de la Commission soit 36 milliards d’euros à trouver, sur deux ans. « C’est ce qu’on demande à la France, d’autres l’ont fait, mais cela demandera plus qu’un choc de simplification ».

Pour M. Bigorgne, « compte tenu de la situation de l’économie française, il s’agit d’une bonne chose. La Commission n’est pas uniquement dans la sanction mais sait aussi prendre en compte la réalité ». 

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