La Grèce accepte de nouvelles mesures d’austérité afin de courtiser l’Allemagne

La Grèce a préparé de sévères mesures d'austérité jeudi (29 avril), comprenant un blocage des paiements dans le secteur public, dans le but de s'assurer le paquet d'aide de plusieurs milliards d'euros de la part de l'UE et du FMI et éviter le défaut de paiement.

Des fonctionnaires de l'UE ont déclaré que le Fonds Monétaire International avait demandé à Athènes d'augmenter les taxes sur les ventes, supprimer les bonus qui s'élèvent à deux mois de paiement supplémentaires dans le secteur public, et accepter un blocage des prix sur trois ans.

Ils veulent que la Grèce réduise son déficit de 10 points de pourcentage en 2010 et 2011 […] afin que la Grèce puisse revenir et emprunter sur les marchés pendant la 3ème année du programme, a affirmé un fonctionnaire de l'UE qui a exigé l'anonymat.

Andreas Loverdos, le ministre grec aux affaires sociales, a dit que les pensions seraient réformées. Il n'y a pas beaucoup de marge de manœuvre – il s'agit de sauver le pays qui s'effondre, a-t-il confié au journal Financial Times.

Parmi les mesures, les travailleurs publics perdront leurs 13ème et 14ème mois de salaire, a dit M. Loverdos au Financial Times.

100-120 milliards d'euros

Des fonctionnaires du FMI, de l'Union européenne et de la Banque centrale européenne (BCE) sont à Athènes pour négocier le renflouage et espèrent parvenir à un accord d'ici quelques jours afin d'empêcher la crise de la dette d'enliser d'autres pays fragiles dans l'UE.

Des sources proches des discussions d'aide ont affirmé que les fonctionnaires devraient annoncer les détails d'un paquet sur trois ans lundi, mettant fin à des mois d'incertitude.

Des hommes politiques allemands ont dit que le paquet d'aide pourrait valoir 100 à 120 milliards d'euros sur trois ans, contrairement au projet initial qui prévoyait une aide de 45 milliards d'euros en 2010.

Les mesures d'urgence immédiates créeront une base solide pour surmonter de profonds changements, sécuriser la vie de chaque citoyen et créer une croissance dynamique dans une société plus juste, a affirmé le premier ministre grec George Papandreou.

Nous ferons tout notre possible pour sauver le pays, a-t-il ajouté.

Cela a suffit à déclencher un rassemblement de soulagement parmi les craintes de contagion à travers la zone euro de la part des marchés. L'index bancaire de la bourse d'Athènes s'est élevé de plus de 13 %, rebondissant sur les pertes des jours précédents, et l'index général d'Athènes a gagné 7,14 %.

L'Allemagne allège la rhétorique

L'Allemagne s'est montrée extrêmement réservée sur le financement de la Grèce dépensière, qui a induit ses partenaires en erreur concernant ses catastrophes financières et demande une forte rigueur budgétaire en retour.

Durant la semaine, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaeuble a dit que la Grèce devait accepter de nouvelles mesures d'austérité sévères avant de recevoir une quelconque aide financière de l'Union européenne, et si elle n'agissait pas ainsi, cela compromettrait son soutien (EURACTIV 26/04/10).

Toutefois, parmi les critiques selon lesquelles l'Allemagne perd du temps, M. Schaeuble a dit hier qu'il n'y avait pas d'autre alternative que d'aider la Grèce pour protéger l'euro. Nous devons suivre cette voie, a-t-il affirmé. Nous ne défendons pas la Grèce, nous défendons la stabilité de notre devise.

On craint de plus en plus que la contagion ne se répande aux autres pays endettés de la zone euro. Nous voulons limiter la crise à la Grèce, a dit le ministre de l'économie allemand Rainer Bruederle.

Des économistes ont affirmé que les Etats de la zone euro pourraient se retrouver à payer une facture de 650 milliards d'euros afin de secourir plusieurs nations s'ils échouaient à procéder à un renflouage grec qui calme les marchés.

Une part de l'aide à la Grèce viendra du FMI mais la majeure partie devra provenir d'autres pays de la zone euro, parmi lesquels un grand nombre combat ses propres déficits croissants, et on ne sait toujours pas de quelle manière ils pourraient financier un tel accord.

La colère du peuple grec

Les sondages d'opinion montrent que la plupart des Grecs sont contre l'implication de l'UE et du FMI et 2/3 pensent qu'il va y avoir des troubles.

Ilias Iliopoulos, secrétaire général de l'union grecque du secteur public ADEDY, a rencontré le premier ministre pour discuter du plan de sauvetage. Nous avons réalisé que nous nous trouvions face à un accord déjà pris, s'est-il plaint par la suite. Cela va faire peser un fardeau excessif sur les gens et, pire encore, de façon injuste.

Les unions ont appelé à une série de grèves dans les jours à venir.

C'est un désastre! Le gouvernement a dépassé les limites. Nous ne pouvons pas vivre ainsi, a dit la membre du conseil d'administration d'ADEDY Despina Spanou. Nous combattrons ces mesures de toutes nos forces, car il s'agit d'un combat pour notre survie.

La police a lancé des gaz lacrymogènes pour disperser des centaines de manifestants devant le ministère grec des finances.

L'UE serre les rangs

La gravité de la crise grecque est devenue évidente il y a des semaines. Toutefois, les dirigeants de l'UE ont mis du temps à réagir, promettant vaguement d'aider mais n'agissant véritablement que lorsque les marchés ont coulé et que d'autres nations très endettées, comme l'Espagne ou le Portugal, ont été menacées.

Le président français Nicolas Sarkozy a insisté sur le fait que la France et l'Allemagne travaillaient ensemble. Nous sommes totalement en accord, a-t-il affirmé en Chine, ajoutant que le plan économique de la Grèce était tout à fait crédible.

Le parti de l'opposition allemande, Parti social-démocrate, a dit qu'il soutenait le paquet grec, mais souhaitait que les banques apportent leur aide.

Trichet appelle à de nouvelles règles

Le président de la BCE Jean-Claude Trichet a appelé jeudi non seulement à un accord sur la Grèce, mais également à une révision des règles fiscales de l'Europe, et une surveillance plus intense des finances des gouvernements.

Les points faibles de la surveillance multilatérale dans le passé seront corrigés, et le Pacte de Stabilité et de Croissance sera renforcé et appliqué rigoureusement à la lettre et dans l'esprit, a-t-il dit lors d'un discours au sommet économique de Munich.

L'agence de notation Standard & Poor a rétrogradé la cote de crédit de l'Espagne mercredi, un jour après avoir déclassé le Portugal et réduit la Grèce au statut de "haut risque".

Le chemin vers la stabilité sera semé d'embûches, cependant, car Moody's prévoit des années de basse croissance économique, à laquelle s'ajoute la difficulté  de réaliser les ajustements financiers nécessaires.

Inquiété par les déclassements de notation, le Portugal a annoncé qu'il accélèrerait sa stratégie d'austérité et a affirmé que cela pourrait permettre de réduire son déficit bien plus que prévu en 2010.

(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV.)

La Grèce est assise sur une montagne de dettes qui devrait atteindre les 290 milliards d'euros cette année, et elle a un déficit budgétaire de 12,7 % du PIB, dépassant plus de 4 fois les limites de l'UE.

Le coût des échéances de remboursement de cette dette a augmenté, touchant la monnaie européenne et déclenchant des spéculations sur un plan de renflouage (EURACTIV 04/02/10).

Le 3 mars, la Grèce a dévoilé un programme d'austérité draconien de 4,8 milliards d'euros, ciblant les fonctionnaires, les riches et l'Eglise, une action qui vise à garantir l'aide européenne pour l’aider à supporter la charge de sa dette (EURACTIV 04/03/10).

 Dans le cadre d'un compromis négocié le 26 mars par l'Allemagne et la France, cofondateurs de la monnaie unique, la Grèce serait éligible pour obtenir cette assistance seulement si elle n'est pas capable d'emprunter sur les marchés. Déclencher l'aide demanderait une décision unanime des membres de la zone euro (EURACTIV 26/03/10).

Le 11 avril, les ministres des finances de l'UE ont soutenu un plan d'aide d'urgence détaillé de 30 milliards d'euros en faveur de la Grèce qui pourra emprunter auprès des gouvernements de la zone euro à un taux de 5 %, un niveau significativement moins élevé que sur les marchés.

Ce plan serait un complément des 15 milliards d'euros que le FMI devrait garantir la première année, et pourrait s'ajouter au plus important plan multilatéral de secours financier jamais entrepris (EURACTIV 12/04/10).

Le gouvernement grec a également demandé un prêt de 30 milliards d'euros à un taux d'intérêt de 4 %.

 

 

 

 

 

 

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