La Grèce s’apprête à demander une rallonge à l’UE

Graffitis dénonçant la crise. Grèce, 2010. [Robert Gourley/Flickr] [Robert Gourley/Flickr]

L’Allemagne reste encore hostile à cette solution que la Commission européenne propose, Pierre Moscovici en tête.

La Grèce va demander jeudi à ses partenaires de la zone euro une prolongation pour une durée de six mois d’un « accord de prêt ». Une solution déjà envisagée lundi par la Commission européenne, qui avait fait une proposition en ce sens, rejetée par Wolfgang Schauble selon des sources.  L’Allemagne continue d’exiger le respect du programme initial, une position intenable pour la Grèce et isolée au sein de l’UE.

L’initiative grecque, confirmée par un porte-parole du gouvernement, reflète la volonté du nouveau Premier ministre Alexis Tsipras d’opérer une distinction entre l’aide financière et les conditions qui lui ont été associées jusqu’à présent.

La demande, qui avait dans un premier temps été annoncée pour mercredi, vise ainsi à garantir une bouée de sauvetage financière à la Grèce pour une période provisoire, le temps de conclure un nouvel accord sur sa dette, sans mettre en oeuvre les politiques d’austérité exigées en retour par les créanciers réunis au sein de la « troïka » (Commission européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne).

On ignore toutefois si les 18 autres pays de la zone euro, qui ont rejeté cette formule lors d’une réunion de l’Eurogroupe lundi, considéreront cette fois que le geste grec est suffisant pour reprendre des négociations.

Dès mardi soir, le ministre allemand des Finances a écarté un marchandage de ce type. « Il ne s’agit pas de prolonger un programme de crédit mais de savoir si le plan d’aide actuel sera bouclé, oui ou non », a dit Wolfgang Schäuble, un conservateur, à la chaîne de télévision allemande ZDF.

Mercredi, il a toutefois laissé entendre qu’il pourrait y avoir une possibilité de compromis. « Notre marge de manoeuvre est limitée », a-t-il dit au cours d’un débat à Berlin, ajoutant: « Il faut garder à l’esprit que nous avons une énorme responsabilité de préserver la stabilité de l’Europe. »

Son homologue de l’Economie, le social-démocrate Sigmar Gabriel, a interprété le geste du gouvernement grec comme une volonté de négocier.

Un groupe de travail sous haute tension jeudi

A Paris, le ministre français des Finances Michel Sapin a déclaré que la France ferait « tout » pour qu’un accord soit rapidement conclu avec la Grèce, en évoquant l’« échec politique grave » que constituerait une sortie de la Grèce de la zone euro.

Le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, a déclaré qu’il pensait que la proposition de la Grèce serait approuvée lors d’une téléconférence de l’Eurogroupe vendredi.

« La demande sera écrite de telle manière qu’elle satisfera tant le côté grec que le président de l’Eurogroupe », a-t-il dit.

« Si on continue dans le même état d’esprit demain jeudi au groupe de travail de la zone euro il y aura une bonne conclusion au niveau technique (…) (et) vendredi, via une téléconférence, il y aura une approbation de la position grecque. »

Le porte-parole du gouvernement grec Gabriel Sakellaridis a souligné que la requête d’Athènes ne porterait que sur la question de la dette, alors que l’Eurogroupe a donné jusqu’à vendredi à la Grèce pour solliciter une prolongation du programme lui-même, qui expire le 28 février.

« Les délibérations se poursuivent pour trouver un terrain d’entente, nous voulons croire que nous sommes sur la bonne voie », a-t-il ajouté. « Nous ne céderons pas sur certains points que nous considérons comme des lignes rouges. Le programme (d’aide) est mort le 25 janvier. »

Ce jour-là, cinq ans après le déclenchement de la crise de la dette, les Grecs ont porté au pouvoir le parti Syriza, qui a promis de tourner la page du programme d’aide de 240 milliards d’euros, de revenir sur les mesures d’austérité et de libéralisation de l’économie mises en oeuvre dans ce cadre et de cesser toute coopération avec la « troïka ».

Manque de liquidités

Le marché obligataire a bien réagi aux déclarations grecques, comme en témoignaient la baisse des rendements des obligations d’Etat grecques et d’autres pays de la zone euro mal notés.

Sans aide financière, la Grèce pourrait rapidement se retrouver à court d’argent car elle va être confrontée dès mars à des échéances de remboursement de créances du FMI. Une telle situation pourrait la contraindre à sortir de la zone euro.

Dans la soirée de mercredi, la Banque centrale européenne (BCE) a relevé modestement le montant des fonds d’urgence accessible aux banques grecques, accroissant la pression sur la Grèce afin qu’elle parvienne à un accord avec ses partenaires européens avant que ses établissements de crédit se trouvent à court de liquidités.

Le Conseil des gouverneurs de la BCE, réuni à Francfort, a relevé le plafond du dispositif de fournitures de liquidités d’urgence (ELA) aux banques grecques à 68,3 milliards d’euros, a-t-on appris de source proche des discussions à la BCE.

La BCE avait déjà autorisé la semaine dernière la banque centrale grecque à fournir jusqu’à 65 milliards de liquidités aux établissements de crédit du pays dans le cadre de l’ELA.

La BCE a cessé le 5 février d’accepter les obligations grecques comme garantie, reportant la charge du financement sur l’ELA via la banque centrale grecque. Si les fonds de l’ELA s’épuisaient, les banques grecques seraient confrontées à une crise de liquidités qui pourrait déboucher sur la mise en place d’un contrôle des flux de capitaux limitant les retraits autorisés.

Le parti anti-austérité Syriza a remporté une victoire écrasante lors des élections anticipées du 25 janvier dernier en Grèce, mais n'a pas obtenu une majorité absolue au parlement.

Son chef de file, Alexis Tsipras, a affirmé que le « cercle vicieux de l'austérité » était terminé, déclenchant ainsi des réactions variées au sein de l'UE.

Avant une réunion avec l'Eurogroupe ce 26 janvier, Alexis Tsipras a déclaré que la dette publique grecque n'était pas viable et souhaite sa restructuration. Elle correspond à 177 % de leur PIB.

>> Lire : La victoire de Syriza brave l'austérité en Europe   

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